‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 18 sur 298 · Que le règne de la justice et de la vérité doit · texte numérisé non relu

Que le règne de la justice et de la vérité doit

s'établir par le mépris des richesses perfides , et non par la recherche des découvertes négh'gôes et de la répartition proportionnelle.

X Que les moyens de la nature en harmonie sociale sont bornés aux effets connus , comme la Civilisation , la Barbarie , la Sauvagerie ; ce qui suppose la nature passionnelle réduite à la monalité d'essor et l'indestruclibilité des fléaux lymbiques.

On remplirait des pages de ces monstruosités dogmatiques, suffisamment jugées par la génération actuelle qui vient d'en subir l'épreuve ; elles ont abouti à remettre en scène les controverses démagogiques de l'antiquité, et y ajouter des immondices trés-modernes, comme le maté-* rialisme et les dictionnaires d'athées, scandales que n'avait pas donnés l'antiquité. Elle n'avait pas non plus mis en honneur les infamies mercantiles ; fourberie , usure, agiotage, banqueroute, etc. , pleinement triomphantes aujourd'hui sous l'égide de la philosophie moderne.

Il est donc évident que la raison civilisée , avec ses jactances de perfectibilité, est dans une dépravation croissante, c Quand les choses en sont parvenues à ce

> point, dit Condillac, quand les erreurs se sont ainsi » accumulées, il n'y a qu'un moyen de remettre l'ordre

> dans la faculté de penser; c'est d'oublier tout ce que » nous avons appris, de reprendre nos idées à leur ori- » gine, et de refaire , dit Bacon , V entendement humain. » Ce moyen est d'autant plus difficile qu'on se croit plus

> instruit. >

Conformément à l'avis de Condillac et Bacon, je vais , dans les prolégomènes , procéder d'abord à l'attaque des erreurs dominantes. C'est une tâche qui n'exige pas d«"

84 IJCTRODOCTION.

talents oraloires, il ne faut que du sens commun pour la remplir; il ne faudra de même que du sens commun et de l'arithmélique pour comprendre la théorie de l'Association, et reconnaître que les sciences qui vantent l'industrie morcelée ou étal familial , sont des Sirènes qui , sous le masque de sollicitude pour le bien des peuples, s'accordent à nous fermer toutes les voies de découvertes utiles et d'avènement aux destinées.

Je ne saurais trop redire qu'en attaquant les sciences incertaines, je n'attaque pas leurs auteurs, à qui ma découverte assure, au contraire, une fortune subite. Personne n'est coupable de spéculer sur le sophisme comme sur tout autre branche de commerce toléré; les torts des sciences retombent uniqueme"»t sur l'étal civilisé , qui ne sait pas utiliser le génie en provoquant les inventions ; puis sur le préjugé , qui nous persuade que cette société désastreuse est la destinée ultérieure de l'homme, et que Dieu n'a rien su inventer de mieux pour organiser les relations humaines : comment un âge qui s'honore d'avoir restauré la Religion, adopte-t-il des préventions si outrageantes pour la sagesse du Créateur !

NOTE A ^ur les Pas)»es dn !\'orfl et la triple récolte.

I/oiivcrture des passes du Nord et la fusion de leurs glaciers permanents , sont pour les agriculteurs et les marins, laflairedu plus pressant intérêt. On ne trouve dans les sciences connues, aucune théorie sur cette restauration climate'rique : j'en ai resserre' le plan dans celte note , un peu longue en apparence , et bien courte eu égard à l'imporlance de son objet.

U importe à toutes les puissances du Nord de s'ouvrir une

passe par la Mer Glaciale : mais aucune d'elles ne fait comme rAngletciTC des efforts pour y parvenir. La Russie même, si intéressée a se frayer cette route, ne paraît pas s'en occuper; tandis (|ue l'Angleterre y affecte un prix magnifigue de 600,000 francs , et des expéditions dispendieuses; total , 1,000,000 de francs ou 40,000 liv. sterling.

Il s'agit de démontrer que cette somme, avancée pour fonder l'Association (je ne dis pas dépensée, mais seulement avancée avec bénéfice assuré de 100 pour 100 au moins , pour le capital actionnaire), que cette somme , dis-je , suffira pour ouvrir à l'Angleterre et au monde entier, non pas une passe impraticable , mais deux ipasses pleitiement praticables par la Mer Glaciale et le détroit de Behring.

