ÉPILOGUE
visions modernes, vos chimères économiques, ne sont pas plus ridicules encore, et n'attireront pas sur le dix-neuvième siècle plus de mépris que les visions morales dont vous êtes confus aujourd'hui? Croyez-vous vous rapprocher de la Vérité et de la Nature en divinisant le commerce, qui §st un exercice continuel du mensonge et de l'astuce? Pensez-vous que Dieu n'ait imaginé aucune méthode plus loyale et plus équitable pour opérer l'échange, qui est l'âme du mécanisme social ? C'est sur quoi je vais vous entretenir dans la troisième partie de ce Prospectus.
Entre temps je vous fais ressouvenir qu'il ne suffisait pas de reconnaître l'empire de la Nature dont vous confessez enfin la souveraine influence. C'est peu de désavouer la Philosophie morale qui prétend changer les passions: il fallait, pour rentrer en grâce avec la Nature, étudier ses décrets dans Y Attraction passionnée qui en est l'interprète. Vous faites parade de vos théories métaphysiques ; à quoi donc les employez- vous, si vous dédaignez d'étudier l'Attraction qui tient le gouvernail de vos âmes et de vos passions? Vos métaphysiciens se perdent dans les minuties de l'idéologie. Eh! qu'importe cette broutille scientifique? Moi qui ignore le mécanisme des idées, moi qui n'ai jamais lu ni Locke ni Condillac, n'ai-je pas eu assez d'idées pour inventer le système entier du mouvement universel, dont vous n'aviez découvert que la quatrième branche, après 2,500 ans d'efforts scientifiques?
Je ne prétends pas dire que mes vues soient immenses parce qu'elles s'étendent là où les vôtres n'ont point atteint; j'ai fait ce que mille autres pouvaient avant moi, mais j'ai rnjarohé au but seul, sans moyens acquis et sans chemins frayés.lMoi SEUL j'aurai confondu vingt siècles d'imbécillité politique, et c'est à moi seul que les générations présentes et futures devront l'initiative de leur immense bonheur. Avant moi l'Humanité a perdu plusieurs mille ans à lutter follement contre la Nature; moi, le premier, j'ai fléchi devant elle en étudiant l'Attraction, organe de ses décrets : elle a daigné sourire au seul mortel qui l'eût encensée, elle m'a livré tous ses trésors. Possesseur du livre des Destins, je viens dissiper les ténèbres politiques et morales, et sur les ruines des sciences incertaines j'élève la Théorie de l'Harmonie universelle.
Exegi monumentum œre perennius. »