DIVISIONS
Avant -poste. i chœur. Aileron
ascendant.
2 chœurs.
Aile ascendante.
Centre
DJt SÉRIE.
Aile descendarte.
Aileron
descendant.
Arrière-toste.
3 chœur
b 4 chœurs.
3 chœurs.
2 chœurs.
1 chœur.
Ces noms sont adaptés aux mœurs et usages de l'Ordre combiné.
Les chœurs n° 7 à 15 sont les neuf chœurs amoureux; le chœur 0e entre déjà en âge de puberté; il n'a pas l'exercice matériel, mais seulement l'exercice spirituel de l'amour.
Dans un moment de parade, les 32 quadrilles paraissent avec 32 uniformes différents ; les femmes interviennent toujours par moitié dans toutes les dispositions de l'Ordre Sociétaire.
L'ordonnance des Séries est la même dans toutes les branches d'industrie agricole et manufacturière, dans les sciences, les arts et les plaisirs. C'est toujours une lutte régulière entre des groupes et des divisions formées de plusieurs groupes.
D'après les deux tableaux que je viens de donner, chacun saurait classer une Série de sciences ou d'arts, et répartir chaque genre dans les divisions du Centre, des Ailes, etc., [qu'on peut subdiviser en plusieurs espèces.]
Si cinq groupes de poètes s'adonnent aux cinq genres suivants : L'Épopée, la Tragédie, la Comédie, l'Ode, Vidtjlle,
chacun saura indiquer à quelle division de la Série ils appartiennent et les classer comme il suit :
Le groupe de 1' Ode dans Y Aileron ascendant. Le groupe de la Tragédie dans Y Aile ascendante. Le groupe de 1' Epopée dans le Centre de Série. Le groupe de la Comédie dans Y Aile descendante. Le groupe de Y Idylle dans Y Aileron descendant. Et les genres bâlards dans Y Avant ou Y Arrière-poste. Outre les 7 divisions indiquées, une Série complète a 5 divisions accessoires, savoir :
8e La Réserve.
9e Les Novices.
10e Les Omnigenres.
IIe Les Sectincs.
12e Les Auxiliaires.
La Réserve. Elle se compose des individus qui, ayant figuré dans quelque groupe des 7 divisions de genre, ont changé de goût et abandonné cette passion. L'on réclame parfois leur secours dans les cas où un contre-temps imprévu mettrait en danger les travaux de la Série, ou détournerait la plupart de ses membres d'une assemblée nécessaire.
Les Novices sont ceux qui ont une passion naissante pour les goûts de la Série, et aspirent à s'agréger dans quelqu'un de ses groupes. On les éprouve d'abord en qualité d'élèves, après quoi
ils passent au grade de bacheliers, et de là au grade de sectaires délibérants.
Les Omnigenres. C'est un groupe dont les membres ont des connaissances générales sur toutes les branches d'industrie ou de plaisir de la Série ; par exemple, dans la Série des fleurs il se trouvera des sociétaires qui voudront connaître la culture de toutes sortes'de fleurs et pouvoir s'entremettre dans les fonctions de tous les groupes de fleuristes. Ils formeront le groupe des mille fleurs qui cultivera les autels champêtres, autour desquels on plantera toutes sortes de fleurs; ils présideront aux expositions et auront diverses autres fonctions.
Les Sectines (*) sont des branches de Sectes (2) qui se subdivisent en divers groupes, trop petits pour avoir des offi ciers et une organisation régulière ; telle sera laSectine des fleurettes : elle formera une vingtaine de petits groupes de 3 à 4 personnes, qui cultiveront spécialement quelque fleurette de peu d'importance, comme la pensée, la petite marguerite, le réséda, l'héliotrope. Ces menues fleurs ne produiront pas des coalitions de sectaires comme on en verra pour l'œillet, la rose, la tulipe, la renoncule, la hyacinthe, la tubéreuse, et autres pour lesquelles il y aura des partis nombreux et susceptibles de comporter les classes d'officiers que j'indiquerai plus loin.
En supposant que cinquante amateurs de fleurettes forment une douzaine de petits groupes, ils se fondront en trois groupes principaux pour figurer dans la grande Série des fleurs; ils y formeront l'Aileron descendant, et parmi leurs dou ze petits groupes ils établiront les 7 divisions que j'ai indiquées en parlant de la Série des poires.
