‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 2)Chapitre 52 sur 156 · ÉLISE, EURYALE, JEANNE · texte numérisé non relu

ÉLISE, EURYALE, JEANNE

EURYALE, à la cantonade.

Non... non... je ne reste pas... et puisqu'il revient... je m'en vais.

JEANNE

Qu'est-ce donc ?

EURYALE

Ce marin, mon confrère... ce M. Melfort que je croyais parti, et avec qui je ne me soucie pas de me trouver, car il n'est pas comme les marins de Paris... pas aimable du tout I C'est tout au plus s'il connaît le monde ! Jugez-en, cousine. Après le dîner, je le rejoins dans le bosquet de lilas au bout du jardin, où il fumait le cigare avec deux ou trois jeunes gens... nos convives... Au moment où j'arrivais, on parlait de Dahbon, de ses soins, de sa galanterie, de sa tendresse continuelle pour sa femme, et je m'écriais : « Je le crois bien... je suis là pour empêcher qu'il ne se néglige... si cela lui arrivait jamais... les petits cousins sont les vengeurs de la société et des femmes outragées. » Ce qui fit beaucoup rire, et encouragé par le succès... je retraçais d'une manière spirituelle et piquante... l'heureuse position d'un jeune homme, ami de la maison,

RÊVES d'amour

entre deux femmes charmantes, telles que vous, mesdames... et je voyais circuler sur toutes les physionomies... un sourire aimable et malin... un sourire de bonne compagnie... excepté sur celle du jeune marin, du jeune Jean Bart qui, ne comprenant pas sans doute les plaisanteries de salon... fronçait le sourcil... et se permit d'un air moitié ironique, et moitié menaçant... quelques paroles dont je ne me rappelle pas le texte... mais dont le sens était qu'il me conseillait... c'était impayable!... de ne faire la cour à aucune de vous... attendu que l'une est la femme, et l'autre la sœur de son ami. . tirade chevaleresque qui, de l'avis même de la galerie, était de la dernière inconvenance... Aussi, sans kii répondre, je lui tournai les talons en fumant mon cigare.

JEANNE

Et vous eûtes raison.

EURYALE

N'est-ce pas ? (se tournant vers Élise.) Vous comprouez bien que je n'avais plus envie de rien devoir à ce monsieur, et moi qui venais pour lui remettre votre lettre de recommandation...

ELISE, rinterrompant.

Vous ne la lui avez pas donnée ?

EURYALE

Je m'en serais bien gardé ! je n'ai pas besoin de lui ! Restons chacun dans notre élément !

JEANNE

De sorte que vous l'avez encore?

EURYALE, moatrant la poche de son habit.

Elle est là...

ÉLISE

Ah ! mon cousin...

JEANNE

Ah! monsieur...

KLISE.

Que vous êtes bon !

JEANNE

Que vous êtes aimable !

ÉLISE

Et cette lettre...

Qui devient inutile...

ÉLISE

Celte lettre... de grâce.

EURYALE

Vous y tenez donc beaucoup?...

JEANNE

Pour la déchirer...

EURYALE

Permettez... j'ai tant de papiers... de factures do tous vos fournisseurs...

(il tire de sa poche plusieurs lettres qu'il parcourt.) JEANNE, bas, à Élise.

Nous sommes sauvées... plus de preuves de ta main...

ÉLISE

Mais l'autre lettre... la sienne... et surtout la promesse que j'ai faite à mon mari... de tout lui avouer.

JEANNE

Ah ! voilà le mal...

ÉLISE, regardant à droite.

Je tremble «à chaque instant de le voir arriver.

EURYALE, lui remettant la lettre.

La voici...

Y a-t-il encore beaucoup de monde au salon ?

RÊVES d'amour

EURYALE

Il n'est que neuf heures. Le sous-préfet a accaparé votre frère dans un coin... une affaire administrative qui les retiendra longtemps.

JEANNE

Tant mieux !

ÉLISE

Et vous êtes sorti...

EURYALE

Parce que ce monsieur entrait... je ne peux pas le voir...

et dès qu'il est quelque part... ^A part en voyant entrer Melfort.)

Encore !

Page 1