L'Angleterre fait-elle des recherches de pure curiosité, ou bien veut-elle se procurer une passe commerciale et assurable 9 Si telle est son intention , comme on n'en doit pas douter, elle serait frustrée même dans le cas d'existence de la passe de Baffin ; car il paraît que le détroit qu'a franchi le capitaine Parry, gît par les 75° ou 72"; qu'à l'ouest de ce détroit , il y a beaucoup de glaces ; et qu'on ignore encore si, de là au détroit de Behring, il ne se trouvera pas quelque péninsule ou promontoire avancé jusqu'à 75°, et opposant au passage de nouvelles difficultés , indépendamment de celle du détroit qui peut, dans les étés faibles, devenir très- difficile à franchir. Les cartes les i)lus récentes marquent un obstacle a 71°: ne se prolonge-t-il pas au delà ?

Tout compensé, ladite passe, en cas qu'elle existe, ne vaudra pas mieux que celle de Sibérie par le cap Cévérovostochnoi et le cap Szalaginskoi.

En outre, dans l'état actuel de congélation des régions polaires, aucune des deux passes ne peut remplir le but politique : la garantie d'une route commei-ciale, d'une voie praticable et assurable à 50 pour 100 au plus.

En effet, d'après le tableau des dangers sans nombre encourus par les capitaines Ross, Parry et autres, et des nouveaux périls qu'ils avaient à essuyer de la part des glaces entre la nouvelle passe et le détroit de Behring; on peut conjecturer que sur quatre navires employés à ce périlleux trajet , il y en aurait trois de perdus

OU criblés d'avaries. On ne trouverait donc pas d'assureurs pour celte roule, à moins des trois quarts de la valeur, soit 73 pour cent; des lors elle ne serait pas route commerciale, mais voie aventureuse et folle cju'il serait prudent d'interdire.

Expliquons le moyen de s'ouvrir les deux roules , non par des actes de ic'merite' nautique , mais par des opérations physiques sur l'atmosphère , qu'il est aise' d'adoucir de 20 à 25 degrés dans ces parages. A ne tabler que sur 20 degre's, les points les plus avance's comme le cap Céve'ro, gisant par 78°, équivaudraient à 58° pour la température, pendant les mois de jour polaire; et on franchirait les deux passes aussi aise'ment, aussi sûrement, que celle de la Baltique par Golhembourg et le Sund.

Les glaces , quelqu'effrayante que soit leur masse de six cents lieues de diamètre , ne sont qu'un obstacle temporaire : celte barre n'est pas plus inamovible que celle qui avait re'cemment masqué la côte de Groenland, et obstrué le canal d'Islande: on a vu, en mars 1819, débacler ce rempart de glace qui devenait désespérant par son accroissement, et qui avait depuis 120 ans enveloppé et anéanti une malheureuse colonie de 20,000 Danois. Il s'agit donc d'opérer par effet de Tart sur la totalité des glaces, comme la nature vient d'opérer sur cette portion qui masquait le Groenland; et de faire fondre et débacler, sinon en entier, au moins en grande partie , la croule des glaces polaires arctiques ; les réduire tellement , qu'elles ne soient pas plus gênantes en été pour les côtes d'Amérique et de Sibérie, que ne sont les glaces antarctiques pour les pointes d'Australie et d'Afrique.

La réduction des glaces polaires arctiques ne lient qu'à échauffer et modifier une atmosphère de 6U0 lieues de diamèlie : qu'y a t-il de gigantesque dans cette prétention ? L'homme sait bien opérer sur des colonnes atmosphériques de 1,000 et 2,000 lieues de diamètre ; les infecter de miasmes putrides , pestilentiels , épizootiques, dont le germe borné a quelques atomes dans son origine , envahit parfois un espace de 2,800 lieues de longueur ; témoin la peste du 14'. siècle qui s'étendit de la Chine jusrju'à l'occident d Europe, et moiionna un tiers de la population de l'ancien monde. Cette infection était l'ouvrage de l'homme : ne peut-il donc pas exercer en bien sur un diamètre de 600

licucs , l'influence qu'il exerce en mal sur un diamètre de 2,000 lieues ?