Les Auxiliaires. Dans les Séries simples, ou formées d'un seul sexe, le corps auxiliaire est un groupe de sexe différent qui s'adjoint à la Série. Quoique certains travaux soient attribués spécialement à un seul sexe, cependant on voit des hommes se passionner pour des occupations qui ne conviennent qu'aux femmes, ainsi qu'on voit des femmes avoir des inclinations qui ne conviennent qu'aux hommes. Cette bizarrerie appar ente tient à la loi générale de l' exception que la Nature introdu it partout. On ad-
(i) On nomme Diétines les petites Diètes qui en forment une grande ; je donne, par analogie, le nom de Sectines aux petites Sectes dont il s'agit. (2) Rappelons que Secte est l'équivalent de Série.
(Note des Éditeurs.)
joindra donc à chaque Série simple un ou deux groupes auxiliaires, pris dans le sexe différent, afin que chacun puisse donner cours aux passions que Dieu lui envoie. Quand la Série est comp osée, ou formée des deux sexes, elle a des auxiliaires des deux sexes.
"La Série et ses Groupes complémentaires" ont des officiers en très grand nombre : j'en vais indiquer " sept" classes principales :
1° Les Divinités.
2° Le Sacerdoce.
3° L1 État-Major.
4° L'Élat-MinOr.
b° [L'État Mixte.]
6° L'Administration.
7° L'Académie.
[Les Saints ou Patrons.]
Dans ce tableau d'officiers plus nombreux que les soldats, on va reconnaître combien il est nécessaire de ménager et graduer les inégalités de fortune dans une Phalange d'Harmonie, et d'y assembler les contrastes de tous genres, depuis le millionnaire jusqu'à l'homme sans fortune, depuis le savant jusqu'à l'ignorant, etc.; sans ces contrastes on ne pourrait pas former les corps d'officiers, qui sont l'âme de chaque Série.
Les Divinités. Chaque groupe élit une Divinité de sexe différent : un groupe masculin choisit une déesse, un groupe féminin choisit un dieu. Viennent ensuite les divinités de chaque division de la Série, comme le dieu ou la déesse de l'Aile ascendante, du Centre, etc.; puis les divinités de la Série entière.
Dans les cérémonies et festivités, chaque dieu ou déesse figure à la tête de son groupe, de sa division, de sa Série, et prend le pas sur tout autre officier (je dis dans les festivités et non pas au travail). Par exemple, une Série de Sylvains ou bûcherons, composée de quinze groupes [masculins], paraîtra le jour de sa fête avec un corps de divinités disposées comme il suit :
A S Hamadryades, dont une à la tête de chaque groupe de Sylvains : 5 Dryades, à la tête des cinq divisions principales de la Série ; i Fée, à la tête de la Série ; i Iris ou Messagère; i Sybille;
Puis quelques Chérubins et Séraphins, pris parmi les enfants, pour le service des dieux ou déesses.
Les Hamadryades seront choisies parmi les jeunes femmes;
Les Dryades parmi les dames de moyen âge;
La Fée, la Sibylle et autres déesses de première classe, seront choisies parmi les dames âgées qui auront passé par les grades inférieurs.
Si la Série est composée, c'est-à-dire formée de deux sexes, te corps olympique doit être double.
Les dieux prennent place à l'autel et reçoivent les honneurs divins de la part de la Série (*).
La fonction de divinité n'exige pas des connaissances sur les occupations de la Série. Il se peut qu'une jeune femme, sans être versée dans l'astronomie, soit choisie pour Uranie du groupe des astronomes. Il suffit que le dieu ou la déesse aient quelque notion des travaux du groupe dont ils reçoivent le culte. Les dieux sont communément choisis dans la classe la plus éloignée du groupe. Une société de savants très riches, comme le seront les savants dans l'Ordre combiné, choisira volontiers pour déesse une jeune fille pauvre; ce choix devient pour elle une voie de fortune. Un groupe d'industrieux généralement pauvre choisira fréquemment pour divinité une des dames riches de la Phalange. Ces contrastes sont indiqués par le sentiment, il n'est pas besoin d'en dire le motif.
Le Sacerdoce. Les prêtres et prêtresses, dans une Série, sont les principaux musiciens; ils dirigent les hymnes et le service divin au temple ou à la parade. Il doit y avoir au moins un prêtre ou une prêtresse attaché à chaque groupe, ensuite des prêtres supérieurs pour les divisions de la Série, puis le grand-prêtre ou la grande-prêtresse de la Série. Le Sacerdoce est double si la Série est composée.
UÉtat-Major. Il se compose à peu près des mêmes supérieurs que l'on voit dans un régiment; savoir : pour chaque groupe, le capitaine, le lieutenant et le sous-lieutenant ; puis les officiers de Série, comme le colonel, le major, le banneret, etc.
