Voyez la leUreCXXXI
LETTRES FA3IILIËRES. 419
sion se présente, vous ferez ma cour à Son Altesse Royale. Si vous écrivez à M. le comte de Gobentzel à Bruxelles, je vous prie de le remercier pour moi, et marquez -lui combien je me sens honoré par le jugement qu'il porte sur ce qui me regarde. Quand il y aura des ministres comme lui, on pourra espérer que le goût des lettres se ranimera dans les États autrichiens, et alors vous n'entendrez plus de ces propositions erronées et mal sonnantes * qui vous ont scandalisé.
Je crois bien que je serai à Paris dans le temps que vous y viendrez. J'écrirai à Madame la duchesse d'Aiguillon combien vous êtes sensible à son oubli; mais, mon cher abbé, les dames ne se souviennent pas de tous les chevaliers; il faut qu'ils soient paladins. Au reste, je voudrois bien vous tenir huit jours à la Brède à votre retour de Rome ; nous parlerions de la belle Italie et de la forte Allemagne.
Voilà donc Voltaire qui paroit ne savoir où reposer sa tête-: Ut eadem telliis, quœ modo rictori defuerat, deesset ad sepulturam. Le bon esprit vaut mieux que le bel esprit.
A l'égard de M. le duc de Nivernois, ayez la bonté de lui faire ma cour, quand vous le verrez à Rome, et je ne crois pas que vous ayez besoin d'une lettre particulière
\. Cet ami lui avoit mande qu'il avoit été fort choqué de deux propositions qu'il avoit entendues. La première étoit, qu'à l'occasion d'un ouvrage qu'il avoit fait imprimer, un seigneur lui dit qu'il ne convenoit point îi un homme de condition de se donner pour auteur. La seconde étoit d'un militaire du premier rang, dite à son frèro à propos des lectui-es assidues qu'il faisoit des livres du métier : « Les livres, lui fut-il dit, servent peu pour la guerre ; je n'en ai jamais lu, et je ne suis pas moins parvenu aux premiers gardes. » (G.)
2. Ceci a rapport à son départ de Berlin et h sa fâcheuse aventure de Francfort. (G.)
pour lui. Vous êtes son confrère à l'Académie, et il vous connoît : cependant, si vous croyez que cela soit nécessaire, mandez-le-moi. Adieu.
De la Brède, ce 28 septembre 1753.
LETTRE GXXXV.
AU CHEVALIER DAYDIESL
Je bus hier, mon cher chevalier, trois verres de vin à la confusion du père de Palène-; c'est une santé angloise. Le pauvre homme auroit bien mieux aimé que vous lui eussiez donné une douzaine de coups de bâton que de signer une transaction qui met le couvent si fort à l'étroit; mais vous n'avez pas suivi son goût. Le père de Palène est le diable de l'abbé de Grécourt% à qui l'on donne une flaquée d'eau bénite. Mon cher chevalier, je vous aime, je vous honore et vous embrasse .
La Brède, ce 8 novembre 1753.