‹ Œuvres complètes;Chapitre 37 sur 312 · PRONONCÉ LE 23 AOUT · texte numérisé non relu

PRONONCÉ LE 23 AOUT

Ce jour si solennel pour l'Académie, ce jour où elle distribue ses prix, ne fait que lui renouveler le triste souvenir de celui qui les a fondés -.

Mais quoique j'aie l'honneur d'occuper aujourd'hui la première place de cette compagnie, j'ose dire que je ne suis pas affligé de ses pertes seules : j'ai perdu une douce société, et je ne sais si mon esprit n'en souffrira pas autant que mon cœur.

1. V. sup. page 3. En 171G, le duc de la Force, vice-président du conseil des Finances, membre du conseil de Régence, favorisa les essais de Lavv. Quand il aperçut la faiblesse du système, il acheta de grandes quantités de porcelaines, de savons et de drogueries pour ne pas être victime de la dépréciation du papier. Cette mesure prudente était d'un économiste; mais nos anciennes mœurs ne permettaient pas à un noble, à un grand seigneur de faire le commerce. La duc de la Force fut blâmé par un arrêt du Parlement, rendu en 1721; il se retira dans ses terres, où il mourut en 1726. V. les Mémoires de Mathieu Marais, tome II; ceux de Barbier, tome I, et Saint-Simon, XI, 379.

2. Le duc de La Force était mort h Paris le 21 janvier 1726; il était protecteur de rAcadémic de Bordeaux.

J'ai perdu celui qui me donnoit de l'émulation, que je voyois toujours devant moi dans le chemin des sciences, qui faisoit naître mes doutes, qui savoit les dissiper. Pardonnez , messieurs , si cet amour-propre qui accompagne toujours la douleur, ne m'a permis de parler que de moi. Il ne sera pas dit que mes regrets seront cachés ; et en attendant qu'une plume plus éloquente que la mienne ait pu faire son éloge, il faut que j'en jette ici quelques traits.

Purpureos spargam flores, animamque sepulti His saltem accumulem donis '.

Je ne parlerai pas de la naissance ni des dignités de M. le duc de la Force, je m'attacherai seulement à peindre son caractère. La mort enlève les titres, les biens et les dignités, et il ne reste guère d'un illustre mort que cette image fidèle qui est gravée dans le cœur de ceux qui l'ont aimé.

Une des grandes qualités de M. le duc de la Force étoit une certaine bonté naturelle : cette vertu de l'humanité qui fait tant d'honneur à l'homme, il l'avoitpar excellence. Il s'attachoit volontiers, et il ne quittoit jamais.

Il avoit une grande politesse : ce n'étoit pas un oubli de sa dignité, mais l'art de faire souffrir aisément les avantages qu'elle lui donnoit.

Cependant il savoit souvent employer bien à propos cette représentation extérieure qui fait les grands, qu'ils peuvent bien négliger quelquefois, mais dont ils ne sauroient sans bassesse s'affranchir pour toujours.

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