‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 174 sur 298 · Fraude et larcin · texte numérisé non relu

Fraude et larcin

^ Contrariété de l'intérêt individuel avec le collectif. Y Absence d'unité dans les plans et Texécution..

SECONDE PARTIE. NOTICE t. 205

î)e CCS vices réunis découlent tous les désordres indus-^ Iriels. C'est un sujet qui exigerait encore des instructions. Je n'y ai pas touché , non plus qu'à une foule d'autres, parce qu'il eût fallu porter les prolégomènes à 58 chap. au lieu de 19. Mais pour conclure sur cette table qui n'est qu'un sommaire de la matière, comment se fait-il qu'elle n'ait jamais été traitée ni proposée, que les académies n'aient ni remarqué ces neuf vices de l'industrie civilisée, ni provoqué la recherche du remède qui serait l'Association? Quelle nullité dans la politique!

J'ai franchi beaucoup de leçons nécessaires comme celle-ci ; ce n'est donc pas prolixité que 600 pages de prolégomènes : après les avoir lus plutôt deux fois qu'une, l'on ne sera pas encore bien aflermi contre l'effort des préjugés, contre la duperie de chercher les voies du bien dans des sciences qui donnent toujours des effets opposés aux promesses.

Tel est l'argument qu'il faut reproduire sans cesse aux détracteurs, aux présomptueux, aux sceptiques :

Ignorance de la philosophie en mécanique sociale;

Refus d'en étudier (il, 447 ) aucun des problèmes ;

Empirisme des fléaux qu'elle essaie de traiter. On ne lui demande pas de répandre les lumières par torrents, comme elle s'en flatte; on désire seulement quelques antidotes spéciaux contre des calamités qui s'accroissent, lors môme que les souverains interviennent avec les savants pour y porter remède. Jugeons-en par le quadrille suivant :

En matériel, En politique ,

Pestes et Déboisements. — Agiotage et Traite des nègres. Matériel. Tous les souverains sont d'accord avec les savants pour obvier à la peste; elle fait pourtant des pro-

20 i CIS-LÊGOMÊNEff.

grès chaque année (voy. Avant-Propos, citer.) : même concours des uns et des autres pour la conservation des forêts. Les souverains rendent force décrets, les philosophes prodiguent les traités de restauration forestière ; cependant l'un et l'autre mal vont croissant , parce qu'on ne sait y opposer que le remède philosophique, la civilisation perfectibilisée ou industrie morcelée.

Politique. Souverains et savants seraient d'accord sur la répression de l'agiolage qui spolie les peuples, et compromet le fisc par des entraves de discrédit. Les princes opinent de même contre la traite des nègres , et en ont signé l'abolition au congrès de Vienne. Cependant l'agiotage redouble de ravages ; la traite est continuée effrontément et avec des raffinements de cruauté.

D'où vient cette résistance de tous les vices aux efforts combinés des souverains et des sciences? Elle vient, il faut le redire, de ce qu'on n'oppose au mal d'autre remède que le mal sous une autre forme ; toujours l'industrie morcelée , qu'on accompagne d'innovations politiques, vrais péjoratifs qui aggravent les calamités existantes.

Que penserions-nous d'un médecin qui, pour remédier â la fièvre tierce, ferait naître la fièvre quarte avec redoublements, et la nommerait fièvre perfectibilisée! Ce serait toujours la fièvre avec renfort de malignité : ce n'est pas guérir que de modifier et empirer le mal.

Tel est le talent de notre politique : elle opère sur une civilisation de 3^. phase (II, 207), qu'elle trouve encroûtée de vices; et pour tout remède, elle crée une civilisation qui court en 4^. phase par l'esprit mercantile. ]N"'est-ce pas nous jeter de fièvre tierce en fièvre quarte? On lui demande un moyen d'eilirper, et non pas diversifier les vices ; un moyen de sortir du labyrinthe, et non

SECONDE PARTIE. NOTICE V. Î^Oo

d'en parcourir les détours, qui ne sont toujours que cercle vicieux, comme toutes les théories de civilisation perfectible et de travail morcelé.

Organisez une région selon les vues de Montesquieu ou do Rousseau , vous y verrez dominer toujours les 9 fléaux lymbiqucs. Ces fameux publicistes sont donc des empiristes; ils ne savent qu'engouffrer le mouvement dans l'abîme : ils ne sont point inventeurs, et c'est de l'invention qu'il faut pour nous sortir du bourbier civilisé : il faut abjurer cette science d'engouffrement social, cette philosophie à l'esprit noueux, incapable de s'élever à aucune découverte. On devait d'autant plus s'en défier qu'elle ne sait pas analyser la civilisation , en classer les phases (II, 207), en déterminer la marche (II, 211), en disséquer les ressorts.

