A. Si prévenant
'l. A. ajoute :
Quand on aime, on veut jouir; Mills un peu de gêne, Un instant de peine Donnent du sol au plaisir.
connoit ce qui doit rendre un cœur heureux. Elle établit sa cour dans plusieurs îles, et ce n'est qu'à Paphos qu'elle jouit du plaisir de voir Adonis.
Adonis ! m'écriai-je, eh ! les dieux ne l' ont-ils pas changé en fleur? Votre étonnement ne me surprend point, dit Zélide, peu de mortels connoissent le bonheur d'Adonis. Son courage l'ayant emporté sur les prières que lui fit Vénus de ne point chasser les bêtes féroces, un sanglier l'immola à la colère de Diane, et Vénus, en versant du nectar sur son sang, obtint des dieux qu'il seroit changé en fleur.
Dès que la déesse fut exaucée, elle traversa les airs pour se transporter dans l'empire de Flore. Reine des fleurs, lui dit-elle, dont l'empire est aussi brillant que celui des Amours ; vous vous plaignez tous les jours de la légèreté de Zéphire, vous ne vous en plaindrez plus : je viens vous offrir de le rendre aussi constant que les colombes que vous voyez attelées à mon char.
A des offres si engageantes, Flore connut que la Déesse attendoit quelques secours de sa puissance : car les Dieux, ainsi que les mortels, ne flattent que pour obtenir ce qu'ils désirent.
Qu'exigez-vous de moi, pour reconnoître une faveur si sensible, répond Flore à Vénus? 11 est vrai que Zéphire m'inquiète et m'alarme sans cesse, et qu'en m'assurant son cœur, vous assurez ma tranquillité. Votre bonheur dépend de vous, reprit Vénus ; le plus charmant des mortels. Adonis vient de perdre le jour; mais si Flore me seconde, la Parque n'aura tranché le fil d'une si belle vie que pour rendre son sort plus glorieux. 11 est sous votre empire, transportez-le à Paphos, aimable Déesse, faites que cette fleur y conserve toujours sa fraîcheur et sa beauté ; de sa
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durée dépend la conslaiice de Zéplure. La constance de Zéphire! s'écria Flore avec transport; allez Déesse, Adonis est immortel. Dès ce jour Zéphire n'a point quitté Flore ; Flore, intéressée à la Heur d'Adonis, ne quitte point Paplios; et le bonheur de ces amants rend ce séjour plus digne des Amours.
Véims, en obtenant qu'Adonis seroit changé en Heur, ne bornoit pas ses vœux à ce seul changement. C'est ainsi que pour réussir dans ce qu'on projette, il faut aller par degré au bonheur qu'on attend.
Assurée du secours de Flore, elle fit cette prière au maître des dieux.
u Puissant Dieu de l'univers, si pour punir l'audace d'un mortel, vous donnâtes autrefois à Diane le pouvoir de changer Actéon •, refuserez-vous, pour faire le bonheur de Vénus de changer une fleur? C'est à ma prière que vous avez animé l'ouvrage de Pygmalion ; l'amour d'une Déesse vous toucheroit-il moins que l'amour d'un mortel ? Non, non, vous allez animer la fleur d'Adonis ; il a plu à Vénus, il mérite votre secours. »
Jupiter doit trop de plaisirs à l'empire des Amours pour ne pas contribuer au bonheur de la Déesse; elle vole à Paphos, maîtresse de rendre à la fleur qui lui est si chère, la figure et les charmes d'Adonis; mais elle ne le peut que dans cette île, et ses plaisirs seroient moins dignes de Vénus, si elle pouvoit faire ce changement dans tous les lieux soumis à sa puissance. Qui peut se plaindre de l'absence, Vénus s'éloigne d'Adonis?
Il est vrai, ajouta Zélide, que dans l'absence et les autres peines attachées à l'Amour, il faut connoître les douceurs qu'on peut en retirer. Je n'en néglige aucune. A Gnide ou à Paphos, je ne pense qu'aux plaisirs de Cythère.
Je me rappelle les moments que j'ai passés avec Lycas i ... Ce soupir vous apprend que cest Lycas que j'aime : absent, son idée est sans cesse présente à mon esprit; je répèle en moi-même tout ce que je lui ai dit en partant. Je le suis dans les bois où j'aime à le trouver; je le vois nonchalamment couché s'entretenir dans une douce rêverie; il m'aime, il pense à moi, il me parle peut-être. Quelques jours avant de rejoindre Lycas, je préviens tout ce qu'il va me dire. Je juge du plaisir qu'il aura de me revoir par la tendresse de ses adieux. Je le vois qui court au-devant de moi; ses transports comblent ma joie; je vole dans ses bras ; que de caresses ^ !
Ah! nymphe, que vous augmentez l'impatience que j'ai de revoir Mélite'. Elle connoitra dans vos embrassements, reprit-elle, que l'absence, en les faisant souhaiter plus longtemps, leur donne encore un nouveau prix\
Mais ne vois-je pas le palais de Vénus ? Non ; c'est la demeure des Grâces, dit Zélide; ce porticiue de feuillage qu'on aperçoit d'ici, conduit à un vestibule où s'assemblent les génies qui sont destinés à inspirer la galanterie aux mortels. Chaque Grâce les instruit selon le département qui lui est confié. La preuiière leur enseigne à parler le langage des Grâces ; c'est elle qui défend ces froides exagérations qui, loin d'honorer une maîtresse % déshonorent