PREMIÈRE PARTIE. NOTICE I
dogmes favorables à Tamour des richesses que la morale conseillait de jeter dans le sein des tners avides. Les Économistes , en se rangeant sous la banniëfe du luxe, en cédant au premier vœu de l'attraction , étaient assurés de terrasser la morale , qui veut qu'on méprise les richesses parce qu'elle ne sait pas nous les procurer; semblable au renard de la fable qui trouye les raisins trop verts parce qu'il ne peut y atteindre.
Quel avantage a obtenu la Civilisation , en changeant de bannière , en désertant celle des moralistes pour se ranger sous celle des économistes? Ceux-ci, à la vérité, . nous permettent d'aimer les richesses, mais ils ne nous les donnent pas ; au contraire, l'influence de leurs dogmes n'a servi qu'à doubler la masse des impôts et des armées, accroître l'indigence , la fourberie et tous les fléaux : en matériel, la dévastation des forêts; en politique, les vexations du monopole, soit maritime, soit corporatif: est-il de vice qu'on n'ait vu s'envenimer par l'intervention de ces fâcheux Esculapes !
On peut donc dire de la Civilisation abandonnant la Morale pour se rallier à l'Economisme :
Indicit in Scyllam, dum vuli vitare Charybdim.
Dans cette fluctuation de systèmes , la Civilisation est comme le malade qui essaie toutes les positions pour trouver quelque soulagement. Elle accueille tous les charlatans qui savent en style pompeux la flatter d'un rétablissement, et qui en promettant la nouveauté, ne font naître que de nouvelles calamités.
En dénonçant les sciences trompeuses, rendons justice à ceux de leurs auteurs qui n'ont été égarés que par illu- BÎon philantropique ; distinguons-les des jongleurs scien* tifiques: ce sera le sujet du chapitre suivant.
130 PROLÉCOHÈRES.