Notre docte 19®. siècle est donc un ignorant en mécanique sociale, puisqu'il ne connaît pas même la civilisation, encore moins les périodes les plus élevées en échelle. Et quand on saurait s'élever à cette analyse, il ne serait pas moins avéré que la civilisation contrarie le vœu des souverains et des peuples : je viens d'en donner une quadruple preuve.

Bref, il faut au monde policé une nouvelle science qui puisse lui ouvrir quelque issue de civilisation; et cette science ne peut être que celle de l'Association, puisque nous n'avons à opter qu'entre deux régimes industriels, qui sont l'état morcelé et l'état sociétaire.

nPf DE LA CINQUIÈME NOTICE.

20G CIS-LÉGOMÈNES.

POST-AMBILE.

La dette d'Angleterre payée en six mois par les OEufs de Poule.

Il n'est point de petit bénéfice en économie undah-e appliquée an monde entier. J'ai prouvé ;iI,3oiy qu'une récompense d'r> Sol peut, en Association, produire à uu savant 50,C00 francs, équivalant (page I ', à 90,000 fr., valeur actuelle de France.

L'épargne d'une épingle nous semble aujourd'hui indigne d'alteution, et pour ridiculiser Harpagon sur la scène, on l'y occupée ramasser une épingle. Que deviendra cette mauvaise plaisanterie aux yeux des harmonlens, chez qui l'épargne d'épingles produira, comparativement aux déperditions civilisées, une économie annuelle de trois cfnf.v laUUons de francs, revenu fiscal des empires d'Autriche ou de Russier

Mais ce n'est point par million, c'est par Milliakds que nous allons évaluer les produits de petits objets aujourd'hui dédaignés. Les poules ont figuré avec honneur au Trans-Ambule; c'est maintenant le tour des œufs, qui vont jouer un plus grand rùle et résoudre un problème sur lequel pâlissent tous les érudits de la finance européenne. Ils ne savent qu'accroître la masse des dettes : nous allons , avec le demi-produit des œufs d'une année et sans toucher aux poules, éteindre a jour nommé le colosse de dette anglaise, et par une prestation qui, loin d'être onéreuse, deviendra une amusette pour le globe.

Établissons le compte arithmétiquemeat; il s'agit d'obtenir un versement garanti de 24 à 23 milliards, somme de la dette anglaise estimée-

En fiscal, 20 \

En communal , 2 ou . 5 [ 2.5 En révolutionnaire, . . 2 ' 2"» milliards à payer en œ'ufs de poule de l'année ISôj.

Estimons d'abord la valeur réelle de ces œufs : je les apprécie à dix sous la douzaine ou un demi-franc ' , quand ils sont garantis frais et

{') Quelques paysans, qui ont (jaidé les œufs un mois, en vendent il six sous la douzaine; mais la plupart sont rancis et àdemi-jmnais. Ln seul de ces vieux œufs suffit pour gâter une crime ou ime omelette. Il serait plus prudent de paijer six sous pour être dispensé d'user de pareils œufs ; mais cela c.',tbon pour des gosiers civilisés, des brutes qui oni pour refrain : <• Tout fait ventre, pourvu qu'il y entre. '

SECONDt PARTIE. POST-AMBDLE. 207

de bouuc grosseur, comme ceux des poules de CAUX, qui seront encore des plus petites en Harmonie, où la régénération des poules et autres animaux suivra de près celle du monde social.

Kvaluant à 10 sous la douzaine de bons et gros œufs, garantis frais et provenant de poules artistement nourries, nous devons spéculer sur une concession de 50 milliards de douzaines d'œufs pour éteindre en une seule année la dette d'Angleterre. Procédons au recensement des œufs que produiront en 1855 les 000,000 Phalanges.

Le poulet, le plus précieux des volatilles domestiques, est un oiseau cosmopolite.il s'acclimate partout, sauf les soins convenables; il prospère dans les sables d'Egypte et dans les glaces du INord. Multiplié par fours à éclosiou, il donnera en Harmonie une immense progéniture.

Lorsqu'on en sera aux comptes délaillés ( Séries inGnitésimales ) , je prouverai que le poulailler d'une Phalange doit contenir au moins dix mille poules pondantes, non compris la masse vingtuple des poulets.

Estimons la ponte à 200 jours sur 305. Elle peut être moindre en ci- \ ilisation ; mais il est connu que les soins , la chaleur des poêles doux , la bonne nourriture et l'épargne de diverses couvées par les fours à éclosiou, peuvent augmenter beaucoup la ponte , et la porter aisément à 200 jours par an , non compris les binages. Déjà ou voit quelques poules bien soignées et de bonne race donner deux œufs par jour.

