‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 2)Chapitre 57 sur 156 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Un arpenteur parait à une porte du fond ; ROBERT et RâOUL entrent par le fond, à droite.

ROBERT

Raoul, mon ami Raoul aux eaux de Plombières!

RAOUL, à l'arpenteur.

Placez toujours les jalons, et dès que le tracé sera indiqué, revenez m'avertir.

'^L'arpenteur s'éloigne.)

ROBERT, déclamant.

Qui m'eût dit qu'un rivage, au plaisir si funeste, Présenterait d'abord...

(changeant de ton.) Je l'épargne le reste.

Quelle chance de te rencontrer ainsi au débotté! J'arrive di Paris.

RAOUL

Et moi, je viens de faire une tournée dans les Vosges.

ROBERT

Depuis le jour oii nous sommes sortis de l'École polytechnique, toi, le premier, moi... un peu moins que le dernier, Irait sec ! qu es-tu devenu?

RAOUL

Ingénieur de seconde classe. Et toi ?

ROBERT

Je suis toujours la même carrière. Je ne fais rien! Ne ris pas; celui qui ne fait rien... à Paris, est furieusement occupé !

(il va s'asseoir à droite sur le canapé.} RAOUL, près du canapé.

Eh bien ! moi, j'ai parcouru l'Océan et la Méditerranée. On m'a envoyé en Amérique et en Ègypte étudier l'isthme de Panama et l'isthme de Suez; aujourd'hui je viens pour inspecter des travaux considérables à Plombières; demain, je fais mon rapport, et, après-demain, je pars en mission pour l'Angleterre.

ROBERT, s'asseyant près de Raoul.

Quelle vie accidentée !

RAOUL

Oui... je n'ai pas le temps de m'ennuyer.

ROBERT

Tu es bien heureux. Moi, je suis accablé de plaisirs.

LA FILLE DE TRENTE ANS

RAOUL

Ce n'est pas comme autrefois... à Técole.

ROBERT

Quand nous sortions ensemble le dimanche et le mercredi, chez notre correspondant, le vice-amiral de Ligny. Quel brave homme ! 11 se mettait toujours dans des colères épouvantables. C'était nécessaire à sa santé.

RAOUL

Ce qui ne nous empêchait pas d'aller chez lui, si assidûment, que nous finîmes par nous avouer loyalement...

ROBERT

Que nous aimions tous les deux sa fille, la belle Ursule.

RAOUL

Et je n'oublierai jamais que, pour moi, tu voulais y renoncer.

ROBERT

C'était tout simple. Je Taimais modérément, et toi tu l'aimais avec passion.

RAOUL

C'est vrai! Heureusement elle nous mit d'accord en nous refusant tous les deux. Ah ! j'ai eu de la peine à me consoler... Et toi?

ROBERT

Je n'ai fait que cela.

RAOUL

Moi, je croyais, de bonne foi, que jamais je ne l'oublierais.

ROBERT

Et il s'est trouvé, un beau matin, c'est toujours ainsi, que tu en aimais deux ou trois autres ?

RAOUL

Non pas ! une seule...

ROBERT

Ce n'est pas prudent! On ne sait pas ce qui peut arriver. Et les nouvelles amours?

(So lovant. j

RAOUL, se levnnt oussi.

N'en parlons pas ! Il est telle personne dont la fortune ou le rang est si élevé, qu'on rougirait i)rcsque d'avouer ses espérances.

ROBERT

Ah I mon Dieu!... est-ce que tu serais épris, par hasard, de quelque grande dame... de quelque princesse?

RAOUL

A peu près !

ROBERT

Tant pisi Leur cœur ne se donne qu'après vérification de titres. Tu n'es pas assez armorié pour elles ! (Apercevant l'arpenteur.) Ticus! tcs jalons sont plantés. On vient te chercher. J'espère bien que nous nous verrons encore avant ton départ.

(ils remontent.)

RAOUL

Où demeures-tu ?

ROBERT

Rue... il n'y en a qu'une.,, au Lion-d'Or»

RAOUL

Nous dînerons ensemble, j'irai te prendre.

ROBERT

Mais non, c'est impossible! J'ai à causer aujourd'hui avec mon oncle... d\ine affaire importante.

RAOUL

Ton oncle Lamorinicrc, ton onclo le milhonnaire?

ROBERT

Oui, j'ai su qu'il était à Plombières. 11 vient y chercher la

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fontaine de Jouvence, et rétablir, pendant l'été, sa santé endommagée par les fatigues de l'hiver.

RAOUL

Eh bien ! Nous dînerons avec lui, à six heures. Je vous invite.

ROBERT

C'est dit. (Raoul sort parle fond, à gauche. Robert s'assied à droite.)

Tiens ! mon oncle !

(Lamorinière entre par le fond, à droite.)

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