ÉLISE, EURYALE, JEANNE
EURYALE, à la cantonade.
Non... non... je ne reste pas... et puisqu'il revient... je m'en vais.
JEANNE
Qu'est-ce donc ?
EURYALE
Ce marin, mon confrère... ce M. Melfort que je croyais parti, et avec qui je ne me soucie pas de me trouver, car il n'est pas comme les marins de Paris... pas aimable du tout I C'est tout au plus s'il connaît le monde ! Jugez-en, cousine. Après le dîner, je le rejoins dans le bosquet de lilas au bout du jardin, où il fumait le cigare avec deux ou trois jeunes gens... nos convives... Au moment où j'arrivais, on parlait de Dahbon, de ses soins, de sa galanterie, de sa tendresse continuelle pour sa femme, et je m'écriais : « Je le crois bien... je suis là pour empêcher qu'il ne se néglige... si cela lui arrivait jamais... les petits cousins sont les vengeurs de la société et des femmes outragées. » Ce qui fit beaucoup rire, et encouragé par le succès... je retraçais d'une manière spirituelle et piquante... l'heureuse position d'un jeune homme, ami de la maison,
RÊVES d'amour
entre deux femmes charmantes, telles que vous, mesdames... et je voyais circuler sur toutes les physionomies... un sourire aimable et malin... un sourire de bonne compagnie... excepté sur celle du jeune marin, du jeune Jean Bart qui, ne comprenant pas sans doute les plaisanteries de salon... fronçait le sourcil... et se permit d'un air moitié ironique, et moitié menaçant... quelques paroles dont je ne me rappelle pas le texte... mais dont le sens était qu'il me conseillait... c'était impayable!... de ne faire la cour à aucune de vous... attendu que l'une est la femme, et l'autre la sœur de son ami. . tirade chevaleresque qui, de l'avis même de la galerie, était de la dernière inconvenance... Aussi, sans kii répondre, je lui tournai les talons en fumant mon cigare.
JEANNE
Et vous eûtes raison.
EURYALE
N'est-ce pas ? (se tournant vers Élise.) Vous comprouez bien que je n'avais plus envie de rien devoir à ce monsieur, et moi qui venais pour lui remettre votre lettre de recommandation...
ELISE, rinterrompant.
Vous ne la lui avez pas donnée ?
EURYALE
Je m'en serais bien gardé ! je n'ai pas besoin de lui ! Restons chacun dans notre élément !
JEANNE
De sorte que vous l'avez encore?
EURYALE, moatrant la poche de son habit.
Elle est là...
ÉLISE
Ah ! mon cousin...
JEANNE
Ah! monsieur...
KLISE.
Que vous êtes bon !
JEANNE
Que vous êtes aimable !
ÉLISE
Et cette lettre...
Qui devient inutile...
ÉLISE
Celte lettre... de grâce.
EURYALE
Vous y tenez donc beaucoup?...
JEANNE
Pour la déchirer...
EURYALE
Permettez... j'ai tant de papiers... de factures do tous vos fournisseurs...
(il tire de sa poche plusieurs lettres qu'il parcourt.) JEANNE, bas, à Élise.
Nous sommes sauvées... plus de preuves de ta main...
ÉLISE
Mais l'autre lettre... la sienne... et surtout la promesse que j'ai faite à mon mari... de tout lui avouer.
JEANNE
Ah ! voilà le mal...
ÉLISE, regardant à droite.
Je tremble «à chaque instant de le voir arriver.
EURYALE, lui remettant la lettre.
La voici...
Y a-t-il encore beaucoup de monde au salon ?
RÊVES d'amour
EURYALE
Il n'est que neuf heures. Le sous-préfet a accaparé votre frère dans un coin... une affaire administrative qui les retiendra longtemps.
JEANNE
Tant mieux !
ÉLISE
Et vous êtes sorti...
EURYALE
Parce que ce monsieur entrait... je ne peux pas le voir...
et dès qu'il est quelque part... ^A part en voyant entrer Melfort.)
Encore !