Supputons le tout, et faisons le compte à la manière des bonnes femmes, sans fraction ni complication. Supposons les poulaillers de Phalange portés à 12,000 poules pondantes, au lieu de 10,000; nous aurons par jom' :

1 ,000 douzaines d'œufs à I ^2 franc , 500 fr .

Cette masse multipliée par 200 jours , 200

Donne eu produit annuel des œufs du canton , 100,000 Multipliant par 000,000 cantons ou Phalanges, 600,000

Ou a en produit général , 00 milliards, 60,000,000,COO

Et comme nous avons, pour faciliter le compte i)ar douzaine, supposé 12,000 poules par canton, au lieu de 10,000, nombre réel, il faut diminuer un sixième sur ce produit, et le réduire à 50 milliards par année, somme dont la moitié , 25 milliards , est précisément le montant de la dette d'Angleterre évaluée grassement, puisque j'y ai compris les engagements communaux et les indemnités de froissements révolutionnaires qui ont été peu considérables en Angleterre.

Pour complément de preuve et garantie du calcul , il faudra , comme je l'ai promis, démontrer ailleurs qu'une Phalange entretient communément 10,000 poules pondantes. ( F. Sérks infinitésimales.)

208 CIS-LÉGOMÈNES.

En supposant que le Tioi et la y'ation anglaise prennent l'initiative de fondation je dis le Roi et la Nation , parce que le Roi , à titre de Souverain héréditaire de l'empire de l'Indostan, doit compliquer ses intérêts avec ceux de la nation, pour faire passer II, fiC l'un et l'autre cumulativenient ; la hiérarchie sphérique devra la récompense de fondation aux deux coopérateurs. Dans ce cas elle votera, outre l'hérédité du Césarat d'Indostan pour le prince, un transfert de la dette anglaise au grand livre de l'unité. Dés-lors cette dette sera constituée 'II, 575} sar le glohe, sur ses immenses propriétés de colonisation par annuités; et provisoirement l'intérêt en sera supporté par la hiérarchie sphérique et payé de ses revenus provisoires, tels que les mines vierges d'Aiiique, etc. Ce sera une créance plus solide que les barres métalliques,

sujettes

1 0. au faux titre ; ô". au larcin ;

2°. à la baisse du cours; A", à la banqueroute.

Les esprits civilisés, tout pétris de petitesse, regimbent d'abord contiT cette perspective de prodiges sociétaires. Essayons de les façonner par (alcul arithmétique, à envisager ces immenses résultats. Je vais les leur présenter en gradation , à commencer par un calcul d'allumettes bien séduisant pour des amants de la petitesse. Qu'ils prennent garde que c«lui qni se moquerait des économies d'allumettes placées en 1«^ échelon, ne serait pas admissible à douter des économies de 7«. et >< échelon, tout ici étant arithmétiquement calculé pour une population d'un milliard.

( Elle n'est pour l'instant que de 900,000,000; mais à peine l'Harmonie sera-t-elle établie, que les chances de cessation de guerre, libre circulation, extirpation de virus variolique et d'autres venins, accroîtront la population avec rapidité jusqu'à la troisième génération , où le lalentissement de progéniture se fera et devra se faire sentir. ;

TABLE d'économies GHADATIVES SIR PÙPCLATION I)'l> MILUABD.

En allumettes environ i son 50 millions.

En épingles — 6 sous .300 —

En dégraissage — 5 francs. ... 3 milliards.

En ravaudage — 10 francs. ... 10 —

En chaussures — 40 francs. . . • 40 —

En linge et coiffures. . — KMJ francs. . . . 100 —

En draperies, étoffes. . — 2.'50 francs. . . . 2.50 —

Environ. . . . 400 milliards d'économie annuelle sur les dépenses que causerait l'ordre incohérent, par déperdition'.ou mauvaise qualité des objets fabriqués. Je ne traite ici que de l'habillement, et non des autres épargnes,

SKCONDE PARTIE. POST-AMBULE. 20*J

t'onime sellerie , mobilier, etc., qui tiennent au trousseau individuel, très-copieux en Harmonie, où chacun a des vêtements de toutes saisons, en parure , en mixte , en négligé et en travail. Quelle serait la déperdition, si ces étoffes étaient conmie eu civilisation, de mauvais teint, de mauvaise qualité, et mal défendues contre les dommages de hardes, d"humidité, de lessive, etc.?

Réfutons , à propos de ces épargnes , un étrange sophisme des économistes qui prétendent que raceroissemeiit illimité du travail manufacturier est un accroissement de richesse ; d'où il résulterait que si ou amenait tous les individus à user annuellement quatre fois plus d'habits, le monde social atteindrait à une quadruple richesse eu travail manufacturier.

