‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 2)Chapitre 111 sur 156 · PREMIER OFFICIER · texte numérisé non relu

PREMIER OFFICIER

Lui? Il est, je crois, comme le prince ; il ne songe 'qu'à l'exercice !

TROISIÈME OFFICIER

Et à la stratégie I

GALAOR

Allons donc! Vous avez bien une maîtresse, pour le moins ?

CONRAD

Non, ma foi !

LA FRILEUSE

GALAOR

Pas possible ! Je vous en prêterai plutôt... vous me rendrez cela à loisir, quand vous serez en fonds.

(Rires.)

CONRAD

j\fonsieur ! . . .

GALAOR

A moins que vous n'ayez au cœur, ce qui tient lieu de lout... quelque passion... quelque grande passion!

CONRAD, souriant.

Eh bien, je ne dis pas le contraire... Une passion que je ne connais pas, et dont je ne sais pas le nom.

GALAOR

Du romanesque? Voyons, cela nous changera.

CONRAD

L'histoire ne sera pas longue. Le jour de mon arrivée à la résidence, la semaine dernière, j'étais à la sortie de l'Opéra, en grande tenue, avec une pelisse en fourrure, une belle pelisse toute neuve sur le bras. Devant moi, sous le vestibule, étaient deux dames, dont l'une me parut si johe, que je restai immobile à la regarder. Elles attendaient leur voiture, et je compris que leur chasseur, en courant la chercher, avait, dans sa précipitation, emporté avec lui leurs manteaux ; et ma belle inconnue, qui avait des épaules nues et charmantes, semblait grelotter ! Ces épaules si blanches me faisaient peine et pkisir à voir. J'y avais froid ! (mres.) Et malgré moi, sans le vouloir, par un mouvement plus prompt que ma pensée, je jetai ma pelisse !... Un regard foudroyant me fit comprendre l'inconvenance que je venais de commettre ; mais, il y avait sans doute dans mes yeux tant de repentir et de respect, que ce grand courroux s'apaisa soudiin... Un sourire gracieux, qui effleura ses lèvres, sembla dire : « Je pardonne ! » ei depuis longtemps la voiture avait disparu, que j'étais encore à la même place, ma pelisse à mes pieds et la tète nue...

COM EDI ES

GVLAOR.

Avec un rhume de cerveau !

CONRAD

Précisément ! (Rires.) Mais depuis huit jours, cette pehssc dont elle a été couverte un moment, me brûle et me donne la fièvre !

GALAOR

La robe de Nessus !

DEUXIÈME OFFICIER

Avec une candeur pareille, vous ne pouvez manquer de vous faire remarquer.

TROISIÈME OFFICIER

Et de trouver quelque bon parti.

Qui sait?... Notre auguste princesse est veuve !...

CONRAD

Monsieur ! C'est ma souveraine ! et, comme telle, je la respecte, je l'honore î...

GALAOR

Eh! mais, monsieur, vous le savez, je l'ai toujours adorée ; mais il y a, dit-on, à la cour de Son Altesse, des jeunes filles charmantes...

DEUXIÈME OFFICIER

Mademoiselle Marguerite de Waldeck, sa première demoiselle d'honneur.

TROISIÈME OFFICIER

Et surtout sa pupille, la belle Thécla, princesse de Wolfenbuttel.

QUATRIÈME OFFICIER

Riche héritière !

GALAOR

Délicieuse personne ; j'en sais quelque chose !

LA FRILEUSE

CONRAD

Monsieur, pas un mot sur celle-là !...

Ah çà 1 permettez donc ; vous n'avez pas de maîtresse, et VOUS êtes le chevalier de toutes les belles, depuis les plus respectables, jusqu'aux mineures de dix-huit ans î

CONRAD

Non, monsieur, mais la jeune princesse de Wollenbuttel était dans le même couvent que ma sœur aînée. C'est par elle, c'est à sa recommandation que mes autres sœurs y ont été placées.

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