‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 163 sur 298 · C1S-LÉG0MÈ^ES · texte numérisé non relu

C1S-LÉG0MÈ^ES

(jue la classe des gens mariés est ( sauf exception) la plus astucieuse, la plus indifférente pour les malheurs dont elle n'est pas atteinte, la plus disposée à la vénalité. Son esprit cauteleux est si bien reconnu, qu'on croit faire un grand éloge d'un homme, en disant de lui : « Le mariage » ne l'a point changé ; il a conservé le caractère aimable » d'un garçon. »

Représaille amoureuse. 11 est surprenant que les civilisés, qui se vantent de surpasser les femmes en raison, exigent d'elles, à 16 ans, cette raison qu'ils n'acquièrent qu'à 30 et 40, après s'être vautrés dans la débauche pendant leur belle jeunesse. S'ils ne sont arrivés à la raison que par le sentier des plaisirs, doivent-ils s'étonner qu'une femme prenne la même voie pour y arriver? Pourquoi, en se retirant du monde, les hommes ne prennent-ils pas une épouse mûrie comme eux par l'expérience? Pourquoi veulent-ils trouver dans une jouvencelle des vertus plus précoces que les leurs qui ont été si tardives? Ces détails seront connus de la jeune femme; un amant l'en instruira, et, selon la loi du Talion, elle opinera à imiter dans sa jeunesse la conduite que le vertueux époux a tenue à pareil âge. C'est dépravation de contre-coup, de représaille, comme la précédente où les époux une fois pris au piège s'ingénient à user de représailles et tromper le corps social qui les a dupés.

On n'a jamais procédé à cette dissection du mécanisme du mariage, et je n'en donne ici qu'une ébauche très-incomplète, qui pourtant doit suffire à exciter d'étranges réflexions chez les partisans de l'unité d'action. Pourraient-ils imaginer un ressort plus méthodiquement contraire à toute unité d'action? Or, comment expliquer l'adhésion de Dieu à l'emploi de ce vicieux procédé, sinon

SECO^D^: pautiï:. inter-liminairks. I 1 1

parla propriété qu'il a de conduire subilement au calcul des garanties mineures, et îi l'engrenage en 6^. période, pour peu qu'il se trouve quelque homme juste parmi les politiques sociaux. 3Ialheureusement il ne s'en est pas rencontré sur notre globe.

Y DÉRAISON SPÉCULATIVE, duplicité d'action. Observons-la dans les prétentions de nos politiques sociaux, qui ne rêvent que balance, contre-poids , garantie , X ÉQUILIBRE. Voyons comment l'institution du mariage se concilie avec ces verbiages, vraiment vides de sens en civilisation.

1. Balance subversive. Il ne peut exister de balance que dans des institutions consenties par les deux sexes. Il y a oppression si l'un des deux, et encore plus si tous deux résistent : or, quelle est l'opinion de tous deux sur ce contrat et ses conditions? L'on va en juger.

Supposons qu'on pût inventer un moyen de réduire toutes les femmes, sans exception, à cette chasteté qu'on exige d'elles, de manière que nulle femme ne pût se livrer à l'amour avant le mariage, ni posséder après le mariage d'autre homme que son mari. Cette disposition envelopperait les deux sexes dans la même servitude, et chaque homme ne pourrait avoir, dans le cours de sa vie, que la ménagère qu'il aurait épousée. Or, quelle serait l'opinion des hommes sur celte perspective d'être, toute leur vie , réduits à ne jouir que d'une épouse qui pourra leur devenir insipide le second mois du mariage? Certes, chaque homme opinerait à étouffer l'auteur d'une pareille invention qui menacerait d'anéantir la galanterie. D'où l'on voit que tous les hommes sont personnellement ennemis de leurs préceptes de chasteté antérieure et fidélité postérieure au mariage : les femmes n'y adhérent

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pas davantage; et en définitive, le bonheur de lun et l'autre sexe ne se fonde que sur la résistance balancée et réciproque de tous deux, aux préceptes de l'institution conjugale. C'est balance en mode subversif, double violation, tacitement consentie par les hommes et les femmes. Or, une coutume qui exige ce que les deux sexes collectivement et individuellement s'accordent à refuser et éluder, n'est-elle pas déraison spéculative?

2. Garantie subversive. Toute garantie suppose progression, classement de degrés en vices et vertus, en protection et punition. Les lois civilisées ont adopté la méthode contraire en amour où règne une confusion absolue. Par exemple, s'agit-il d'adultéré, toute infidélité conjugale est également coupable aux yeux de la loi : elle appelle sur une femme les foudres du ciel et de la terre pour une faute grave ou légère indifféremment.

Cependant il est une gradation de délits dans l'adultère, comme en tout vice. La copulation avec une femme stérile ou avec une femme déjà enceinte, enfin toute copulation dont il ne résulte pas grossesse , est un délit bien moindre que celui qui introduit dans les ménages des rejetons hétérogènes.

