CHAPITRE XLV
Caractères ele répercussion harmonique.
11 est aisé de comprimer les passions par violence : la philosophie les supprime d'un trait de plume; les verrous et le sabre viennent à l'appui de la douce morale. Mais la nature appelle de ces jugements, elle reprend en secret ses droits: la passion étouffée sur un point se fait jour sur un autre, comme les eaux barrées par une digue; elle se répercute comme l'humeur de l'ulcère fermé trop tôt.
Naluram expellas furcâ tamenusque recurret. Cette re'cwrrence ou retour des passions vers leurs buts (47), vers le luxe, les groupes, le mécanisme et l'unitéisme, produit des effets comparables à celui qu'on appelle en physique diffraction, ou réflexion des couleurs à la surface des corps noirs et opaques. La civilisation est, au ftgurc, un corps opaque , tout noir de fourberie et de crime; cependant elle présente quelques reflets d'harmonie. L'ne description va expliquer cet effet, apprendre a discerner un ordre de caractères bien précieux et bien inconnus.
Je choisis 2 exemples tirés du jeu et du bon ton ; ce sont deux elfets de passions répercutées, deux récurrences de la cabaliste et de L'unitéisme.
Le jeu est un aliment factice qu'un donne à la manie d'intrigue dont l'homme est possédé par aiguillon de la 10e passion, dite cabaliste (69;. Les esprits vides, comme les paysans, aiment beaucoup le jeu ; il développe en eux la passion dite cabaliste, qui n'a guère d'aliment sous le chaume ; il plaît de même aux têtes ardentes, faute d'activité suffisante en intrigue: il convient à une pagnie d'étiquette, parce que la vérité en est banni.1 par les convenances ; la passion ne peut pas s'y montrer, tout y est glacial; il faut créer à cette assemblée une intrigue artificielle par le.
i >i SECTION VI. — ANALYSE DE LA CIVILISATION.
moyen des cartes ; mais on ne proposera pas les cartes à des gens qui ont une véritable intrigue en action : un conciliabule d'agioteurs qui machinent un coup de filet, une rade pour la bourse du lendemain ; des amants qui se réunissent en orgie galante pondant les instants où les pères sont absents; des conspirateurs qui se concertent au moment de frapper le ^irand coup, regarderaient en pitié la proposition de jouer aux cartes Lé où est l'intrigue réelle, il n'e-t pas besoin d'intrigue factice comme celle du jeu. des romans, de la comédie, etc. Aussi lesharmoniens n'auront-ils emploi des cartes que pour les malades et infirmes, hors d'état de prendre une part active aux intrigues industrielles, qui préoccuperont tellement, qu'aucun être en santé ne voudra jouer; il n'aura déjà pas assez de la journée pour subvenir aux intrigues réelles qui seront au nombre d'une trentaine chaque jour, à n'en sup, que deux par chaque séance industrielle ou autre.
Le bon ton est un effet de la passion unitéisme [5<), qui se répercute faute d'essor. Le bon ton, en civilisation, n'entraîne qu'à l'oisiveté, au train de vie des gens dits connut il faut, qui sont oisifs, oppresseurs de la multitude laborieuse. Il y a pourtant dans le bon ton un très-beau côté qui est l'unité passionnée en mœurs et usa St un brillant effet du bon ton, que de dé-
terminer toute la belle compagnie d'Europe à adopter des lan-
- unitaires, comme [ejrançah pour la conversation, et / tien pour la musique. Sous ce rapport, le bon ton est image renversée de l'harmonie sociétaire, où les mœurs ne régneront que parle consentement unanime, sans intervention de morale, ni de lois, encore moins de châtiments. Mais le bon ton chez les harmoniens entraînera au travail productif; il dirigera a ce but toutes les classes et toutes les passions. Chez nous, au contraire, il n'excite qu'à l'indolence et aux mœurs dan -; il est donc image
renverse et non pas image directe de l'unitéisme, qui conduirait a l'industrie.
