‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 172 sur 201 · Les objections générales ; 7. La critique vicieuse · texte numérisé non relu

Les objections générales ; 7. La critique vicieuse

6. La critique décente ; 8. La critique régulière. Les objections générales peuvent se réduire à cinq :

amertume , bizarrerie , monstruosité , imaginative , néologisme.

1er. grief. Les amertumes ou critique de la philosophie tiennent le premier rang, et sont, à parler net, la seule cause qui m'attire la disgrâce des sophistes. 11 eût fallu , pour leur agréer, manquer de méthode, se borner à la preuve simple , donner le traité de l'association sans l'étayer de la contre-preuve ou analyse des absurdités de la civilisation.

Celui qui apporte un remède nouveau manque-t-il à décrire la maladie qui en est l'objet? Si nos médecins eussent découvert à Barcelone un antidote à la fièvre jaune, en le publiant au retour, ils auraient décrit d'abord les symptômes, caractères et phases de la contagion-, réfuté les faux jugements qu'on en avait portés, les faux traitements qu'on y avait appliqués. A la suite de cette analyse du mal, ils auraient donné la synthèse du bien, l'exposé du procédé curatif.

J'ai suivi cette marche, décrivant d'abord les symptômes, caractères et phases de la contagion sociale; industrie morcelée, relations mensongères, etc.; les faux traitements appliqués par les doctrines philosophiques; le fol espoir de ceux qui en espèrent quelque bien. Ces tableaux forment un tome d'amertumes ou analyse du mal, théorie indirecte, à laquelle succède un tome de théorie directe ou sociétaire. Pouvait - on suivre une marche plus méthodique? C'est la preuve composée. preuve directe et indirecte , employée dans toutes les sciences fixes.

2e. grief. La distribution bizarre ou leçon intuitive, disposition de l'ouvrage par séries analogues à celles de l'industrie sociétaire.

Horace vantait déjà les leçons intuitives, segnius irtaniy etc. Tous les journaux ont prôné l'institut Pestalozzi

et l'enseignement mutuel, qui emploient la leçon intuitive; elle m'a paru d'autant plus opportune, qu'il n'y a qu'une chose à étudier en théorie d'association • c'est l'art de former des séries contrastées. Or, pour familiariser le lecteur à cette distribution, j'ai dû la peindre dans les formes du livre : ce sont deux séries contrastées ; une composée, dans les 2e. et 5e. tomes; une simple, dans les 3e. et 4e., toutes deux à contre-parties, avec transitions, pivots, etc., à l'instar des séries industrielles et passionnées que forme un canton sociétaire. Cette disposition est faite pour aider l'étudiant (un incident, une transposition l'empêche d'en tirer parti : je rectifierai ce déplacement au 8e. article , de manière que personne ne pourra s'y égarer).

« On n'a jamais vu de livre ainsi disposé, » disent les critiques : je le sais ; s'ensuit-il que cela soit vicieux? Ce qui est nouveau n'est pas toujours bizarre. Les cavaliers de Fernand Cortez parurent bien bizarres aux Mexicains, qui ne savaient si c'était des hommes, ou des dieux, ou des bêtes. Quant à nous, un cavalier et son coursier nous paraissent un assemblage très-beau , trèsutile et nullement bizarre.

On jugera de même par la suite les ouvrages distribués comme le mien en séries contrastées : loin de sembler choquante , cette ordonnance paraîtra brillante et poétique. Elle est à nos méthodes ce que la poésie et les strophes sont à la prose : elle présente une masse d'accords et correspondances de sujets , qui aideront la mémoire quand on y sera habitue. Provisoirement elle n'a rien de gênant, et je l'ai conservée dans ces sommaires, afin de prouver par le fait qu'elle réunit trois avantages : convenance avec le bon ordre des matières , leçon intuitive ,

et secours de mémoire que je ne peux pas encore expliquer.

Je conçois que le premier ouvrage de cette coupe semble extraordinaire : je ne l'ai adoptée que par motifs de leçon intuitive. La railler sur quelques apparences bizarres , ce serait imiter un sot qui raillerait l'algèbre sur ses formules de Q carré et racine de Q, expressions risibles, si l'on veut; l'algèbre n'en est pas moins la plus exacte, la plus sublime des sciences.

En réplique à ce monde savant qui dédaigne la distribution par séries contrastées, dont il ignore les propriétés, je lui demande comment il parviendra, sans cette méthode , à résoudre les problèmes sur lesquels il échoue si honteusement, tels que la distribution des races humaines, de l'alphabet naturel et des planètes; sujet de la note 7, page 75?

3e. grief. L' exagération apparente, notamment dans J'annonce du triple produit. Cette perspective de richesse colossale et SUBITE (car on peut l'obtenir d'une année à l'autre), insurge le lecteur. Faut-il donc mentir pour gagner sa confiance? Faut-il réduire à moitié de la réalité , les tableaux du produit sociétaire? Une telle faiblesse n'aboutirait qu'à favoriser les plagiaires : chacun d'eux pourrait, en donnant le compte exact, tel que je l'ai fait (III , 47) , s'emparer de ma théorie , prouver que je l'ai à peine entrevue , que je n'ai pas même su en estimer arithmétiquement les résultats.

Ainsi je me serais dupé moi-même et j'aurais trompé tout le monde, pour complaire à quelques zoïles qui crient à l'exagération, ridiculisent ce qu'ils ne peuvent pas réfuter, et sont à l'affût pour voler et travestir les découvertes après les avoir niées à leur apparition. Au sur-

plus, qu'on lise bien les estimations (III , 1 à 47) et l'on conviendra que j'ai cave trop bas.

J'aurais pu donner la théorie de la 6e. société ( garanties générales), dont on lit des aperçus (III, 259). Mais à quoi bon s'occuper d'un système social dont l'organisation complète ne serait terminée qu'au bout d'un siècle, n'élèverait la richesse qu'au double de la nôtre, et lentement, de génération en génération , tandis qu'on peut en fonder un qui triplera subitement la richesse , et dont l'épreuve sur 100 familles, terminée en deux mois, sauf disposition des bâtiments, sera suivie aussitôt de la fondation générale?

4e. grief. L'abus d'imagination. Il faudrait, à l'appui d'un tel reproche , signaler quelques erreurs de calcul, au moins une. Loin de là, on avoue que mes calculs sont souvent justes : ce mot SOUVENT supposerait qu'on en a trouvé quelques-uns de fautifs : que ne les indiquait-on? je mets au défi sur ce point : qu'on en cite un seul de faux, en théorie d'Association. Sans doute on peut suspecter les aperçus, les programmes de sujets à traiter aux volumes suivants, entre autres les deux pivotaux,

Immortalité et emplois de l'âme après cette vie (II, 232 et 301 ) ;

Analogie universelle et cosmogonie appliquée (III, 212 et 241).

Ceux-là ne peuvent pas être jugés avant que je les aie publiés ; j'en ai donné ces courtes annonces, pour dénoter que je ne négligerais aucune des branches du mouvement (I, 32), aucune des fins ou unités (1, 90). Mais il est divers sujets qu'il faut renvoyer aux derniers volumes , parce que leur démonstration exige beaucoup de détails qui ne pouvaient pas trouver place dans les premiers tomjas.

De ce nombre est la théorie de l'immortalité de l'âme, qui doit être appuyée de neuf branches de preuves , savoir :

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