HÉLÈNE, URSULE
HÉLÈNE, se laissant tomber sur la causeuse.
Ah ! le courage me manque 1
URSULE
Allons donc... y penses-tu? Est-ce que Robert ne te plaît pas?
HÉLÈNE
Je ne dis pas cela... j'étais si en colère que, dans le premier moment, je ne sais pas qui j'aurais épousé ; ne fût-ce que pour prouver à M. Raoul... que je n'avais jamais pensé à lui...
URSULE
Robert n'cst-il pas charmant pour toi ?
HÉLÈNE
Eh ! mon Dieu, oui... par malheur... Il est si aimable, si complaisant qu'il cherche à me faire rire quand j'ai envie de pleurer. Il se doute, j'en suis sûre, que je ne suis pas heureuse ; car l'autre jour encore il me disait avec un regard triste mais plein d'amitié : « Ma future, j'ai idée que vous aimeriez mieux être ma sœur. »
URSULE
Il a dit cela !
HÉLÈNE
Et le plus étonnant, c'est qu'il a dit juste. Oh! oui, j'aimerais à l'avoir pour frère ; je lui confierais toutes mes peines ! car, plus le moment approche, et plus j'hésite... et plus je pense... à l'autre.
URSULE
Il ne faut pas.
HÉLÈNE
Je le sens bien ! Heureusement, il est loin... car s'il était là... si je le voyais... tout mon courage m'abandonnerait.
URSULE
Allons, allons, quel enfantillage ! Voici ces messieurs. SCÈNE VII.
HÉLÈNE, URSULE, L'AMIRAL, entrant par le fond, appuyé sur le bras de ROBERT; puis LAMORINIERE.
l'amiral, brusquement.
Merci, monsieur, merci ! (s'adressant à Ursule.) J'aurais trèsbien monté l'escalier sans bras. Je n'ai pas encore besoin, grâce au ciel, d'être remorqué.
LA FILLE DE TRENTE ANS
URSULE, faisant asseoir l'amiral sur la causeuse.
Voyez, mon père, comme vous êtes difficile à obliger ; vous lui en voulez presque du service qu'il vous a rendu.
l'amiral, avec humeur.
Moi!
LAMORINIERE, entrant par la gauche, s'adressant à Robert qui s'est approché de lui, et lui remettant un papier.
Je viens de congédier M. Benjamin Rochat.
URSULE, se retournant.
Qu'est-ce donc ?
LAMORTNIÈRE.
Mon cadeau de noce... fD' un air galant.) qUC j 'offre à mon neveu. Ma belle alliée me permettra-t-elle aussi de lui offrir..,
URSULE, souriant.
Votre tribut ordinaire... la boîte de pastilles?
LAMORINIERE, avec intention.
Que je vous recommande aujourd'hui spécialement.
URSULE, mettant la boîte dans sa poche, tout en regardant Lamorinière.
Pourquoi donc ?
(Pendant ce jeu de scène, Robert a conduit à la cheminée Hélène, qui était près du bureau ; Mélanie est entrée par la gauche, et a parlé bas à Robert.)
ROBERT
Mon oncle, M. le notaire nous attend au salon.
LAMORINIERE, à l'amiral.
Je n'ai rien à redire à vos intentions, le régime de la communauté est celui qui convient le mieux.
ROBERT
Permettez... ce n'est pas mon avis!
l'amiral.
Comment?
ROBERT
J'entendais... je l'avais dit formellement à mon oncle, que mademoiselle fût mariée sous le régime dotal.
LAMORINIÈRE.
Ce n'était pas possible. Il n'entend rien aux affaires... un régime qui ne permet seulement pas au mari de toucher à la dot de sa femme.
ROBERT
Précisément 1 J'ai mes raisons...
LAMORINIÈRE, bas à Robert.
Imbécile ! . . . trois millions.
ROBERT, de même.
Mon oncle Satan... taisez-vous! Trois millions dans mes mains... ça brûle... ça brûle... (Haut.) Non! Pas de communauté ! et si monsieur l'amiral est de mon avis...
Parfaitement.
LAMORINIÈRE.
Mais alors... c'est un contrat à refaire.
ROBERT
M. le notaire voudra bien le rédiger à nouveau.
URSULE, s'asseyant à droite.
Sera-ce bien long ?
LAMORINIÈRE.
On ne vous appellera, mademoiselle, que pour la lecture.
(Robert offre la main à Hélène, et passe avec elle dans le salon à gaucho, avec l'amiral. Lamorinière s'apprête â les suivre. Mélanio entre rapidement par le fond et le retient.)
LA FILLE DE TRENTE ANS