Il en est de même de la 10° passion, la cabaliste, citée plus haut: ses intrigues ne tourneront en harmonie qu'à l'avantage
de l'industrie ; Chez nous, elle- ne produisent (pie le mal, en tout
sens , par le jeu et autres désordres qui sont imi
industrielles de l'harmonie . mais images renversées produisant
le mal.
Il existe une grande différence de propriétés entre les deux répercussions que je viens de citer. Le bon ton produit des effets
brillants et souvent très-utiles, dont le seul tort est de ne pas entraîner à l'industrie; le jeu produit des effets odieux, la ruine des famill s, le crime, le suicide. Il faut donc distinguer, dans les passions répercutées ou récurrentes, deux genres trés-opposés : l'harmonique et le subversif. Celles qui conduisent aux accords, comme le bon ton, sont du genre précieux que je nomme harmonique, ou récurrence directe vers le but; celles qui conduisent aux discordes et aux crimes, sont du genre malfaisant que je nomme subversif, ou récurrence inverse vers le but. Les deux genres ont une propriété commune et très-brillante, c'est de donner, en mode renversé, des images de l'harmonie; d'en peindre tous les détails dans le jeu des passions répercutées. ( Leur nom régulier serait diffractées, mais on ne veut point de mots scientifiques. )
Précisons bien le sens de cette expression, image en mode renversé: les passions répercutées, au lieu de conduire le monde social I, au luxe, 2, aux séries de groupes, 3, au mécanisme -4, à l'unité, le conduisent à l'appauvrissement, à la désunion, à la confusion, à la duplicité d'action. Elles opèrent comme un miroir qui renverse l'objet tout en le retraçant fidèlement ; en effet , les violentes émotions des joueurs de tripot élèvent la passion au même degré de véhémence où s'élèveront les intrigues industrielles de l'harmonie, qui stimuleront plus vivement que nos fêtes civilisées; et de même la docilité, l'unité passionnée d'une réunion de cour pour les manières dites bon ton, malgré la gêne qui y est atlachée, celte déférence mutuelle, est l'image de l'accord unitaire des harmoniens pour la distribution judicieuse des relations industrielles, aussi utiles que les momeries d'étiquette sont superflues.
Un détail très-intéressant dans l'analyse de ces caractères, que je nomme répercutés ou récurrents ( nom que leur donne Hora est de distinguer leur engrenage, discerner à quelle période sociale ils sont empruntés.
S'il est vrai, selon les philosophes, que tout est lié dans le tème de l'univers \\ 4), chacune des neuf périodes sociales, mentionnées à l'avant-propos, doit se lier aux autres par certains caractères empruntés des périodes supérieures ou inférieures, el formant engrenage de son système dans ces périodes. Athènes, quoique société civilisée, engrenait dans la société barbare, par l'esclavage des industrieux et par les cruautés exercées envers
fAJj H ff. — âNALYSf I>K LA ( !VIï.1S\TiO\.
eux. Xo! - onsen barbarie par le code militaire, coutume
pleinement barbare, quoique nécessaire. Le besoin et l'instinct forcent chaque période à emprunter- ainsi 1»
tème monétaire, tout opposé aux règles de la libre concurrence, est un emprunt sur la période S, Gahwti-mf. 00 l'on saurait organiser les fraies garanties B - dont la civilisation n'a aucune connaissance dan- s<s bavardages do liberté.
Les barbares mémos opèrent cet engrenage do omet franchissent la période civilisée pour aller emprunter, sur la période 6*", garant ismo, le caractère nommé parmi nous système monétaire, qui n'o-t qu'un rameau de la eoncnrreni lique
ou i. f .il EXGLU8IVE LO.f I HB-BALAWCÊE. La ci\ ilisation.
