DE L'ATTRACTION PASSIONNÉE ET DE SES RAPPORTS AVEC LES SCIENCES FIXES
Est-ce par dédain , par inadvertance ou par crainte d'insuccès, que les savants ont négligé de s'exercer sur le problème de l'Association? Il n'importe quel a été leur motif, mais ils l'ont négligé ; je suis le premier et le seul qui s'en soit occupé. De là résulte que, si la théorie de l'Association, inconnue jusqu'à ce jour, pouvait acheminer à d'autres découvertes, si elle est la clef de quelques nouvelles sciences , elles ont dû échoir à moi seul , puisque je suis le seul qui ait cherché et saisi cette théorie.
Quant aux nouvelles sciences dont elle ouvre l'accès, je me bornerai à en indiquer deux principales, et comme ce détail n'intéresse pas le grand nombre des lecteurs, je serai bref autant que possible.
La première science que je découvris fut la théorie de l'Attraction passionnée.
Lorsque j'eus reconnu que les Séries progressives assurent un plein développement aux passions des deux sexes, des divers âges et des diverses classes; que dans ce nouvel ordre on acquerra d'autant plus de vigueur et de fortune qu'on aura plus de passions, je conjecturai de là que, si Dieu avait donné tant d'influence à l'Attraction passionnée et si peu à la raison, son ennemie, c'était pour nous conduire à cet Ordre des Séries progressives qui satisfait en tout sens l'Attraction. Je pensai dès-lors que l'Attraction tant décriée par les philosophes était interprète des vues de Dieu sur l'ordre social, et j'en vins au calcul analytique et synthéti- QUEdes attractions et répulsions passionnées; elles conduisent en tout sens à l'Association agricole. On aurait donc découvert les lois de l'Association sans les chercher, si l'on se fût avisé de faire l'analyse et la synthèse de l'Attraction. C'est à quoi personne n'a songé, pas même dans ce dix-huitième siècle, qui, voulant fourrer
partout les méthodes analytiques, n'a pas essayé de les appliquer l'Attraction.
La théorie des attractions et répulsions passionnées est fixe et applicable en entier aux théorèmes de géométrie; elle sera susceptible de grands développements, et pourra devenir l'aliment des penseurs, qui, je crois, sont fort en peine d'exercer leur métaphysique sur quelque sujet lumineux et utile.
Je continue sur la filiation des nouvelles sciences. Je reconnus bientôt que les lois de l'Attraction passionnée étaient en tout point conformes à celles de l'Attraction matérielle , expliquées par Newton et Leibnitz, et qu'il y avait unité du système de mouvement POUR LE MONDE MATERIEL ET POUR LE MONDE SPIRITUEL.
Je soupçonnai que cette analogie pouvait s'étendre des lois générales aux lois particulières; que les attractions et propriétés des animaux, végétaux et minéraux étaient peut-être coordonnées au même plan que celles de l'homme et des astres ; c'est de quoi je fus convaincu après les recherches nécessaires. Ainsi fut découverte une nouvelle science fixe : V Analogie des quatre mouvements matériel, organique, animal et social, ou Analogie des modifications de la matière avec la théorie mathématique des passions de l'homme et des animaux.
La découverte de ces deux sciences fixes m'en dévoila d'autres dont il serait inutile de donner ici la nomenclature; elles s'étendent jusqu'à la littérature et aux arts, et établiront des méthodes fixes dans toutes les branches des connaissances humaines.
Du moment où je possédai les deux théories de l'Attraction et de l'Unité des quatre mouvements, je commençai à lire dans le grimoire de la nature; ses mystères s'expliquaient successivement, et j'avais enlevé le voile répété impénétrable. J'avançais dans un nouveau monde scientifique; ce fut ainsi que je parvins gradativement jusqu'au calcul des Destinées universelles, ou détermination du système fondamental sur lequel furent réglées les lois de tous les mouvements présents, passés et à venir.
Dans un tel succès, de quoi faut-il le plus s'étonner : ou du coup de fortune qui m'a dévoilé tant de nouvelles sciences par le secours d'un petit calcul sur l'Association qui en était la clef, ou de l'étourderie de vingt-cinq siècles savants qui n'ont pas songé à s'occuper de ce calcul, quoiqu'ils eussent épuisé tant d'autres branches d'études? Je crois que l'on décidera l'alternative en ma faveur, et
que l'étendue de mes découvertes semblera moins étonnante que Pétourderie des siècles qui les ont manquées.
Déjà j'ai consolé les savants d'une telle disgrâce en leur apprenant qu'une moisson de gloire et de richesses leur est préparée à tous; j'apporte plus de sciences nouvelles qu'on ne trouva de mines d'or en découvrant l'Amérique. Mais n'ayant pas les lumières nécessaires pour développer ces sciences, je n'en prendrai pour moi qu'une seule, celle du mouuement social; j'abandonne toutes les autres aux érudits des diverses classes, qui s'en composeront un magnifique domaine.
Combien ils avaient besoin de ce ravitaillement! Toutes les classes de savants étaient aux abois, et réduites à glaner misérablement. On avait ressassé et pressuré jusqu'au dernier grain des sciences connues ; il ne restait d'autres ressources que de créer des sophismes pour les combattre, et remplir double quantité de volumes en élevant et réfutant chaque erreur.
Dès à présent la scène change; les savants vont passer de l'absolu dénuement à l'excessive opulence ; la moisson sera si copieuse qu'ils peuvent se flatter tous d'y prendre part et de s'établir des renommées colossales, car ils auront la première exploitation de cette mine scientifique dont ils saisiront les plus riches filons. Chacun d'entre eux pourra dès le deuxième Mémoire, où je traiterai des mouvements animal et organique, entrevoir les objets fie sa compétence, sur lesquels il aura à composer des traités de science certaine. Et j'insiste sur ce nom de science certaine, car on le prodigue bien mal à propos à des sciences vagues et capricieuses, comme la botanique dont les divers systèmes ne sont que des tableaux arbitrairement classés; ils n'ont aucun rapport avec la méthode de la nature qui est de coordonner toutes les formes et propriétés des choses créées à un type commun, au système mathématique des passions humaines.
J'ai fait entrevoir que les sciences vont enfin prendre une marche fixe, et se rattacher toutes à une méthode invariable. Je donnerai dès le second Mémoire quelques notions de cette méthode qui rapporte tout à nos passions. Elle montre dans tout ce qui existe les tableaux du jeu des passions, et cette analogie donnera aux études les plus rebutantes , telles que l'anatomie, plus de charme que n'en offre aujourd'hui l'étude des fleurs.
Parmi les heureux résultats que donnera cette méthode, il faut placer avant tout la découverte de remèdes spéciaux à toutes les
maladies. Il n'est aucun mal qui n'ait un ou plusieurs antidotes tirés des trois règnes; mais la médecine n'ayant pas de théorie régulière pour procéder à la recherche des remèdes inconnus, elle est obligée de tâtonner pendant des siècles et même des milliers d'années, jusqu'à ce que le hasard lui livre un remède ; aussi n'at-elle pas encore trouvé les absorbants naturels de la peste, la rage et la goutte ; on les découvrira par la théorie des quatre mouvements. La médecine ainsi que toutes les autres sciences va sortir de sa longue enfance, et s'élever par le calcul des contremouvements à toutes les connaissances qui lui furent si longtemps refusées.