En refusant d'admettre ces nombreuses distinctions, en voulant confondre et condamner en masse tous les genres d'adultère , on a amené l'opinion à les tous excuser, et à railler les plaignants les mieux fondés : on a fait porter sur tous l'indulgence due à quelques-uns. L'opinion révoltée a confondu les persécuteurs par le ridicule; et sous le nom de cocuage on est parvenu à excuser et favoriser des perfidies odieuses que la loi confond avec des délits très-minimes.

Si toute copulation, hors du mariage, est crime selon

les philosophes, il devient nécessaire de tout nier et de tromper sans cesse. De là vient que femmes et filles se donnent pour modèles de fidélité ou de continence ; déguisement qui n'aurait pas lieu, si l'on admettait les gradations de vertu et de vice en affaires d'amour; des échelles de titres et devoirs conjugaux on non conjugaux, comme seraient les distinctions graduées de possesseur passager, possesseur fixe, géniteur, époux (à un enfant), hinépoux (à deux enfants), etc.

Négligeons ces détails qui tiennent à un code des garanties amoureuses : je n'en fais mention que pour dénoter l'absence totale de garanties sur cette passion comme sur toutes les autres.

Aussi n'y voit-on régner que la confusion, notamment dans les renommées. Nos coutumes obligeant toute femme ou fille à jouer la pratique absolue de la vertu, ce travestissement est tout à l'avantage des plus licencieuses; elles peuvent nier leurs amours ou du moins rabattre sur le nombre des amants qu'elles ont possédés. Combien voit-on d'honnêtes femmes qui, dans leurs adroites confidences, prétendent n'en avoir eu qu'une demi-douzaine, et en dissimulent une vingtaine; tandis qu'une malheureuse qui n'en aura eu que deux est diffamée plus que celles qui se sont fait des partisans par de nombreuses complaisances. La garantie devient subversive, car elle est tout entière pour celles qui ont le plus commis d'infractions aux lois. Elles ont en outre, dans la duperie de quelques hommes et dans l'esprit d'intrigue dont elles sont pourvues, des garanties de mariage que n'a pas une fille sage et sans fortune. Celle-ci est délaissée, tandis que la galante ensorcelle un épouseur.

De tels désordres n'ont rien de surprenant dans un

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siècle où la politique ignore que la confusion et l'égalité sont l'antipode des garanties; que la prétention d'établir (les garanties sans échelle graduée n'est autre chose qu'une déraison spéculative.

3. Contre-poids subversifs. C'est un sujet effleuré , liv. 11^., notice 4^., au traité des premiers amours d'Harfiioni('. On y < voit » double contre-poids : l'un en matériel, l'autre en spirituel.

En matériel : cet ordre garantit aux individus (jue presse le tempérament une voie de libre essor concordant avec les lois. Si une moitié de la jeunesse préfère les jouissances précoces, il est juste que par contre-poids elle abandonne à la classe vestalique diverses prérogatives.

En spirituel : la corporation du vestalat éprouvant une privation réelle par délai d'exercice amoureux, il faut, pour la compensation, que les honneurs et les voies de fortune soient de son côté. Ce conlre-poids est d'autant plus juste que le corps du damoisellat a eu l'option , et a de son plein gré renoncé aux avantages du vestalat.

Voilà un contre-poids composé, appliqué aux deux classes ; à celle où domine le principe matériel , et à celle où domine le principe spirituel. 11 est composé, en ce qu'il favorise proporlionnément les deux parties, assurant les indemnités d'ambition à celle qui souscrit des privations en amour , et les indemnités d'amour à celle qui abandonne les chances d'ambition.

L'ordre civilisé présente-t-il aucune de ces dispositions équitables et compensatives? L'on n'y voit, au contraire, qu'un conlre-poids composé subversif, ou double partialité d'une part et double lésion de l'autre. En effet :

il y a double avantage pour celui qui contrevient aux

SECONDE PARTIE. INTER-LIMIIN AIRES. llo

lois de continence; il a pour lui l'opinion et le plaisir. (Voyez l'article Alcibiade, Richelieu, 106. )

11 y a double duperie pour celui qui observe les lois de continence; il essuie privation de plaisir et raillerie générale.

Voilà évidemment des contre-poids subversifs ; double bénéfice pour l'infractcur aux lois, double écueil pour l'observateur des lois.

Qu'on nous explique maintenant ce que la politique civilisée entend par contre-poids, et où elle en veut venir avec ses verbiages de balanee, contre-poids, garantie, aussi illusoires en régime d'amour qu'en affaires politiques, où ils n'aboutissent qu'à organiser la contrainte, comme ils organisent la fausseté en amour. Contrainte et fausseté, égoïsme et duplicité d'action, voilà en quatre mots toute la politique civilisée.