■. franchit de mémo le ^arantisme. 0° période, pour emprunter sur la 7r. BOGUirnSME, séries induslr. simples, une coutume
agénieuse; celle (' 3 enrôlais, qui est une véritable
série industrielle simple, opérant I0 en courtes séances, 9" en
âee parcellaire, 3° en écfaeHe compact - hrois
tilaana requises pour une série industrielle i h v h Tl . Répliquerai on qu en relais sont un usage de civili-
sation perfectible-, qu'elles sont donc partie intégrante et earac-
de civilisation'.' Non vraiment: la poste en relais est un ca-
re d'emprunt. d'en. - sur une période supérieure
Le Besoin dos gouvernements leur a - cotte méthode: l'ins-
tinct en a fait aisément l'invention: elle n'est pas moins un ca-
re ultra-civilisé, et qui prouve, ainsi que le régime des monnaies, que toute»1 que B - M de bon en civilisation o>t étranger à cotte - îent d'engrenages ou carael
empruntas sur des 5. La méthode ci-,
consisterai! i iturer avec tes mêmes chevaux qui, pour
vous conduire de Pari- a l ron, emploieraient doux cents heures au morns, tandis que la poste vous y mène en 13 heures. I quadruple bénéfice de temps: si la posté est plus coûteuse, cela tient aux la unes industrielles du régime civilisé. La poste, en harmonie, coûtera bien moin- que le voyage à mêmes chevaux ; mais
en relais non- donne déjà tar teleaspa, une économie do quadrupli la propi nérafed<
industrielles de donner quadruple bénéfice, en tout parallèle i?ec l'industrie civilisée.
A quelle branche de passion S he celte inventif . .
po-te en relais, qui n'était pas connue des anciens" Elle tient a
l'ambition et au tact; à l'ambition, yar impatience de célérité dans les entreprises et les relations; au tact, par impatience du dégoût causé par la voiture au pas. C'est donc, je l'ai dit plus haut, un effort de passions entravées sur quelque point, et qui se t'ont jour sur un autre point : c'est une répercussion ou récurrence de genre harmonique, puisqu'elle produit le bien; elle est subversive en quelques points, comme dans la coutume française de surcharger , forcer et crever les chevaux de poste , qui seront ménagés, en harmonie, plus que ne le sont aujourd'hui les petites maîtresses.
Le seul caractère de répercussion, nommé postes en relais, fournirait un ample chapitre, si je voulais l'analyser en plein. Que serait-ce d'une analyse de 100 caractères de répercussion dont j'ai le recueil ! Qu'on juge par là de l'énorme travail qu'exigerait une analyse de civilisation ! Voilà un seul ordre de caractères qui emploierait cent chapitres.
Sans ce triage des caractères, sans ce classement qui rapporte à chaque période ce qui lui appartient, on ne peut pas juger des progrès ou déclins sociaux. C'est faute de ce triage que les philosophes s'embrouillent à qui mieux mieux dans leurs opinions sur cette société: elle est 5e en échelle. Avance-t-elle, quand elle conserve des caractères d'échelon, n° 2e sauvage, 3e patriarcal, 4e barbare, dont elle devrait chercher à se dégager?
Loin de là, notre civilisation, dite perfectible, s'obstine à engrener en sauvagerie par déni de minimun, abandon des vieillards et des pauvres; vice pardonnable aux sauvages, parce que, dans les disettes, la horde n'a réellement pas de quoi alimenter celui qui ne chasse ni ne pèche : mais la civilisation est-elle recevable à dire qu'elle manque d'appro^sionnements? Aux caractères sauvages, elle en joint d'autres, empruntés de périodes patriarcales et barbares; tant qu'on ne distinguera pas ce mélange, il sera impossible de voir clair dans le dédale nommé civilisation.
Sur une liste d'environ cinquante caractères de répercussion harmonique, il en est très peu qui ne soient d'un vif intérêt, par la surprise et la confusion qu'ils exciteraient, en prouvant que la civilisation n'a de bon que ce qu'elle vole aux périodes supérieures, comme les caractères suivants qui sont autant de larcins, ou si l'on veut, des emprunts, des engrenages sur le mécanisme (Ljs garanties, Gr période.
1. L'unité scientifique, ou accord des sociétés savantes, malgré les
guerres et rivalités nationales.
2. La guerre mixte ou relations amicales, hors de combat, entre les
troupes belligérant* s, S. Les nuvr :ers artistes, figurant au théâtre en acteurs et choristes Di ig d'Italie, de Toulon