VÉtat-Minor est encore semblable à la classe des sous-officiers
(i) [Un bel esprit de Paris a cru que ces costumes et ce cérémonial de festivité étaient employés dans les séances pour le travail et a crié à l'absurdité d'envoyer au travail des femmes costumées en Fées, en Dryades. Il faut toute la suffisance d'un Parisien pour supposera l'auteur une intention aussi ridicule. Était-il donc besoin d'ajouter que lorsque Ion va au travail, on a les officiers et costumes de travail qui sont pris dans l'Étal-Minor?]
de régiment; chaque groupe a son porte-drapeau, son brigadier et autres sous-chefs, au-dessous desquels sont des sous-chefs de Série qui ont l'inspection sur ceux des groupes. L'état-minor est chargé du matériel.
[L'État-Mixte comprend les négociateurs correspondants, soit près la Bourse de la Phalange, soit dans les Phalanges vicinales et Jes Congrès de province ou de région.]
Il est inutile d'ajouter que, si la Série est composée, les étatsmajor et minor sont doubles, et formés de deux sexes. Ainsi une Série composée a son colonel et sa colonelle, son banneret et sa bannerette. Les dames exercent leurs fonctions, et ne sont pas revêtues de titres vides de sens, comme on voit parmi nous madame la présidente qui ne préside rien, madame la maréchale qui ne commande rien. Dans l'Ordre combiné, où le mariage n'a pas lieu, on n'acquiert pas les dignités des gens avec qui l'on couche; chacun ne porte de titres que ceux des fonctions qu'il remplit, et quand une femme se nommera la colonelle ou la bannerette des fleurs, on la verra commander la Série dans une parade ou porter la bannière, et tenir le bureau dans une assemblée relative à ses fonctions. La paladine commandera les caravanes féminines ; la maréchale commandera les colonnes féminines, etc.
V Administration. Elle se compose des officiers chargés de la comptabilité et du cérémonial, comme le conservateur, l'archiviste, le héraut, l'appariteur, etc. Chaque groupe doit avoir de tels officiers ; on en nomme de semblables pour la Série entière ; il faut un conservateur ou une conservatrice, un héraut ou une héraute pour la Série, comme il en faut pour chaque groupe et pour chaque division de la Série.
L'Académie. Elle a pour membres les plus experts de chaque groupe, ceux qui ont le plus de connaissances acquises en théorie ou en pratique. Ainsi une Série de 12 groupes a 2i académiciens, dont moitié de théoristes et moitié de praticiens, tirés de chacun des groupes; on en ajoute quelques-uns pour les notions générales. L'académie décide sur les entreprises qui ont rapport aux intérêts de la Série entière; elle est consultée arbitralement sur les entreprises des groupes en particulier. Il peut exister dans les Séries d'autres classes d'officiers; on les multiplie à l'infini, et un enfant agrégé à une trentaine de Séries peut avoir une vingtaine de grades, et ajouter à son nom un grand titre plus long que celui du roi d'Espagne.
[ Les Saints ou Patrons et Patronnes. Cette corporation est composée des défunts et défuntes qui ont illustré la Série et étendu les progrès de la science ou de l'art. Ils sont après le trépas béatifiés et canonisés en Concile de la Hiérarchie sphérique , division spéciale; c'est-à-dire que BufFon sera canonisé par la Série uni- \{ersellé) des zoologistes , Linnée par celle des botanistes, Hippocrate par celle des médecins, Duhamel par celle des fruitistes, Racine par celle des dramaturges . Leurs statues seront à perpétuité honorées, sur tout le globe, d'un culte religieux par leurs Séries spéciales, qui dans ce culte seront électrisées par la reconnaissance des services rendus à la Série, et dignes à ce titre d'une gratitude perpétuelle.]