X ÉQUILIBRE SUBVERSIF. L'équilibre est le but du mécanisme social. On ne s'occupe de balance, contrepoids et garantie, que pour arriver à l'équilibre. Signalons donc l'absence d'équilibre en relations mineures d'amour et famillisme. Observons cette lacune en sens collectif et individuel.

En sens collectif. Il faut recourir ici [au flambeau des méthodes analytiques,] aux preuves arithmétiques. Nos coutumes entraînent l'homme à se marier à 30 ans avec femme de 18. C'est le moyen terme des mariages en pays policés. La peur de la conscription pousse quelques hommes à abréger le délai; mais c'est un effet accessoire. 11 règne entre les conjoints une différence moyenne de douze années en excédant chez le sexe masculin; compte applicable à toute Civilisation où le mariage n'est point violenté par voie coërcitive comme la conscription.

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Pendant les 12 ans de célibat, l'homme a formé en moyen terme 12 liaisons d'amour illicite, à peu près 6 en commerce de fornication, et 6 en commerce d'adultère. Ce n'est pas caver trop haut que d'estimer ces liaisons à UNE PAR AN , quand on entend des jeunes gens, âgés de 20 ans, et n'ayant que cinq ans d'exercice, dire : J'en suis à ma vingt-cinquième honnête femme, sans compter le fretin. Abonnons donc pour 12 liaisons pendant les 12 années de célibat : il en résulte.

Que le sexe féminin collectivement envisagé contracte , Avant le mariage six liaisons en fornication ; Après le mariage six liaisons en adultère ; Proportion inévitable d'après l'énorme différence qui règne entre l'âge de mariage pour les deux sexes.

J'estime ici en compte général qui admet des exceptions. Chacun se flatte d'en avoir le bénéfice : qu'en résulte-l-il?

Tel prétend avoir pris une femme vierge; il en a eu, dit-il, de bonnes preuves. Cela se peut, s'il l'a épousée jeune ; mais si elle n'a pas, avant la noce, fourni le contingent d'équilibre en amours illicites, elle devra donc, après la noce, compenser par douze liaisons en commerce adultère.

iVon, dit le mari; elle sera chaste, et j'y veillerai. En ce cas , il faudra donc que la voisine compense par vingtquatre infractions, savoir : douze liens en fornication et douze en adultère , puisque l'équilibre général nécessite autant de fois douze liaisons illicites qu'il existe d'hommes.

Tel serait le résultat d'une prétention d'équilibre en amours civilisés, et c'est vraiment de cette manière qu'il s'établit.

Tel a pris une femme qui est fidèle par raison et matu-

rilé; elle avait donc formé avant le mariage douze liens de fornication.

Tel en a pris une mixte , entre la jeunesse et la raison, entre 18 et 30 ans ; elle a donc eu six commerces de fornication avant la noce et en aura six d'adultère après la noce.

Conséquence inévitable selon les hommes mariés, puisque leurs aveux, s'ils sont exacts , donneront en moyen terme douze liaisons illicites avant le mariage, môme à n'y pas comprendre les menues passades, comme soubrettes et accessoires. Aussi fais-je usage du terme de LIAISONS, à la moyenne durée d'une année dans l'âge de 18 à 50 ans.

Pour donner le change sur ces fâcheuses vérités, la nature a doué les maris de la faculté de s'étourdir sur cet horoscope estimatif. Chacun d'eux se flatte de faire partie du 16^. d'exception (1/8 en femmes, 1/8 en hommes ) : je les en félicite , et me garderai de les désabuser. 3Iais puisque le siècle exige qu'on porte dans les calculs d'équilibre le flambeau des méthodes analytiques, j'ai dû suivre à la lettre son sage précepte, et lui donner sur le mariage des notions exactes, qui deviennent consolantes pour tous, puisqu'il est hors de doute qu'on lient le fil du labyrinthe, le moyen d'en sortir à volonté. Achevons sur l'équilibre subversif qu'engendre le mariage.

En sens individuel, politique et matériel.

Sens politique : on trouve ce faux équilibre dans les railleries dont homme et femme sont payés pour prix d'une jeunesse perdue en continence virginale. Ainsi la <;ivilisation se lave d'une injure par une autre ; elle pratique toujours (92) l'injustice en mode composé, et jamais en simple.

Sens matériel. 1! exigerait un accord de la législation

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avec la nature; mais nos coutumes, loin d'y entendre, oppriment la nature jusqu'à l'assassinat. L'on voit de jeunes filles languir, tomber malades et mourir, faute d'une union que la nature commande impérieusement, et que la loi leur interdit sous peine de flétrissure. Ces événements, quoique rares, sont encore assez fréquents pour attester le mépris des volontés de la nature, et l'absence d'équilibre matériel en législation d'amour.

