‹ Œuvres complètes;Chapitre 40 sur 312 · PRONONCÉ LE 24 JANVIER · texte numérisé non relu

PRONONCÉ LE 24 JANVIER

Messieurs,

En m'accordant la place de M. de Sacy, vous avez moins appris au public ce que je suis que ce que je dois être.

Vous n'avez pas voulu me comparer à lui, mais me le donner pour modèle '.

Fait pour la société, il étoit aimable, il y étoit utile : il mettoit la douceur dans les manières, et la sévérité dans les mœurs.

1. Mathieu Marais, nous a laissé un portrait de M. de Sacy, qui pour être moins académique n'en est peut être que plus vrai. Il écrit au président Bouhier, le 2 novembre 1727. « Vous allez être occupé à une élection à l'Académie, M. de Sacy est uïort ; sa traduction de Pline (le jeune) est excellente; mais ce qu'il a produit de son fonds n'est pas si bon, et son traité de l'Amitié fut terriblement critiqué dans le Journal des Savants, lorsqu'il parût; et on m'a dit qu'il s'en est vengé dans un discours sur la mort du président Cousin, auteur du journal. M. Despréaux ne pouvoit souffrir cette amitié toute païenne, et 'où il n'y a pas un mot de christianisme. A l'égard de ses Mémoires et factums, il s'en faut bien que tout soit égal ; le médiocre est bien proche du bon, et la précision n'ctoit pas son amie. » Marais, Mémoires, t. III, p. 49i.

II joignoit à un beau génie une âme plus belle encore : les qualités de l'esprit n'étoient chez lui que clans le second ordre; elles ornoient le mérite, mais ne le faisoient pas.

Il écrivoit pour instruire ; et, en instruisant, il se faisoit toujours aimer. Tout respire dans ses ouvrages la candeur et la probité ; le bon naturel s'y fait sentir : le grand homme ne s'y montre jamais qu'avec l'honnête homme.

Il suivoit la vertu par un penchant naturel, et il s'y attachoit encore par ses réflexions. Il jugeoit qu'ayant écrit sur la morale, il devoit être plus difficile qu'un autre sur ses devoirs ; qu'il n'y avoit point pour lui de dispenses, puisqu'il avoit donné les règles ; qu'il seroit ridicule qu'il n'eût pas la force de faire des choses dont il avoit cru tous les hommes capables ; qu'il abandonnât ses propres maximes, et que dans chaque action il eût en même temps à rougir de ce qu'il auroit fait et de ce qu'il auroit dit.

Avec quelle noblesse n'exerçoit-il pas sa profession*? Tous ceux qui avoient besoin de lui devenoient ses amis. Il ne trouvoit presque pour récompense, à la fin de chaque jour, que quelques bonnes actions de plus. Toujours moins riche, et toujours plus désintéressé, il n'a presque laissé à ses enfants que l'honneur d'avoir eu un si illustre père.

Vous aimez, messieurs, les hommes vertueux ; vous ne faites grâce au plus beau génie d'aucune qualité du cœur; et vous regardez les talents sans la vertu comme des présents funestes, uniquement propres à donner de la force, ou un plus grand jour, à nos vices.

Et par là vous êtes bien dignes de ces grands protectecteurs^ qui vous ont confié leur gloire, qui ont voulu

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