SCÈNE m
URSULE, entrant par la gauche ; LAMORINIÈRE et ROBERT
dans le jardin nu fond.
URSULE, avec agitation.
Madame ! madame ! C'est la première fois qu'on m'a appelée ainsi ! C'est bien à moi que le marchand a adressé ce mot ! J'étais seule dans sa boutique, par bonheur... et personne ne l'a entendu ; mais on pouvait l'entendre. Il n'y a plus moyen de ditïérer ; il est temps... il est temps ! M'entendre nommer madame, et de bonne foi, et par quelqu'un qui croyait me faire honneur! Ah! j'étais furieuse ; je le
SUIS encore ! (Apercevant M. de Lamorinière et Robert, qui rentrent par la porte du fond à gauche, et prenant un ton doucereux.) Ail !
monsieur de Lamorinière ! Eh ! je ne me trompe pas ! son neveu, notre ami d'enfance, monsieur Robert... Ah! je suis dans un jour heureux.
ROBERT
Je suis bien coupable, d'aller si rarement vous voir à Paris.
URSULE
Taisez-vous ! Taisez-vous ! Je n'ai jamais le temps de gronder mes amis. Absents, je les défends, et présents je leur pardonne.
ROBERT
Qu'est-ce que je vous disais, mon oncle ! Toujours la même, toujours charmante !
COMEDI ES
LAMORINIÈRE.
Est-ce que je te disais le contraire ?
URSULE
Mais qu'est-ce qui vous amène aux eaux? Seriez-vous malade, souffrant?...
ROBERT
Non, vraiment.
(U remonte un peu au fond.j LAMORINIÈRE, prenant Ursule à part.
C'est moi qui l'ai engage à venir, pour une importante affaire, où j'aurai besoin de la protection de votre père et de la vôtre... de la vôtre surtout.
URSULE
La mienne?... C'est accordé. Parlez vite.
LAMORINIÈRE.
Plus tard. . . (a demi-voix, jetant un coup d'œil sur Robert.) quand
il ne sera pas là.
URSULE
Eh, mon Dieu ! Quel air mystérieux ! (voyant Lamoriaière, qui lui offre une boite de i)onbons.) Et quelle galanterie!
LAMORINIÈRE.
Mon tribut ordinaire.
URSULE
Toujours des douceurs, monsieur de Lamorinière ! Je fais, grâce à vous, provision de pastilles.
LAMORINIÈRE, bas à Robert.
Viens, suis-moi, c'est Theure de mon bain. Je t'expliquerai en route mes combinaisons et mes espérances matrimoniales.
(tous les deux sortent après avoir salué Ursule, qui leur rend une rêvérence gracieuse.)
LA FILLE DE TRENTE ANS