Par contre, si une femme est puissante et protégée, on tolère en elle non pas le nécessaire, mais le superflu, l'affluence d'amants, le libertinage effréné ; elle devient à ce titre femme comme il faut ou courtisane de bon genre, jouissant de la protection des grands et des autorités. Laïs et Pbryné en courtisanes, Catherine et Elisabeth en souveraines, ont prouvé que cet équilibre subversif se concilie à merveille avec les lois civilisées , et que l'ordre social se soutient également par leur violation ou par leur observance. L'Angleterre et la Piussie n'ont jamais èlé plus grandes que sous les souveraines qui ont donné l'exemple de cette violation éclatante des lois coërcitives de l'amour. Est-ce assez prouver la déraison spéculative en législation conjugale?

\ Provocation a l'Égoïsmi: en relations affectives.

En amitié. Quelle direction prend-elle chez les gens mariés ? Si un homme de 50 ans épouse une jeune et jolie femme, la noce est un brevet de congé pour les amis ; ils deviendraient suspects dans le ménage : dès lors un homme n'a plus, en liens d'amitié, d'autre boussole que l'ambition. Brillant ressort en mécanique sociale! un lien qui excite un homme à se défier de tous ses amis et les fuir, hormis ceux que le grand âge met à l'abri du soupçon.

Le côté plaisant est que ceux qui en agissent ainsi sont

encore les plus sages aux yeux de l'opinion ; car il n'est pas d'homme plus raillé ni qui le mérite mieux que celui qui, après le mariage avec une jeune femme, introduit chez lui une douzaine de ses amis de 25 à oO ans. C'est bien pis s'il y introduit ceux de sa femme. Pourr;iit-on imaginer un lien plus apte à transformer l'amitié en égoïsme !

Eîi amour. De l'avou de tous les gens mariés, l'état conjugal donne à l'amour une direction insidieuse, égoïste, qu'on ne connaissait pas avec les maîtresses. Un mari veut mettre son jeune tendron sur un bon pied; il mène l'amour en spéculateur moral. Aussi, quand la dame vient à lui adjoindre un amant, Irouve-t-elle une prodigieuse différence quant à la gentillesse et l'illusion : elle devient à son tour amante spéculative avec le mari, affectant la modération dans le plaisir, et prenant le masque de celte moralité qu'il a voulu lui inculquer. Tous deux se leurrent par celte fraude. L'époux s'applaudit d'avoir su former une Lucrèce, et l'épouse jouit d'avoir su jouer et dominer son rusé Mentor. L'un a commencé en amour conjugal par l'égoïsme; l'autre ne tarde guère à prendre le même rôle. C'est vraiment de l'équilibre, mais du subversif, jeu de faussetés contre-balancées.

En amhilun. Il serait inutile d'énumérer les spéculations cupides qui président au mariage. C'est là que l'égoïsme brille de tout son éclat, et que l'homme se joue des belles promesses faites aux maîtresses. Est-il d'affaire où le poids de l'or et l'égoïsme l'emportent mieux qu'en négociation de mariage? On est amoureux, dit-on; mais un chiffre de plus ou de moins dans les débats fait d'un instant à l'autre évaporer l'amour.

Ajoutons que les mariages d'amour sont réputés les

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plus mauvais; et tel est l'avis des gens rassis, gens de bon conseil; ils opinent tous pour les mariages de spéculation, et augurent mal de ceux d'inclination; tant il est vrai que l'égoïsme est l'essence du lien conjugal , même dans les préparatifs !

De même qu'en grammaire deux négations valant une affirmation, l'on peut dire qu'en négoce conjugal deux prostitutions valent une vertu.

En effet, la prostitution n'est que simple chez les courtisanes, qu'on traite de vénales en amour, et qui le sont vraiment, puisqu'elles se vendent à beaux deniers : mais en mariage, la prostitution est composée; le mari et la femme se vendent vertueusement l'un à l'autre, et le matronage y est composé externe, car on y entremet des courtiers et des pères, tandis qu'il n'y a que matronage simple chez les courtisanes. Il est composé interne chez les mariés cités (68) : la belle chose que les institutions civilisées, lorsque, selon le vœu de la philosophie, on les soumet au creuset de l'analyse !

En famillisme. Il suffit d'un mariage pour transformer en égoïste le meilleur des parents. Un homme n'a plus de parents dès qu'il a un enfant légitime. Quelqu'énorme que soit sa fortune, les parents et enfants naturels seront exclus d'y participer. Belle propriété dans ce lien conjugal , que de rompre tous les liens antérieurs , pour y substituer, quoi? l'égoïsme.

Ce serait exposer le lecteur à une indigestion de vérités, que de prolonger celte analyse des caractères vicieux du mariage. Plus ils sont innombrables, et plus on conçoit que la politique se soit accordée à les dissimuler. Elle a cru faire un acte de sagesse , et a fait tout le contraire, puisque sa retenue à cet égard n'a servi qu'à

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sanctionner les influences du vice, et détourner de la recherche des correctifs qui auraient conduit rapidement le genre humain en 6^. et 7*'. périodes.

TRANS. — Théorème de la nécessité d'attaquer les vices par la vérité méthodique et intégrale.

