PREMIÈRE PARTIE. NOTICE II
pour trouver des chasseurs en nombre suftîsaTil, i! faudra , malgré l'appât d'une grande quantité de gibier, leur fournir gratuitement meules et chevaux, repas dans la forêt, etc. : à ce prix la chasse ne sera encore qu'un plaisir très-ordinaire, et à peine égal aux moindres intrigues des rassemblements agricoles et manufacturiers. Dans ce cas, le peuple aura bien obtenu l'équivalent du droit de chasse dont jouit le Sauvage; car on lui offrira gratuitement tout l'attirail de chasse ou de pêche , que peu de gens accepteront ; et ceux même qui auront préféré à la chasse ou la pêche d'autres passe-temps, jouiront chaque jour, aux tables de toutes classes, des produits de chasse et de pêche : l'équivalent sera triple, car on aura :
L'option d'exercer chasse et pêche , avec dividende sur îe produit pécuniaire de ces amusements;
La fourniture gratuite de tout le matériel de chasse et pêche;
La consommation ou participation aux produits de chasse et pêche sans avoir coopéré à cette fatigue.
Dans cette hypothèse, le peuple jouira triplement d'un droit dont le Sauvage ne jouit que simplement, et à charg-c 4e grandes fatigues. On verra , au détail des sept droits , ■que l'état sociétaire fournit toujours, non pas un, mais trois équivalents, dont l'un des trois est le droit naturel reproduit sous d'autres formes , et rehaussé ■par des accessoires de luxe et de plaisir inconnus au Sauvage, qui n'exerce qu'en simple chacun des sept droits.
3^. Condition du minimum. Associer les intérêts du feuple à ceux des grands, qu'il jalouserait et haïrait tant qu'il ne participerait pas à leur bien-être.
Toute liberté deviendrait un germe de déchirements , tant que les grands et les petits se haïraient comme au-
il A PROLÉGOMÈNES.
jourd'hui. Le seul moyen de les rallier passionnémenl , de les intéresser les uns aux autres, c'est de les associer en industrie. Les fermiers qui ont leur part de la récolle, désirent que le lot assigné au maître soit copieux, afin que le leur se grossisse en proportion de l'abondance ; car si le maître a peu de grain faute de bonnes récoltes, les fermiers ont peu dans le cas de rétribution sociétaire.
Le secret de l'unité d'intérêts est donc dans l'Association. Les trois classes une fois associées et unies d'intérêts, oublieraient les haines, d'autant mieux que la chance de travail attrayant ferait disparaître les fatigues du peuple , et le mépris du riche pour des inférieurs dont il partagerait les fonctions devenues séduisantes. Là unirait la jalousie du pauvre contre les oisifs qui récoltent sans avoir semé : il n'existerait plus ni oisifs, ni pauvres , et les antipathies sociales cesseraient avec les causes qui les produisent.
Sans doute, avec nos méthodes, il serait bien impossible d'établir ni association , ni rapprochement entre les trois classes , riche, moyenne et pauvre ; mais on verra , au traité des Séries passionnelles, que ce rapprochement, loin de présenter des difficultés , devient une source de plaisirs. En Harmonie, toute annonce d'un bien survenu aux riches est pour le peuple un sujet de joie , parce qu'il est assuré d'en recueillir sa part. Que Lucullus aujourd'hui serve cent mets dans le salon d'Apollon, il n'en échoit rien au pauvre qui manque de pain à côté des palais. En vain prétend-on que le luxe des riches anime la circulation et fait vivre le pauvre ; c'est un mensonge effronté , puisque le pauvre meurt de faim alentour des palais.
Il n'en est pas ainsi dans un canton sociétaire, où le