On dira que c'est beaucoup trop d'appareil pour cultiver des fleurs et des fruits, du blé, du vin , etc.; mais ces hochets, ces distinctions honorifiques ne coûtent rien , et sont des appâts qui excitent l'enthousiasme dans les travaux. Le capitaine n'est capitaine qu'à la parade; hors de là il travaille comme tout autre, puisque tout le monde, dans une Série progressive, s'enrôle par attraction et par goût pour la passion de la Série. Par exemple, on conçoit que, dans une Série de gastronomie, le colonel et les capitaines mangeront aussi bien que les simples sec taires ; il en sera de même au travail, qui deviendra dans l'Ordre combiné aussi attrayant que peuvent l'être parmi nous la table et autres jouissances; et si dans un groupe de 20 sociétaires chacun se trouve pourvu d'un office, l'activité et l'émulation n'en seront que plus grandes, sans qu'il en coûte une obole de plus, excepté les frais des ornements distinctifs; car les Séries étant passionnées pour l'objet qui les rassemble, elles ne donnent pas d'émoluments à leurs officiers; ils auront le double véhicule de la passion qui attire dans la Série, et du grade qui les distingue. C'en est assez pour que ces officiers, lorsqu'ils sont opulents, s'engagent à l'envi dans des dépenses pour le bien de la Série, sans songer au bénéfice qui leur survient pourtant au bout de l'année, et qui se trouve d'autant plus copieux qu'ils l'ont moins ambitionné, et plus favorisé par le zèle que leur ardeur inspire aux subalterne s de la Série .
Autant il est facile de concevoir l'ordonnance des Séries, autant il serait difficile de concevo ir leur mécanisme sans [ avoir lu ] un traité jcomplet sur ce sujet. La difficulté n'est pas de les former, mais de]les mettre en action et de les exciter au travail par les rivalités, par les ligues des groupes entre eux et des divisions entre elles.
Les " Séries passionnelles " ne peuvent s'entraîner au travail que par l'influence qu'elles exercent collectivement les unes sur les autres. Il faut en former 144, douze douzaines^), pour les faire mouvoir en bon accord par rivalité et émulation (ce nombre de 144 (J) s'entend approximativement). Si l'on formait une ou deux Séries isolément, il n'y aurait aucun moyen de les mettre en action. Rien ne serait plus facile que de former dans Paris quelques Séries d'amateurs pour la culture des fleurs et des fruits, en leur fournissant des jardins pourvus d'espaliers et de fleurs, disposés convenablement pour les travaux des divers groupes; mais ces Séries ne passeraient pas une semaine sans être brouillées en tout sens, et il serait impossible de les amener à un travail habituel, lors même qu'on les composerait de gens qui n'auraient pas d'autres fonctions à exercer. La mécanique passionnelle ne peut s'organiser incomplètement ; chaque partie est nécessaire au tout, et l'absence de quelques rouages mettrait en désordre toute la machine ; c'est pourquoi l'on ne pourrait " guère " former une demiphalange de Séries passionnelles; il n'y a de mitoyen entre l'Harmonie et l'Incohérence qu'un Ordre Sociétaire à passions nuancées. (Voyez page 117, le Ménage progressif ou Séries ébauchées, Tribu à 9 groupes. )
Mais en formant, selon les règles géométriques, un canton d'environ 144 (*) Séries, pour les cultures, fabriques, sciences et arts, en les mettant régulièrement aux prises, on peut exciter entre elles des intrigues si piquantes, répandre dans leurs travaux tant d'intérêts divers, que toutes ces Séries se trouveront en attraction générale, qu'elles s'entraîneront l'une par l'autre à faire des prodiges d'industrie et d'étude, sans être stimulées par l'appât du gain. Elles n'auront d'autre mobile que la fougue passionnée, qu'une prévention aveugle pour leurs goûts favoris; et leur exaltation sera si forte qu'on verra le millionnaire, le sybarite actuel, se lever avant le jour pour activer et soutenir personnellement les travaux des Séries où il aura pris parti. On le verra pendant la journée fatiguer comme un forçat, en parcourant et animant par son exemple ses groupes et ses Séries favorites; et après tant de peines, il regrettera qu'on ne puisse pas doubler la longueur des jours, afin de doubler les fatigues qui feront son bonheur. Tous ses collaborateurs, riches ou pauvres, partageront son enthousiasme,
(î) " 408. " — Exemplaire annoté.
30 i NOTE A.
et de là vient que les Séries passionnelles sauront obtenir de précieuses récoltes dans les terres les plus rebelles aux elforts des Civilisés.
" En admettant" que dans un canton d'environ 3,000 toises de diamètre, et peuplé de 1,000 à 1,200 personnes, il faille former environ 150 (!) Séries, à compter 300 (2) personnes pour chacune, «e nombre est approximatif, il est évident que ces 150 (*) Séries exigeront 150 (') passions dominantes, chacune sur 300 (2) personnes; il faudra donc que chaque individu ait environ le (3) quart des 150 (*) passions, à peu près 40 goûts dominants, pour s'enrôler dans une quarantaine de Séries.