Après le tableau de tant de vices rassemblés dans une seule branche du mécanisme civilisé, quel homme hésiterait à se ranger à l'avis de Montesquieu, reconnaître avec lui que le monde social est atteint d'une maladie de langueur, d'un vice intérieur, d'un venin secret et caché ! celte maladie n'est autre que la civilisation même : il fallait le démontrer par l'analyse de quelqu'une de ses coutumes et institutions titrées de sagesse politique.

Lorsqu'on veut ramener dans le bon chemin un voyageur égaré, il faut d'abord le convaincre qu'il s'est fourvoyé, que ses guides l'ont induit en erreur. Tant qu'il ignorera cette duperie, il persistera dans la fausse roule. Si les modernes ont persisté si longtemps à admirer la civilisation, c'est parce que personne n'a procédé, selon le conseil de Bacon , à l'analyse critique des vices de chaque profession et institution. Cette négligence a donné pleine latitude aux sophistes pour encenser les abus, montrer la perfection sociale dans les fourberies du commerce, dans les vices mécaniques du mariage.

Leur but étant de familiariser le monde social à ces vices, et d'esquiver la sommation d'en chercher le remède, ils en ont fait deux sujets de facétie, fardant la banqueroute du nom bénin de faillite , excusant l'adultère par le nom plaisant de cocuage.

A l'appui de ces deux mots, faillite et cocuage, les III. 6

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plus grandesinfaniies sociales, BANQUEROUTE et adultère, se trouvent au niveau des vertus, puisqu'elles jouissent de protection composée; savoir :

Tutelle tacite et négative de la loi; Tutelle expresse et positive de l'opinion. J.a vertu, au lieu de défenseurs en positif et en négatif, éprouve le sort contraire, la persécution composée.

Si l'on veut remonter à la cause de ce désordre , on l.i trouvera dans un vice commun à nos sciences politiques et morales; c'est le tort de n'opposer au mal que des demi-mesures, une demi-résistance.

Il est connu, et surtout des philosophes, que les demimesures sont pires que le mal: elles ne servent qu'à l'envenimer. Pourquoi donc ont-ils transigé avec les vices de toute espèce, au point de ne pas oser en faire l'analyse, n'en donner que des tableaux abrévialifs , insignifiants , et, par le fait, apologétiques. Ils ne savent que farder et dissimuler le vice en feignant de l'attaquer; ils n'en montrent que le côté excusable , n'en donnent que des tableaux propres à calmer l'indignalion plutôt qu'à l'exciter.

Ce tort n'est pas astuce chez les philosophes ; mais seulement couardise, escobarderie. Pour les convaincre de la justesse du reproche, donnons ici une ébauche d'analyses conformes au vœu de Bacon , qui aurait voulu d(; la franchise et des détails méthodiques dans les tableaux du mal.

Je choisis deux exemples en majeur et mineur. Maj. La banqueroute, 31^ caractère du commerce,

distinguée en 36 espèces.

Min. L'adultère, l'un des caractères du mariage, distingués en 72 espèces.

On va se convaincre par ces tableaux que , dans les

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criliqucs publiées jusqu'à présent sur chaque vice , le sophisme n'a dénoncé que les faibles délits servant à excuser le mal. C'est un effet inévitable de toute analyse qui n'est pas intégrale, graduée en classes, ordres, genres, espèces, et au besoin en variétés, ténuités et >*^ infinités. ( Voyez le Tableau , à la page suivante.)

Ne sont pas classées dans ce tableau les banqueroutes nationales, soit en direct, comme le système de Law ; soit en indirect, comme le tiers consolidé. Elles formeront une catégorie particulière dans un tableau complet ; celui-ci est une ébauche où lesdites banqueroutes figurent en haut pivot Y.

La définition de ces 36 espèces étant renvoyée au traité des crimes du commerce , nous devons nous borner ici à rol)jet de la thèse; elle tend à démontrer t que, dans la » critique des crimes sociaux, le sophisme ne s'attache ') qu'aux détails qui peuvent excuser le mal et familiariser » l'opinion avec l'aspect du désordre. »

Etablissons l'accusation sur des faits notoires. Quelle est, sur les 36 espèces de banqueroute, celle qu'on persillé au théâtre? C'est, avant tout, la 36^., la banqueroute pour rire. On met en scène le savetier qui , ayant reçu deux bottes pour les raccommoder, n'en rend qu'une : c'est faillite de 50 p. <* o-

Si on n'expose que cette sorte de banqueroute à la critique , c'est familiariser les spectateurs avec le vice ; transformer en sujet de facétie ce qui devrait être un sujet de profondes méditations et de recherches sur l'antidote à appliquer au vice.

On le découvrirait, même en n'observant que le côté plaisant, si on voulait, selon l'avis des philosophes, s'é^ layer de méthodes analytiques par classes, ordres, genres

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et espèces. Le classement s'appliquera fort bien aux banqueroutes pour rire : on en trouvera au moins 21 sur les oG exposées au tableau; et pour preuve , je vais sans choix, décrire la première, F enfantine, qui de droit prend place à la tête de la confrérie , car elle est le coup d'essai d'un débutant.