D'ailleurs serait-ce une nouveauté qu'un radoucissement de température aux régions polaires? N'est-il pas constant qu'elles ont joui autrefois d'une climature fort douce, et même chaude , puisque les éléphants y habitaient, et qu'on y voit leurs ossements d'autant plus abondants qu'on s'avance davantage vers le pôle ? J'expliquerai quand il en sera temps cette énigme, sur laquelle on a débité tant de contes absurdes, et je prouverai qu'il est plus d'un moyen d'échauffer les régions polaires et de les rendre habitables.

De ces divers moyens je n'en veux exposer qu'un seul , dont l'appréciation est à portée de tout le monde ; c'est le raffinage atmosphérique par voie de culture intégrale du globe,

La thèse n'est point neuve; il n'y aura de neuf que les développements imprévus que je vais lui donner. Je ne spéculerai que sur l'évidence matérielle, sur des faits bien notoires et bien intelligibles, sur l'extension du travail agricole déjà exercé avec succès par l'Europe , l'Indosian et la Chine.

On sait combien la température de ces trois régions l'emporte sur celles des autres contrées du globe en salubrité , bénignité et moyens de fécondité ; ailleurs , la végétation est contrariée par des excès perpétuels : de la vient que la vigne ne peut pas croître sur les coteaux de la Pensylvanie, située en même latitude que Naples, et qu'elle prospère à Mayence, ville située 10 degrés plus haut, mais sous une atmosphère déjà raffinée, qu'on appelle climat fait ou formé.

Il faut, pour dégager les deux passes du Nord des glaces qui les obstruent , élever le globe entier à cet état de climat fait ou pleine culture ; on y gagnera la fusion des trois quarts des glaces du Nord, et un adoucissement de climature de trente degrés, comparativement aux atmosphères brutes, comme celles de Sibérie, Haut- Canada , Australie : on y gagnera de plus une garantie de températures nuancées , mitigées en froid et en chaud , exemptes d'excès et de transitions subites, et comportant au 4S'. degré trois récoltes habituelles; au 60'., 2 au moins; les 5 récoltes du 45'. réparties comme il suit :

1". Semailles de novembre , recueillies en courant de mai.

2*. Menus légumes semc's fin mai, recuillis fin juillet. Labour en dcfoncement.

y . Semailles d'août recueillies en novembre.

La triple recolle ne sera pas due à un accroissement de chaleur, ce moyen serait très-illusoire ; l'excès de chaleur et sa continuité paralysent la ve'ge'tation ; le bénéfice tient à obtenir des températures bien nuancées par des zéphirs et des pluies fécondantes ; une pluie d'un mois, une chaleur continue d'un mois , sont également le fléau des cultures.

Il est connu que si on pouvait jouir d'une température a commande , ou variante régulière de pluies et chaleurs sans excès, les végétaux croîtraient presque a vue d'œil; on obtiendrait les 3 récoltes plus facilement que la simple , si souvent contrariée par les excès, surtout par celui de la Lune-Rousse, funeste à la France.

Tel sera le fruit de la culture universelle aidée du mécanisme sociétaire (périodes 7 et 8, scriisme simple et composé). On en verra naître une climature méthodiquement raflince dans toute l'échelle atmosphérique.

L'Angleterre procurera ce bénéfice au globe entier, si elle veut sérieusement s'ouvrir les deux passes du Nord. Dissertons sur cette opération, sur les indices et voies de succès ; je réitère que malgré le merveilleux de cette perspective, je ne mettrai en jeu qu'un ressort bien connu , bien éprouvé , qui est l'agriculture, mais sociétaire et non morcelée; car la morcelée ruine bien vile les climaturcs après les avoir quelque temps améliorées.

Il est plus qu'avéré que les défrichements peuvent modifier la température; qu'elle est, comme les terres, un champ livré à l'industrie humaine ; que nos cultures, si elles sont exercées avec intelligence, peuvent tempérer de 12 degrés une atmosphère, et faire jouir le 30' degré d'une climature de 58° ; comme aussi réduire un 38' s'il est mal cultivé, à la climature d'un 50' bien cultivé.

Appuyons-nous de démonstrations péremptoires : je sais que les hommes instruits n'en ont pas besoin sur des vérités si palpables, mais le vulgaire peut en exiger; je vais donc établir la preuve sur six villes très-remarquables qui sont :

Au iO'. Naples, Philadelphie et Pékin.

