‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 5 sur 201 · XVJ PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVJ PRÉFACE

sinat et tous les Crimes imaginables! On voudrait faire croire qu'il est le champion du Mal, et l'ennemi du Bien ! On aurait alors beau jeu contre lui, assurément. Mais voyez la logique des adversaires : a cette première accusation ils ne manquent jamais d'ajouter cette seconde : que Fourierrêve une Société trop par faite , qu'il est absurde, extravagant de vouloir, avec les hommes de cette terre , réaliser cet idéal d'Harmonie qu'il prophétise , et dont il fait l'objet et la sanction de sa Doctrine 1

Si Fourier rêve une Société trop belle pour être réalisable avec des hommes, s'il poursuit l'idée chimérique d'une perfection impossible ici-bas, que deviennent les accusations d'immoralité ?

Il faut s'entendre un peu. Qu'est-ce que le Bien? Est-ce la Morale qui est le Bien? Sont-ce les Théories des Moralistes qui sont le Bien ? — Assurément non , a notre sens. Que les Théories des Moralistes, leurs idées, leurs sermons sur la perversité de la Nature humaine, et sur la malfaisance essentielle et native des Passions , sur la nécessité de comprimer, de violenter celles-ci ; que ces Théories , attaquées par Fourier, leur aient été inspirées par le désir du Bien , qu'elles aient été considérées par ces Philosophes comme le Moyen, le seul Moyen de diminuer quelque peu le Mal ici-bas : voila ce que nous ne contestons nullement. Mais ces Théories morales , fussent-elles de bonnes Méthodes pour réaliser le Bien social, n'en seraient cependant pas plus le Bien social lui-même, qu'une bonne Méthode agricole pour la culture du blé ne saurait être elle-même du blé.

Il résulte déjà de ceci que la Morale, qui n'est qu'une Méthode ayant pour objet la Production du Bien , peut être critiquée très vivement sans qir il puisse être inféré de la que la critique est immorale, c'est-à-dire attentatoire au Bien

DES EDITEURS. XVij

lui-même. Et s'il se trouve que la Méthode morale pour la production du Bien est uue méthode très fausse, réalisant très peu de Bien et énormément de Mal, et qu'on la critique au nom d'une Méthode présentée comme capable de produire énormément de Bien et de ne laisser que fort peu de Mal , pourra- t-on dire que cette critique de la Morale est une immoralité, c'est-à-dire une chose ayant pour but le triomphe du Vice sur la Vertu, le triomphe du Mal sur le Bien?

Les habitants d'un pays fort arriéré cultivent leurs champs, de père en fils , d'après une Méthode qui leur donne quatrevingt-dix-neuf pieds d'ivraie pour un pied de blé. Un homme survient qui, ayant longtemps étudié les lois de la Nature, a découvert une nouvelle Méthode. Il expose, en critiquant l'ancienne , que la Méthode nouvelle doit produire avec cent fois moins de travail quatre-vingt-dix-neuf beaux épis pour un brin d'ivraie. Il demande que dans le coin d'un champ on fasse l'expérience de sa Méthode. Or, voici que nos paysans s'ameutent contre cet homme et 'parlent de le lapider parce que, crient-ils, le misérable porte atteinte à la culture du blé, insulte les cultivateurs de blé et veut affamer la contrée...

Voila pourtant l'histoire de Fourier et de ces Coryphées de la Morale et de la Philosophie qui déversent sur lui les flots de leur intelligente indignation, de leur sainte colère ! Mais, bonnes gens, prenez donc garde que si Fourier vous critique fort , c'est précisément parce qu'il n'y a que de l'ivraie dans vos champs et qu'il voudrait que l'on y fit enfin pousser le bon grain en abondance.

La Morale pose en principe que pour produire le Bien il faut comprimer et réprimer les Passions. Voilà sa donnée.

Fourier pense que pour produire le Bien il faut utiliser les Passions, les diriger, les développer en essors harmoniques.

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Voila certes deux Méthodes fort opposées , toutes deux également louables dans leur but sans doute, puisqu'elles ont toutes deux pour but la Production du Bien ; mais toutes deux ne pouvant être également bonnes, puisque l'une est le contre-pied de l'autre.

Laquelle donc est la bonne?

On ne saura pas laquelle est la bonne si, pour (oute étude, pour toute comparaison , on se contente de lapider Fourier ou de crier bien fort que sa Méthode est immorale.

On le saura, au contraire, si l'on étudie le Procédé qu'il offre pour utiliser, pour diriger, pour développer harmoniquement les Facultés natives de l'Homme-, et si l'on fait l'Essai de ce Procédé .

Le Procédé de la Production du Bien, par la Méthode de la compression des Passions, est connu et employé depuis quatre à cinq mille ans. L'Expérience dure donc depuis un temps suffisant pour que l'on sache jusqu'à quel point ce Procédé est capable de développer la Production du Bien dans la Société. La Production , on en conviendra , n'est pas brillante. Toute la question est donc de faire l'élude du Nouveau Procédé , de le mettre à l'essai sur un point et de comparer les résultats avec ceux de l'ancien. Voilà précisément ce que demandent Fourier et ses Disciples.

Serait-ce, par hasard, que l'on tiendrait à la Méthode pour elle-même , que l'on voudrait la Compression pour la Compression , et que Ton trouverait immoral qu'il n'y eût plus rien , dans la Société , ou trop peu de chose à punir? — Il faut que toutes les opinions se fassent connaître, et nous engageons les partisans de celle-ci à la développer.

Enfin, que dira-t-on encore? que Fourier, en réhabilitant la Passion, légitime les écarts des Passions? que sa Doctrine

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