1 0. Banqueroute enfantine. C'est le fait d'une jouvenceau qui entre dans la carrière et fait étourdiment celte équipée, sans tactique préparatoire. Le notaire a beau jeu d'accommoder l'affaire : il la présente comme folie de jeune homme, et dit en circulaire : Sa Jeunesse réclame voire indulgence. L'esclandre devient une amusette publique ; ces banqueroutes de jouvenceaux étant toujours entremêlées d'incidents plaisants, usuriers dupés, Harpagons mystifiés, etc.

Le failli de cette espèce peut hasarder force gueuseries; enlèvements de marchandises, emprunts scandaleux, vol de parents, amis et voisins; tout est lavé par cet argument d'un compère qui dit aux créanciers courroucés : « Que voulez-vous ? c'est un enfant qui n'entend pas les » affaires : il faut passer quelque chose aux jeunes gens; » il se formera avec le temps. »

Ces banqueroutiers enfantins ont pour eux un grand appui , qui est la raillerie. On est très-railleur dans le commerce , on y est plus enclin à turlupiner les dupes, qu'à critiquer les fripons; et quand un failli peut mettre les rieurs de son côté, il est assuré de faire capituler la majorité des créanciers et obtenir son traité d'emblée.

Si je transcrivais la définition des 33 autres banqueroutes, on en trouverait au moins les 2/3 de risibles et très-risibles ; cela n'empêcherait pas que leur analyse bien régulièrement classée ne portât coup au vice , et

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ne commençât à désabuser les esprits sur le mérite de ces marchands si sottement révérés de notre siècle.

Supposons qu'à cette analyse de la banqueroute on ajoute celle de l'agiotage, distribuée de môme en ordres, genres, espèces, yariétés, etc. ; puis celle d'autres caractères, comme l'accaparement, l'usure, les fourberies théoriques et pratiques du gros et du détail ; puis successivement les autres crimes du tableau (II, 180) : l'opinion à la fin serait tout à fait insurgée contre le commerce; elle en viendrait à l'accuser en masse, et reconnaître que la société doit se précautionner contre lui , l'astreindre à une garantie solidaire , le contraindre à devenir assureur de lui-même. Celle réforme une fois introduite , le monde social échapperait par le fait à la civilisation et marcherait à grands pas au Garantisme.

Ces voies de progrès social sont manquées , si on attaque le vice mollement, confusément q{ partiellement , & la manière des philosophes. Il faut dans l'attaque les trois conditions de vigueur , méthode, intégralité.

Loin de là; sur tant d'espèces de banqueroutes dont W sera facile de quadrupler le tableau , ia littérature en dénonce à peine deux ou trois, sans méthode , sans classement. Cependant , si l'on manque à désigner les ordres, Fes genres, les espèces, on ne peut donner aucune saillie aux tableaux du vice, et les faibles criliqaes ne servent qu'à fam.iliariser l'opinion avec le règne du désordre : effet ordinaire des demi-mesures; elles aggravent le mal! Nous allons mieux juger de leur insuffisance parles fautes que la morale a commises au sujet de l'adultère, dont je mets ici le tableau en parallèle.

Dans l'analyse de l'adultère comme dans celle de fa banqueroute , les écrivains ont à peine eflleuré le sujet el

SECONDE PAUTIE. INTER-LIMINAIRES. I i^T

nen ont présenté que les côlés plaisants. Molière, auteur qui on a traité divers genres, semble n'avoir écrit qu'en faveur des coupables. Telle est la dépravation de la littérature, qu'elle fait de tous les vices un objet do spéculalion mercantile, et leur donne dos forces en feignant de les corriger par une critique illusoire.

Son premier tort est de manquer de vigueur : elle en a mis si peu dans l'attaque de l'adultère , qu'aujourd'hui l'opinion l'a innocenté au point qu'il n'est pas même permis d'en prononcer le nom. Les mots ù'adultère et cocuage sont réprouvés par la scène et la bonne compagnie : (juel nom faut-il donc employer? Un nouveau mot, une néologie, comme les noms de coijj'uage et coiffu , puisque celui de cocu semble trivial, et que celui d'adultère semble pédantesque.

Mais à quoi bon cette indulgence et ces capitulations avec le vice? la disgrâce où est tombé le mot cocuage ne sert qu'à constater le progrès de la chose, et la niollesse des écrivains qui s'agenouillent devant le vice , au lieu de lui présenter courageusement un ample miroir , un tableau méthodique et intégral des ordres, genres, espèces et variétés de l'adultère.

