‹ Œuvres complètes;Chapitre 238 sur 312 · LETTRE CV · texte numérisé non relu

LETTRE CV

AU CHEVALIER d'aYDIES [A PARISJ.

Vous êtes, mon cher chevalier, mes éternelles amours ; et il n'y a en moi d'inconstance que parce que j'aime tantôt votre esprit, tantôt votre cœur. Quant à ce pays-ci, nous sommes tous...; le riche fait pitié, le pauvre fait verser des larmes ; et tout cela avec le découragement que l'on a dans une ville assiégée. Pour moi, qui ne me connois d'autre bien que l'épaisseur des murs démon château, j'y reste,je rêve à la Suisse, et je vous aime.

La Brède, ce 1" juin 1751.

Mes respects, je vous prie, à l'hôtel de Forcalquier, à M''" du Châtel, à M'"^ du DelTand et à nos amis.

LETTRE CVr.

A LA M A R Q U I S li DU D E 1- F A N D .

Je vous avois promis, Madame, de vous écrire ; mais que vous mandcrai-je dont vous puissiez vous soucier? Je vous oiïre tous les regrets que j'ai de ne plus vous

I. Tiré de la Correspondance inédite ùc M'"" du DcfTand. Paris, 1809. -1 vol in-S" ; t. I, p. 20.

voir. A prosent que je n'ai que des objets tristes, je m'occupe à lire des romans ; quand je serai plus heureux, je lirai de vieilles chroniques pour tempérer les biens et les maux ; mais je sens qu'il n'y a pas de lectures qui puissent remplacer un quart d'heure de ces soupers qui faisoient mes délices. Je vous prie de parler de moi à Madame du Châtel. J'apprends que les requêtes du palais n'ont pas été favol'ables à Miuiame de Stainville ; dites-lui combien je suis sensible k tout ce qui la touche, et cette personne charmante qui n'aura jamais de livale aux yeux de personne que madame sa mère. Parlez aussi de moi à ce président^ qui me touche comme les (îràces et m'instruit comme Machiavel, qui ne se soucie point de moi, parce qu'il se soucie de tout le monde, et dont j'espère toujours d'acquérir l'estime, sans jamais pouvoir espérer les sentiments. Je n'aurois jamais fini si je voulois suivre cette phrase ; mais c'est assez le désobliger pour le mal que je lui veux.

Je n'entends ici parler que de vignes, de misère et de procès, et je suis heureusement assez sot pour m'accuser de tout cela, c'est-à-dire pour m'y intéresser. Mais je ne songe pas que je vous ennuie à la mort, et que la chose du monde qui vous fait le plus de mal, c'est l'ennui ; et je ne dois pas vous tuer, comme font les Italiens, par une lettre.

Je vous supplie. Madame, d'agréer mon respect-.

De la Brèdc, 15 juin [1751].

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