Au 47'. Quchec, (*) Tours ou Paris et Astracan.

Commençons par les parallèles du 47" degré en atmosphère brûle et en raffinée.

Chacun connaît le beau climat de la Touraine appelée jardin de la France : il n'est pas phis beau que ne sont en France d'autres climats de même degré; la Touraine a seulement le relief d'être arrosée par un grand fleuve et trois belles rivières navigables ; mais le préjugé veut se créer des beautés climatériques la ou il n'y en a pas. Bref, la Touraine est un climat tempéré, oîi les froids annuels n'excèdent guère 10 à 12 degrés de Réauraur. Les villes d' Astracan et Québec sont sur la même ligne , a 47° de latitude , et pourtant ces deux villes éprouvent des froids égaux à celui de Pétersbourg : le thermomètre y descend communément a 50°, et on l'a vu dans Astracan descendre à 57°, froid plus vif que celui de Pétersbourg.

Ce n'est pas que ces deux villes ne soient placées en bon terrain : Astracan est renommé pour ses melons et ses toisons ; Québec est de même un pays favorable à la culture ; mais l'une et l'autre ville sont contiguës a des déserts immenses et prolongés a l'infini ; elles participent nécessairement de la température des déserts qu'elles avoisinent : et cet incident réduit en hiver Astracan ville de 47° au climat des villes du 60° et même da 65% comme Drontheim et Vasa.

(*) Je confonds ici Tours el Paris , villes île température identique, maigre la différence d'environ a degrés; il y a bien plus de disparate climale'riquc entre Paris et Rouen, quoique la différence de leurs latitudes ne soit que de moitié d'un degré; mais en estimation de température , 2 degrés en plus ou en moins sont souvent absorbés el compensés par les dispositions locales du terrain : elles causent des variantes de 3 degrés, même en pays vicinaux et également cultivés; témoins les parallèles de Lyon avec la Lombardie, de Marseille avec Bilbao, de Paris avec Rouen, et de tant d'autres ville» très-disparates en climalures, quoique voisines, el de même latitude; mais différenciées par des chances de mers tempérées ou froides , el de chaînes placées en Nord ou en Sud. Ces incidents portent les modificalions locales à 3 et 4 degrés, même sans exhausse mcnld'assielte comme celle de Madrid.

Diire'rence en refroidissement hivernal , 4S à IG degrés par le seul vice du défaut de culture,

La différence n'est pas la même en été ; et il est connu qu'Astracan et Québec jouissent en juillet de la dose de chaleur due au 47'. degré. Mais notre spéculation doit porter d'abord sur l'art de modifier les hivers , après quoi nous nous occuperons de l'été.

Passons aux parallèles du 40% degré, ou nous allons trouver les mêmes disparates.

Le climat de Naples, quoiqu'au-dessus de 40°., est renommé par la douceur de ses hivers : les Lazarons , même en janvier, y couchent en plein air ; les deux villes de Philadelphie et Pékin sont sur la même latitude et sujettes à des hivers bien autrement rigoureux que ceux de Paris, ville située à 49°. Philadelphie a de plus l'inconvénient des transitions subites, qui obligent à changer de vêtements trois à quatre fois dans une même journée. On y a l'été à neuf heures du matin , l'hiver à midi : Pékin est de même sujet a des froids prématurés, opiniâtres et violents; la cause en est dans le voisinage de grandes régions incultes. Pékin et Philadelphie placés sous le 40°., ont des hivers bien plus rigoureux que Francfort, placé au 50°. Ces deux villes peuvent, quanta l'hiver, être assimilées à Berlin, latitude 55°., sinon pour la durée, au moins pour l'intensité du froid.

Différence, 13 degrés en refroidissement hivernal, par voisinage des terres incultes qui en été n'influent pas en rafraîchissement.

Il résulte déjà de ces parallèles, que si toutes les régions de Sibérie et nord-Amérique étaient cultivées aussi complètement que l'occident d'Europe, les passes de la Mer Glaciale, dans les plus hauts parages comme le cap Cévéro, jouiraient d'un adoucissement considérable, et seraient aussi praticables que le cap^ Nord.

Continuons sur le premier et principal ressort de raffinage almo>phérique ; sur l'agriculture qui, mieux examinée, va nous fournir quatre chances graduées de radoucissement.

Page 1