Mais les Civilisés n'ont pour la plupart que trois à quatre goûts dominants ; il faudra donc développer en eux un grand nombre de fantaisies nouvelles, et faire naître dans chaque individu au moins dix fois plus de passions qu'il n'en a aujourd'hui. Pour atteindre ce but, il faudra procéder par des méthodes opposées à tous nos dogmes sur la sagesse, ce qui n'importe, pourvu qu'on arrive au but, qui est de produire attraction industrielle et faire exécuter par plaisir ces travaux agricoles et manufacturiers qu'on n'exécute aujourd'hui que par nécessité et avec dégoût.
Cette courte notice ne répandra aucun jour sur le problème de l'aire manœuvrer les 144 (*j Séries d'un canton de manière qu'elles s'entraînent l'une par l'autre au travail agricole , manufacturier et domestique, à l'étude et à la pratique des sciences et des arts, et que les produits de leur industrie s'élèvent à la perfection qu'on doit attendre de gens qui travailleront par passion, par esprit de corps, par amour-propre, et nullement par le véhicule du besoin et du bénéfice.
On pourra conclure de cette Note insuffisante que la Théorie des Séries ne comporte pas d'Abrégé et ne peut pas s'expliquer en aperçu, parce qu'elle repose sur des procédés tellement éloignés de nos usages, qu'il faut en prendre une connaissance complète, et que les Abrégés, les notions anticipées que l'on sollicite, ne jetteraient aucun jour sur cet effrayant problème de mettre le genre humain en attraction industrielle. Ce sera au IIIe Mémoire que j'en donnerai la solution. Les deux premiers seront employés à des
(1) " 405. " — Exemplaire annoté.
(2) « ioo. "— id.
(ô) "Le I0me. " — id.
NOTE A. 305r
discussions préparatoires, notamment sur la nécessité de l'Association, seul Ordre compatible avec les vues de Dieu.
Dieu, pour organiser un Mécanisme social stable et régulier, n'a pas pu spéculer sur des individus agissant isolément, mais sur des groupes sociétaires ; en voici les raisons :
Dieu ne peut pas désirer que ses œuvres soient sujettes à un& instabilité, à une désorganisation continuelle ; c'est ce qui arriverait si leur exécution reposait sur des individus isolés, qui ont le défaut d'être sujets à la mort et à l'inconstance. Il doit préférablement choisir des groupes ou corporations passionnées, qui ne meurent jamais et ne varient jamais dans leurs goûts ; car ils remplacent chaque jour par de nouveaux néophytes ceux que la mort ou l'inconstance leur enlève. Los groupes perfectionnent sans cesser parce qu'ils sont immortels; ils transmettent d'âge en âge l'habileté et les leçons d'expérience qui ne se communique pas dans les familles, parce que les enfants n'héritent pas des goûts des pères, et n'ont pas d'aptitude à continuer et perfectionner les travaux des pères.
L'Ordre civilisé exigerait une certaine conformité de goûts entre le père et le fils, ou du moins une diversité peu saillante; le contraire a lieu , la Nature se plaît à trancher brusquement du père au fils; elle place un génie poétique, Métastase, dans le fils d'un portier; puis dans le rejeton d'un grand homme (*), elle ne placera que des penchants très vulgaires. Cette disparate, excessivement nuisible à nos sociétés domestiques , est un des mille indices de leur opposition aux vues de la Nature; elle a fait les caractères et les passions pour convenir à l'Ordre combiné, et non pas à l'Incohérence civilisée. J'aurai lieu de répéter fréquemment dans le cours de cet ouvrage que, dès que les Séries progressives seront organisées, vous trouverez admirables certaines dispositions de la Nature qui vous semblent aujourd'hui des vices et des bizarreries; vous verrez le père s'applaudir de ce qu'elle aura donné à ses enfants des goûts opposés aux siens ; vous entendrez le genre humain louer Dieu sur la création des penchants qui sont parmi vous le germe des plus grands désordres; enfin, vous reconnaîtrez qu'il n'est aucune passion inutile ni mauvaise ; que tous les caractères sont bons tels qu'ils sont; qu'il faut exalter leurspassions au lieu de les modérer ; qu'il faut créer des fantaisies e£
(j) [Cicéron] — Exemplaire annoté.
des besoins même aux gens sans fortune; et que les meilleurs citoyens, les plus utiles au mécanisme sociétaire, sont ceux qui ont le plus de penchant aux raffinements voluptueux, et qui sont le plus aveuglément dévoués à assouvir toutes leurs passions. Tel est l'inconcevable problème dont on trouvera la solution dans la Théorie des Sectes progressives ou Séries de groupes industriels.