L'un des journaux de Paris (Gazette de France), voulant un jour en donner une analyse méthodique , borna sa division à trois espèces, et sans oser les désigner par un nom spécial. Il rappelait à peu prés les personnages de Molière : le George Dandin, l'Arnolphe et l'Imaginaire. Est-ce définir un vice dont les variétés sont innombrables, que d'en présenter seulement trois? Il faut un tableau intégral, une grande série qui embrasse et distingue amplement les ramifications et degrés.

Je pourrais donner celte hiérarchie du cocuage on

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parallèle avec celle de la banqueroute. J'ai un tableau de 72 modèles bien distincts , en ordres , genres et espèces , par série mixte dont suit la distribution. Cis. Aile ascend^. Centre. Aile descende. Trans.

i . 2.-5. 4. 5.6.-7.8. 8. 7.-6. 5. 4. 5.-2. 1 .—72. Le Ps'o. 1 doit être donné au cocu en herbe ou dupé antérieurement à la noce. Je le désigne par le nom admis sur la scène française ,

Et ne l'être qu'en herbe, est pour lui peu de chose.

Molière.

l^ar opposition, le K^. 72, qui termine la série, doit être le cocu posthumisé.

Deux ans encor après j'accouchai d'un posthunae.

REGPtAnD.

On admet en France des enfants posthumes d'un an. Je pourrais citer le tribunal qui a rendu l'arrêt.

Remarquons, à la honte du siècle et pour la confusion de ses sciences politiques et morales, que l'opinion condamnerait cette analyse de l'adultère comme trop juste, trop exacte et trop complète; chacun se reconnaîtrait dans l'une des 144 espèces de cocuage (72 en hommes et 72 en femmes, dont le cocuage est de titres différents de ceux des hommes).

Rien ne constate mieux la dépravation et la charlalanerie morales que ce refus d'entendre les tableaux d'un vice, de ses degrés et ramifications. Je n'ose pas même les donner nominalement, comme celui de la banqueroute, qui est admissible parce qu'il ne déplaît qu'à une portion du corps social , qu'à une moitié de classe; tandis que sur le tableau du cocuage on pourrait trop aisément discerner le rang occupé par chaque citoyen ou citoyenne , les

femmes n'étant pas moins cocues que les hommes. Le théâtre n'a glosé jusqu'ici que sur les hommes : j'estime que l'analyse des cocuages féminins serait aussi digne d'attention que celle des masculins ; le sujet serait des plus neufs ; il est tout à fait oublié.

J'avais promis (54) que les roses pourraient succéder aux épines, et qu'il serait aisé de semer le chemin de fleurs : ce n'est pas moi qui m'y refuse ; je supprime à regret les deux analyses dont je viens de parler : elles auraient fourni deux articles amusants , plus longs que le Citer et l'Ulter, et réunissant l'utile à l'agréable; car ils auraient démontré la justesse des deux théorèmes (Cis r>4 et Trans i21) sur lesquels je vais conclure.

POST. — Ralliement des 2 théories Cis et Trans.

C'est ici le décompte des verbiages sur l'auguste vérité. J'ai examiné, dans ces Liminaires , en quel sens elle peut être utile aux nations policées, notamment en amour, Vrje.

Jusqu'à présent la vérité, en affaires sociales, n'a que trois emplois connus : !<>. ridiculiser un homme, 2". le ruiner, o^. le faire pendre. Je parle ici des relations majeures, celles d'ambition et d'amitié collective.

On a vu que la pauvre vérité n'est pas moins malencontreuse en relations mineures d'amour et de famillisme. Quel emploi peut-elle donc trouver en civilisation?

J'ai démontré qu'elle n'y peut être utilisée que par emploi iMÉGRAL, par tableaux du vice méthodiquement et complètement classés, avec détail d'ordres, genres, espèces, variétés, etc.

lÔO C1&-LÉ60MÈNES.

Ces analyses intégrales, par série graduée en ordres, genres, espèces , variétés, etc., ont le don d'exciter facilement l'intérêt. Elles sont la voie que Dieu a choisie pour répandre les lumières sociales et dissiper les illusions sophistiques. Il a dû y attacher un charme d'attraction qui s'augmentera lorsqu'on saura disposer les tableaux par séries mesurées , bien plus saillantes que les libres el les mixtes.

Mais à ne classer qu'en mode libre, comme celui-ci, la vérité en acquiert déjà un relief suflQsanl à démasquer le vice. Qu'on juge de l'elTet que produirait un traité de ces analyses appliquées à tous les crimes du commerce (II, 2l9j, puisaux subdivisions; car dans le 4 6<^. caractère. Parasitisme, on trouve une catégorie, celle des courtiers, susceptible d'une analyse de crimes d'espèce aussi nombreux que ceux des banqueroutiers.

Ces branches de critique sont absolument négligées. La philosophie habitue le siècle à révérer, sous le nom d'opérations, tous les brigandages mercantiles, même ceux des courtiers. Leurs menées spoliatrices de l'industrie, telles que le ricochet, la poussette, le soubresaut, la bascule et tant d'autres, sont des sublimités, au dire de cette philosophie qui pourtant censure avec virulence les fautes des souverains, et en compose des collections sous le litre de crimes des Rois et des Papes.

