A. Contentes de vos soins
•3. A. Dans ses moments de repos.
Ceux qui remplissent le premier rang sont les amants qui ont fait honneur à la galanterie de leur siècle ; et ceuxci ont mérité d'être placés près des autres pour avoir plu à Vénus par quelque trait particulier a
Ce guerrier est un illustre des Cantons, qui plusieurs fois dans sa vie refusa de se trouver à d'amples sacrifices à Bacchus, pour sacrifier à l'Amour ^
Près de là une vieille coquette qui n'a jamais ressenti la moindre jalousie des charmes de sa fille.
Suivez. Une belle de haut rang, qui même, après l'inconstance d'un perfide amant, n'a point eu de nouvelle intrigue.
Vis-à-vis : une musicienne réservée, qui a su convertir un disciple d'Ëpicure, qui depuis longtemps s'étoit déclaré contre les femmes.
Ne vous étonnez pas si parmi les portraits des rares amants ^ vous voyez si peu de draperies françoises. La nation fournit plus de perfides que d'amants, et vous conviendrez que vos héroïnes ne travaillent pas à rétablir la Fonne foi dans le commerce amoureux.
Eh ! pourquoi Vénus ne chasse-t-elle pas de son empire les amants qui ne craignent pas de le déshonorer ?
Détrompez-vous, Diphile, ces amants ne sont point soumis à la Déesse ; elle n'accepte que les cœurs que son fils a blessés. Il connoît l'eflet de ses coups : pour en mieux juger il a voulu les sentir; et l'Amour ne donne à Vénus que des cœurs pareils au cœur de l'Amour môme.
Mais ses traits peuvent seuls rendre un cœur sensible ; désavoue-t-il ceux qu'il a blessés?
1. Ce pai'fi;?rapho et les ti'ois* suivanls ne .sont [>a>; clans A. 1. A. Dos amant';.
11 est vrai que les traits de l'Amour peuvent seuls rendre un cœur sensible, répondit Zélide ; mais pour le rendre heureux, il ùuit que le trait parte de ses mains, et je vais vous apprendre qu'il ne les lance pas tous.
Peu de temps après la naissance de Vénus, une troupe d'Amours s'écarta dans les bois de Cinthe. Diane n'avoit pas encore ouvertement déclaré la guerre à la Déesse des plaisirs, et la Déesse, qui ne savait pas alors se méfier des prudes, ne recommandoit point aux Amours de fuir les forêts consacrées à Diane.
La troupe d'Amours, dans les bras de Morphée, se délassoit de l'exercice d'une longue journée, où, à l'envi l'un de l'autre, ils avoient essayé sur les oiseaux des traits destinés à être lancés dans les cœurs des humains. Leurs carquois, pêle-mêle, étoient couchés près d'eux, et les arcs sans force étoient détendus. Les oiseaux amoureux, sur les tons les plus tendres, célébroient leurs plaisirs. Diane, attirée par un concert si charmant, fit taire ses cors, et courut sous l'ombrage où le sommeil se plaisoit à délasseï*. les Amours.
« Que vois-je? dit-elle à ses nymphes, quelle occasion d'outrager la Déesse de Paphos, diminuons sa puissance, désarmons les Amours endormis. »
Chaque nymphe s'empresse à plaire à sa Déesse, et, vidant son carquois, le remplit bientôt des traits de l'Amour. S'il en est quelqu'une qui sente de la répugnance à se déclarer contre Vénus, c'est celle qui pour la cacher en montre plus d'envie. Diane sonne sa victoire ; les Amours se réveillent; honteux de leur défaite, ils pleurent et volent à Gythère.
Les Silvains d'alentour apprirent bientôt que Diane avoit changé ses traits. « Saisissons-les à notre tour, dirent-ils
entre eux ; ses nymphes affectent une rigueur dont nous triompherons avec les traits de l'Amour. Tâchons de les surprendre, leurs armes pendent toujours aux arbres qui entourent la fontaine de Diane : qu'Amour et Mercure nous favorisent quand elles entreront dans le bain. Leurs carquois sont à nous. »
Les Faunes, sans craindre le sort d'Actéon, ne tardèrent pas à tenter la capture ; ils approchent de la fontaine ; les nymphes crient, mais les carquois sont enlevés ; la vanité, l'avarice et tous les vices, tour à tour, se rendirent maîtres de ces armes, dès que les Amours s'en furent dessaisis. Ce sont ces traits égarés qui blessent la plupart des cœurs que vous croyez soumis à Vénus; abandonnez, Diphile, cette sacrilège erreur. Quand on est ainsi blessé, on n'a de l'amour que ce qu'il en faut pour croire qu'on aime.
Que je plains des cœurs sensibles sans l'aveu de l'Amour ! m'écriai-je. Que d'encens je dois à ses autels, puisque je ne saurois douter que mon cœur ne lui doive tous ses feux.
Dès que je sus me connoître, il m'inspira quej'étois destiné à vivre sous ses lois ; je cherchois tous les jours à me rendre, j'attaquois pour me laisser vaincre ; je jurois quej'aimois; mais l'inconstance venoit bientôt m'apprendra que je faisois des faux serments.
Sont-ce là les plaisirs de l'Amour? disois-je sans cesse. J'aime, au moins je crois aimer, et je ne connois point les douceurs qu'il promet aux amants. Non, non, ses promesses sont vaines, et je veux abjurer son culte. Enfin, las de changer et de tromper des volages, je cours au temple de l'Amour.
Insensé, je demandai à sortir de son empire, et je ne l'avois jamais connu.
Fils de Vénus, tu cachois ton dessein? J'exauce ta prière, me dit-il, mais il faut qu'à ta place un autre cœur me soit soumis ; choisis, et que j'apprenne par qui tu veux être remplacé ; donne-moi, s'il se peut, de ces cœurs qui n'ont jamais aimé, qui craignent même de me connoître; c'est dans ces cœurs que je me plais à triompher.
Triomphez de Mélite, Amour ; son cœur doit faire honneur à votre empire, et sa beauté à celui de Vénus.
Suis-moi, répond le dieu de Cythère, tu vas être témoin de ma victoire. Ah! dit-il, en abordant Mélite, si l'Amour pouvoit être inconstant, je blesserois ce cœur en faveur de l'Amour même. Mais. . . le trait part à l'instant, et Mélite enflammée ne se reconnoît plus. Voilà comme je blesse les cœurs que je veux rendre heureux, ajoute l'Amour, en arrachant le trait du sein de Mélite, et le plongeant dans le mien. Un sourire va t' apprendre, Diphile, qui tu dois aimer, et s'il est des douceurs dans mon empire; je devrois te punir d'en avoir douté ; mais j'oublie ton offense , et , pour te récompenser d'avoir souhaité d'aimer tant d'objets divers, je te donne pour Mélite une constance éternelle.
Mais, Mélite, pourquoi vous retracer une victoire, qu'Amour ne pouvoit remporter sans vous?
Votre sort est charmant, dit Zélide, je ne vois que Lycas' et sa nymphe qui puissent être blessés plus heureusement que vous. Je vous apprendrai à mon tour comment l'Amour s'est rendu maître de nos cœurs ; mais le concert que j'entends annonce que Vénus et Bacchus vont recevoir à leur table Ariane et Adonis.
Les dieux viennent avec empressement sur la terre