‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 2)Chapitre 108 sur 156 · IJ I{ A M K S · texte numérisé non relu

IJ I{ A M K S

GALAOK.

C'est bien moi.

CONRAD

Et de le conduire ici dans sa tente, où, en qualité d'aide de camp, je suis aujourd'hui de service, (a Kiumpp.) Avertissez Son Altesse.

(Kiumpp sort.)

GALAOR

Oià est donc le prince?

CONRAD

Ce mâtin seulement... et j'ignore pour quel motif, on a., à rimproviste, établi dans la plaine ce camp de manœuvres. Le prince est sorti pour le visiter... Il devait revenir, a-t-il dit, dans une demi-heure... mais, vous le connaissez!...

GALAOR

Fort peu... Depuis dix ans, j'ai quitté la cour.

CONRAD

Les études stratégiques l'absorbent beaucoup, et, si quelque théorie le préoccupe, il est capable de se laisser entraîner. En attendant, monsieur, c'est moi qui suis de garde dans sa tente, et si vous me permettez de vous en faire les honneurs... .

(Il lui avance une chaise près du feu.) m GALAOR, s'asseyant. m

Puis-je savoir quel est le jeune gentilhomme par qui je suis si gracieusement reçu?

CONRAD

Conrad d'Halberstadt, lieutenant.

GALAOR

D'Halberstadt! Un beau nom! Bonne et ancienne famille, célèbre dans notre duché de Brunswick ! Et, sans doute, une belle fortune ?

LA FRILEUSE

CONRAD

Orphelin depuis l'àgc de douze ans, je n'ai que la cape et l'épée, et, de plus, quatre sœurs à élever et h établir.

GALAOR

Miséricorde!

J'en viendrai à bout avec du courage, de la persévérance et de la conduite.

GALAOR

Si, pour arriver, vous n'avez pas d'autre bagage...

CONRAD

Que faut-il donc de plus?

GALAOR

Ah çà! moucher, d'où sortez-vous?

CONRAD

Je vous Tai dit, de ma province et du vieux château de mon père, où j'ai été élevé avec mes quatre sœurs.

GALAOR, riant.

Quatre sœurs! Vous vous trompez... je crois que vous étiez cinq! Apprenez qu'à la cour de Brunswick on n'arrive qu'en se débarrassant d'abord de toutes les vertus gênantes... la franchise, la conscience, les scrupules, etc., etc., et en les échangeant contre d'autres plus souples et plus productives.

CONRAD

Je ne croirai jamais cela, monsieur ; car la cour de la duchesse douairière Dorothée de Brunswick est, dit-on, la cour la plus morale de l'Europe.

GALAOR

La duchesse le prétend.

CONRAD

Et notre souveraine elle-même est d'une sévérité de principes...

238 ' COMÉDIES DRAMKS

GALAOR, se levant. I

Bégueule qui rappelle madame" de Maintenon ; tous les petits princes d'Allemagne voulaient plus ou moins jouer au Louis XIV. Le feu duc de Brunswick, ne pouvant l'imiter dans ses grandeurs, le copiait dans ses faiblesses, et croyait lui ressembler en se laissant mener par sa femme, qui avait changé sa cour en un oratoire, d'où les mauvais sujets, les séducteurs étaient exilés de droit. Vous comprenez que je fus de ce nombre.

CONRAD

Vous, monsieur?

GALA OR

Exil honorable, qui commença ma réputation en Europe ! J'avais hasardé alors ce que personne au monde n'eut osé; j'avais adressé une déclaration à ma terrible souveraine !

CONRAD, vivement.

Vous l'aimiez ?...

GALAOR

Allons donc! Moyen de parvenir! Audace qui pouvait me conduire à tout !

CONRAD

Et pourtant la duchesse vous a exilé?

GALAOR

A regret, j'en suis sûr! Il y a des témérités dont il faut bien qu'une femme se fâche... mais dont elle est désolée de se fâcher... Elle bannit le téméraire, mais jamais elle ne Toublie; aussi, elle devait tôt ou tard me rappeler, et c'est ce qu'elle a fait.

CONRAD

En vérité !

GALAOR

J'étais en France, où, depuis huit ou dix ans, j'avais achevé

LA FRILEUSE 239

de me former sous le duc de Richelieu, mon modèle et mon maître, lequel avait pris plaisir à greffer sur un fonds germanique Fétourderie et la rouerie françaises, lorsque survint la mort du duc de Brunswick, et, quelques mois après, son auguste veuve m'envoya l'invitation de revenir à la résidence.

CONRAD

Retour en faveur, qu'après tant d'années de disgrâce, VOUS avez reçu avec indifférence?

GALAOR, à demi-voix.

Avec ravissement! Quelque attrait que m'offrît la cour de France... là-bas, j'étais dans l'ombre... Ici, je brillerai... je serai le premier. Me voilà de nouveau en faveur, et la faveur du maître, voyez-vous... le sourire du maître, voire même la mauvaise humeur du maître, c'est quelque chose d'exceptionnel, de flatteur, d'enivrant, et plutôt que d'y renoncer, on serait capable de tout. .!'ai vu dans notre Allemagne, et je le comprends, de vieux seigneurs aux jambes octogénaires, courtisans héroïques, qui aimaient mieux mourir debout derrière le fauteuil du prince que de vivre assis chez eux.

^Klumpp paraît.)

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