Il n'eu est rien : leur calcul est faux sur ce point, comme sur le vœu d'accroissement illimité de population ou viande à canon. La richesse réfille , en Harmonie , se fonde

Y Sur la plus grande consommation possible en variétés de comestibles ;

X Sur la plus petite consommation possible en variétés de vêtement et de mobilier.

La variété appliquée à l'une et l'autre consommation exige le niaxin;um d'un coté, et le minimum de l'autre, toute harmonie devant s'établir par jeu direct et inverse des ressorts.

Ce principe a échappé aux économistes civilisés, qui, assimilant les manufactures aux cultures, ont cru que l'excès de fabrication et consommation d'étoffes était mesure de l'accroissement de richesse. L'Harmonie spécule , sur ce point , en sens contraire ; elle veut en vêtement et mobilier la vuriélè ni/i'nif , mais la moindre consommation.

Lorsque j'étais peu exercé en calcul d'attraction, et que je commençais à balancer les doses et les résultats en chaque branche d'industrie, je fus fort étonné de reconnaître qu'en stricte analyse, il existait peu d'attraction pour le travail manufacturier, et que l'ordre sociétaire, tout en créant des amorces agricoles en dose illimitée, ne développerait qu'en faible quantité les amorces manufacturières. Cet effet me parait inconséquent , contradictoire avec les besoins. Peu à peu j'entrevis que , selon le principe (II, ôOi) des attractions proportionnelles aux destinées. Dieu avait dû restreindre l'appât de fabrication , en raison de l'excellence des produits de l'industrie sociétaire , qui élève tout objet manufacturé à l'extrême perfection, de sorte que le mobiUer et le vêtement atteignent à une prodigieuse durée, deviennent éternels.

Une chaussure confectionnée par un bottier perfectibilisé de Paris sera trouée sans faute au bout d'uu mois; et cela doit être ainsi; car ce bottier compromettrait son art, s'il cliaiissait des gens communs qui

iilO CIS-LÉGOMÈNES.

vont à pied. La même chaussure sortant des ateliers d'une Phalange sera en bon état au bout de dix ans, parce qu'on aura rempli deux conditions inconnues dans l'état actuel ; savoir :

l'excellence de matières et de confection; l'opportunité d'emploi et d'entretien.

Ces détails , sordides en apparence , devienncnl sublimes quand ou considère qu'ils peuvent assurer une économie annuelle de 400 milliards sur les vêtements, et de 2000 milliards sur l'ensemble des déperditions où tomberaient les Harmoniens s'ils manquaient à spéculer sur les économies combinées.

Chez eux l'économie devient bon ton , par inûuence du jeu combiné des quatre tons. Les Harmoniens, quoique généreux et somptueux, sont passionnés par bon ton , poiu- les épargnes que nous traitons de lésine, ladrerie, comme de ramasser une épingle ou retourner une allumette. Ils vous prodigueront les mets précieux, et ils vous traiteront de vandale si vous perdez un noyau de cerise, une pelure de pomme.

Chez nous, pai" bienséance, on écrit au ministre sur un papier (l'ample dimension, dont les 5/5 sont inutiles, et le ministre, par spéculation fiscale, répond deux lignes sur une feuille d'une aune de long. Il régnera chez les Harmoniens un esprit opposé, et en écrivant au ministrre, l'honnêteté exigera qu'on emploie le moins de papier possible. Y manquer ce serait offenser le ministre, le supposer indifférent aux petites économies , qui sont en Harmonie gages de bonheur social, non-seulement par le profit annuel de deux mille milliards, mais par l'équilibre des fonctions avec les attractions. Cet équilibi* serait rompu, si une consommation excessive d'objets manufacturés distrayait le peuple des séances agréables d'agriculture, et l'obligeait à prendre sur ce travail des heures qu'il faudrait donner à celui de fa- Inication, dont l'appât est limité en dose, taudis que l'Attraction agricole est illimitée.

Dans ce cas la prodigalité des riches causerait au peuple double perte; l'une de plaisir par la diminution d'exercice en travail attrayant; l'autre de bénéfice , par le ralentissement qu'éprouverait la masse des travaux attrayants, si des fonctions nécessaires, mais sans attrait, venaient par leur accroissement diminuer le nombre et l'activité des séances bien intriguées, et réduire en même rapport le charme et le produit qui vont de pair en mécanisme sériaire.

Dans un ordre où les liens affectueux existeront entre toutes les classes, ou verra les potentats mêmes donuer le ton de cette économie de vêtements que nous nommons esprit sordide, et qui est le véritable esprit de Dieu, dont la 1". propriété (H, 265 est l'économie de ressorts. Dieu ne perd pas un atome dans le mécanisme de l'Univers, et partout où

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