‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 1 sur 98 · VJ PREFACE · texte numérisé non relu

VJ PREFACE

ble systématique. La publication de ces huit Mémoires ne pouvait être, et n'était effectivement, dans la pensée de l'Auteur, que le début et comme le premier acte d'une Exposition complète. C'est ce dont nous donnerons la preuve péremptoire en imprimant, dans un des volumes qui suivront celui-ci, le Tableau inédit de la disposition du Grand Ouvrage dont Fourier, plus tard, prépara les matériaux, et dont il sera éternellement regrettable qu'il n'ait pas, de son vivant, achevé la publication.

Or, le volume qui a paru, en \ 808, sous le titre de Théorie des Quatre Mouvements, et que nous rééditons aujourd'hui pour former le Tome I des Œuvres Complètes de Fourier, n'était encore que le premier de ces huit Mémoires, c'est-à-dire la moitié du Prologue qui devant précéder l'Exposition descriptive de la Théorie. C'était un ballon d'essai, une tentative pour éveiller l'attention et sonder les dispositions d'un Public auquel Fourier, maître du Monde que sa Pensée avait conquis, et embarrassé de l'immensité des richesses qu'il tenait en sa possession, ne savait encore comment communiquer tant de trésors.

Il faut donc se garder de chercher dans ce volume la Science de Fourier, la connaissance de sa Théorie, l'Exposé et la Démonstration des Théorèmes de sa Doctrine ; il faut se garder surtout de le considérer comme un ouvrage élémentaire. Loin de la, la Théorie des Quatre Mouvements, quoique la première des productions de Fourier dans l'ordre chronologique, est, dans l'ordre méthodique, la dernière a lire. Ce livre est une première explosion du Génie ; c'est une éclatante et merveilleuse éruption qui projette de tous côtés des flots de poésie, d'enthousiasme et de science, dont les clartés soudaines ouvrent a l'esprit des milliers d'horizons inconnus, immenses, mais pour les refermer aussitôt, et qui fait sur l'intelligeuce

DES ÉDITEURS. VÎj

l'effet d'une étourdissante féerie, d'une fantasmagorie gigantesque.

Les iutelligences fortes et vraiment philosophiques, avant d'avoir seulement achevé la lecture du Discours préliminaire, sauront bien reconnaître a quel homme elles ont affaire. A la fermeté et a l'élévation de la Pensée, à la vigueur, à la grandeur et au calme de l'Idée, à la trempe de la Logique, à la simplicité, a l'éclat ou a la majesté de la Parole, elles reconnaîtront qu'elles sont en présence d'un Génie de premier ordre, du Possesseur d'une Lumière Nouvelle, du Dieu d'un Monde inconnu. Mais bientôt, quelque fortes qu'elles soient, elles éprouveront des éblouissements. Le guide leur montrera trop rapidement trop de choses et de trop grandes choses ; elles se trouveront désorientées et invoqueront le secours d'une boussole, d'un fil conducteur qu'elles ne trouveront point, — et que l'Auteur n'avait pas voulu livrer encore dans ce premier écrit, puisque son objet était de faire demander par le lecteur ce fil et cette boussole.

De leur côté les esprits routiniers, ceux qui prennent l'horizon de leurs idées pour les bornes du monde, seront tentés de crier à l'extravagance, et ils auront besoin, pour retenir des jugements inconsidérés, de se rappeler qu'il existe aujourd'hui eu France et a l'Étranger une foule d'hommes ayant fait leurs preuves de bon sens, de science et d'intelligence, lesquels, après avoir profondément étudié tous les ouvrages de l'Auteur de la Théorie des Quatre Mouvements, le proclament a la face de la terre un Génie parmi les Génies, et professent qu'il a découvert la Loi de l'Harmonie Sociale et des Destinées Universelles.

Quoi qu'il en soit, ce que nous disons suffira, nous l'espérons, pour qu'aucun lecteur sensé ne tombe dans l'erreur commune, et ne croie, après avoir lu seulement ce volume,

Viij PRFFACE

connaître le Système de Fourier et être en état de porter sur ce Système un jugement quelconque.

La lecture de la Théorie des Quatre Mouvements a été tellement féconde en jugements erronés, que Fourier avait résolu de supprimer entièrement cet ouvrage. Il ne le rappelait jamais dans ses écrits postérieurs, même quand il en empruntait des passages. Il s'abstint longtemps d'en parler, et ce ne fut qu'en cédant a une sorte d'obsession dont il fut l'objet de notre part, qu'il nous apprit, en 1850, qu'une grande partie de l'édition devait rester encore dans les fonds de magasin du libraire Brunot-Labbe, où nous la trouvâmes effectivement. « La Théorie n'était pas complète, disait- il, quand «je publiai ce livre ; il contient bien des erreurs, et puis ce « n'est pas un livre fait, digéré, ce n'est pas le style de la «« science, c'est plein de Phœbus, etc., etc. » Et quand nous lui parlions d'une seconde Édition, il ne cessait de répéter qu'il faudrait refondre l'ouvrage presque en entier.

11 est donc bien entendu que ceux qui, sur la foi d'un titre et sans savoir que le volume qui a paru sous ce titre, n'était que le Prologue d'un Grand Ouvrage, pensent trouver la Théorie de Fourier dans ce demi- prospectus, ceux-là se trompent totalement. Il est entendu encore que ce livre ne peut point être considéré comme un livre élémentaire et de propagation courante, mais comme un livre de bibliothèque, faisant partie des OEuvres complètes de Fourier. et ne devant point être séparé des Publications ultérieures qui l'expliquent, le complètent et le rectifient. — Ce n'est pas un livre a mettre entre les mains de tout le monde.

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