URSULE, L'AMIRAL, RAOUL
l'amiral, sortant du cabinet à gauche en tenant Raoul par la main.
Quoi ! C'est vous, mon brave et cher ami? J'en suis ravi, enchanté... (Bas à Ursule.) Comment diable ne me Tas-tu pas dit tout d'abord?... Et puisque c'est Raoul que décidément lu choisis...
URSULE
Pas encore, mon père.
L AMIRAL, stupéfait et avec colère.
Comment ! Encore un virement de bord?... Qu'est-ce que cela signifie ?
URSULE, avec émotion.
Que j'ai d'abord à reconnaître le dévouement et la loyauté
d'un galant homme. (Avec dignité, à Lamorinière.) Oui, mOUsieur,
l'aveu que vous venez de me faire peut diminuer votre fortune, mais elle augmente encore mon estime pour vous.
ROBERT, de même.
Et la mienne aussi, mon oncle.
LAMORINIÈRE, étonné.
Un pareil désintéressement...
URSULE
N'est pas, pour ma part, le seul sentiment qui me guide... J'ai aussi à me venger d'amis qui m'ont méconnue, outragée. (Avec douleur.) Hélène... Ah! c'est bien mal à toi... si tu m'avais dit hier la vérité... si, lorsque je t'ai interrogée, tu m'avais avoué franchement ce que Robert vient de m'apprendre... j'aurais rendu à Raoul sa parole.
HÉLÈNE et RAOUL, s'élançant près d'elle.
Il serait vrai !
URSULE
Et je vous aurais dit, ingrats, ce que je vous dis en ce moment : Puisque vous vous aimez tous deux, je vous unis... C'est là mon bonheur et ma vengeance.
HÉLÈNE et RAOUL.
0 ma noble, ô ma généreuse amiel...
ROBERT, à çart.
Bien joué... A elle les honneurs ! (S'approchant de Lamorinière.)
Merci, mon oncle, du service que vous me rendez. Me priver de votre fortune, c'est m'obliger à faire la mienne!
HÉLÈNE, vivement.
En partageant la nôtre! (Regardant Raoul.) N'est-ce pas?
LA FILLE DE TRENTE ANS
ROBERT
Non, ma pupille, en travaillant. Votre mari m'apprendra comment on s'y prend,
l'amiral.
Enfin, je pourrai me mettre en colère à mon aise; ma fille est mariée !
LA FRILEUSE