C'était aux crimes du commerce qu'il fallait s'attaquer. Un traité sur les crimes des banqueroutiers, des courtiers, des agioteurs, des usuriers, aurait désabusé le siècle de ses préventions pour l'anarchie commerciale ou libre mensonge; mais sauf la condition d'attaque intégrale, classant les vices par genres, ordres, espèces, etc. La vérité ainsi employée devient voie de progrès en

échelle sociale, et d'acheminement aux inventions de garantisme. Sicile est employée mollement, sans le secours des méthodes intégrales qui lui donnent du nerf, elle échoue et n'aboulit qu'à favoriser le vice.

Dans les deux articles Cis et Trans, j'ai établi ce principe ; il est posé en sens abstrait dans Cis , en sens concret dans le Trans, et en applications dans les articles Citer, Inter, Ulter.

Après avoir disposé les esprits par ces éclaircissements j'étais en mesure d'essayer contre deux vices, l'un majeur, \à banqueroute , l'autre mineur, l'adultère, une attaque méthodique et intégrale. Mais on a vu par le tableau nominal de la banqueroute et l'aperçu du tableau nominal de l'adultère, que les esprits sont pervertis au point de repousser môme les aperçus de vérité intégrale, et que celte méthode est indigeste pour des civilisés.

Ce refus est un indice de rénorme succès qu'aurait obtenu ladite méthode : elle aurait dissipé du premier choc les illusions de la politique civilisée; et montrant la fausseté sociale dans toute son étendue, elle aurait fait suspecter les sciences et fait conclure ù la recherche des garanties dont l'ordre civilisé est dépourvu ; on les aurait peu à peu découvertes , du moment où on les aurait cherchées.

La victoire aurait donc été gagnée et l'avènement en garanlisme assuré, si les savants eussent consenti à faire les analyses intégrales de chaque vice, des commerciaux, des conjugaux, etc. , selon l'invitation que Bacon leur en avait faite.

Mais tout en prônant le discernement de Bacon , ils ont , selon leur usage , suivi la roule opposée à celle qu'il indiquait; ils ont innocenté toutes les inslilulions yl-

i32 CIS-LÉGOMÉNES.

cieuses; el qui pis est, ils en ont fait l'apologie indirecte, par une mollesse d'attaque tendant à renforcer le vice et lui donner du lustre.

Souvent l'homme trop rusé est dupe de lui-même. C'est le fait de notre siècle qui, à force de jongleries sur l'auguste vérité, a fini par manquer tous les bénéfices qu'il aurait obtenus de calculs sur l'emploi de la vérité. On peut, au sujet de cette maladresse , appliquer à l'âge moderne ce distique de La Fontaine :

Tel , comme dit Merlin , cuide engeigner autrui , Qui souvent s'cngeigne lui-même.

Ainsi a fait la philosophie, en se jouant de la vérité dont elle pouvait tirer si grand parti. Redisons pour la vingtième fois que cette vérité, dont on a voulu faire une vertu stérile, est au contraire la source des richesses, puisqu'elle est lien de l'Association et voie des découvertes qui mènent à celle de l'Association.

Aussi , dans ce vers trop fameux ,

L'argent, l'argent ; sans lui tout est stérile.

on pourrait changer le mot iVargeJit en celui de vérité, car il est certain qu'en Association l'argent ou richesse ne naît que de la vérité mise en pratique.

Mais elle ne comporte pas de demi-emplois. J'ai prouvé qu'on doit l'introduire en relations mineures comme en majeures; qu'on ne pouvait arriver aux inventions en mécanique sociale, que par des emplois intégraux de la vérité et par des attaques intégrales du mensonge : en suivant celte méthode, on aurait marché à grands pas au garantisme.

Il eût fallu d'abord procéder par élude négative, comme je l'ai fait dans ces Liminaires, où je me borne à signaler

SECONDE PARTIE. mTER-LlMlNAIRES. iùÔ

I(3S erreurs. J'invilc les lecteurs studieux à se pénétrer de ces doctrines négatives dont fourmille l'Intermède, et dont la récapitulation nous conduirait trop loin. Les principales sont:

K Les propriétés subversives (97) qui font du mariage une voie de dépravation générale et de déraison spéculative, transition ou échelon de vices pour toutes les classes.

1°. La lacune d'oRDRE en emploi partiel de la vérité ; emploi qu'on veut borner aux relations majeures, d'amitié el d'ambition, sans l'étendre aux relations mineures d'amour et de famillisme.

20. La lacune de genre ; tort de vouloir introduire la vérité en affaires de famille , sans l'introduire en affaires d'amour, intimement liées à celles de famille.

30. L'échelle de fausseté du mineur au majeur, ou le régime qui façonne les adolescents à la fausseté en amour, et par suite en ambition dans un âge plus avancé.

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