‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 3)Chapitre 25 sur 142 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

MONTRIGHARD, LÉONIE.

LÉONIE, l'apercevant.

Pardonnez-moi, monsieur le baron... je croyais ma tante dans ce salon, je venais...

MONTRIGHARD.

Elle sort à l'instant, mademoiselle, mais je serais bien malheureux si son absence me faisait traiter par vous en en* nemi !

LÉONIE

Moi, vous traiter en ennemi î comment, monsieur?...

MONTRIGHARD.

En vous éloignant... Mon Dieu! je conçois votre défiance.;.

BATAILLE DE DAMES

LÉONIE

Ma défiance?

MONTRIGHARD.

Sans doute, vous croyez que je viens ici pour vous ravir quelqu'un qui vous est cher !

LÉONIE, à part.

Il veut me sonder, mais je vais être fine... (Haut.) Je ne sais pas ce que vous voulez dire, monsieur.

Ce que je veux dire est bien simple, mademoiselle. Il y a une heure, quand vous m'avez vu arriver ici... suivi d'hommes armés... vous avez dû me prendre pour votre adversaire. Je l'étais en effet, puisque je croyais M. de Flavigneul dans ce château, et que je venais pour l'arrêter... mais maintenant tout est changé !

LÉONIE

Comment ?

MONTRIGHARD.

Je sais... j'ai la certitude que M. de Flavigneul n'est pas ici. *

LÉONIE

Ah!

MONTRIGHARD.

Et je pars!

LÉONIE, vivement.

Tout de suite ?

MONTRIGHARD, souriant.

Tout de suite !... tout de suite!... Savez-vous, mademoiselle, que votre empressement pourrait me donner des soupçons...

LÉONIE, commençant à se troubler.

Comment, monsieur?

Certainement ! à vous voir si heureuse de mon départ... je pourrais croire que je me suis trompé... et que M. de Flavigneul est encore ici...

LÉONIE, avec agitation.

Moi, heureuse de votre départ ! au contraire, monsieur le baron ; et certainement si nous pouvions vous retenir longtemps, très-longtemps...

MONTRICHARD, souriant.

Permettez, mademoiselle, voilà que vous tombez dans l'excès contraire! Tout à l'heure, vous me renvoyiez un peu trop vite, maintenant vous voulez me garder un peu trop longtemps... ce qui, pour un homme soupçonneux, pourrait bien indiquer la même chose...

LÉONIE, avec trouble.

Je ne comprends pas... monsieur le baron.

MONTRICHARD, souriant.

Calmez-vous, mademoiselle, calmez-vous! ce sont là de pures suppositions... car je suis certain que M. de Flavigneul n'est pas ou n'est plus dans ce château.

LÉONIE

Et vous avez bien raison !

MONTRICHARD

Aussi, par pure formahté, et pour acquit de conscience... (Souriant.) je ne veux pas avoir dérangé tout un escadron pour rien... (L'observant.) je vais faire fouiller les bois environnants par les dragons.

LÉONIE, tranquillement.

Faites, monsieur le baron.

MONTRICHARD, à part.

Il n'est pas dans les bois... (a Léonie.) Visiter les combles, les placards, les cheminées du château...

BATAILLE DE DAMES

LÉONIE, de même.

C'est votre devoir, monsieur le baron.

MONTRICHARD, à part.

Il n'est pas caché dans le château!... (a Léonîe.) Enfin, interroger, examiner, car il y a aussi les déguisements... (Léonie fait un mouvement. A part.) Elle tressaille!... (Haut.) Interroger donc, toujours par pur scrupule de conscience... les garçons de ferme... (a part.) Elle est calme ! (a Léonie et l'observant.) Lcs hommes de peine, les domestiques... (a part.) Elle a tremblé. (Haut.) Et enfin... ces formahtés remphes, je partirai avec regret, puisque je vous quitte, mesdames, mais heureux cependant de ne pas être forcé d'accomplir ici mon pénible devoir...

LÉONIE, avec agitation.

Comment, monsieur le baron, quel devoir?

MONTRICHARD

Mais, vous ne l'ignorez pas, M. de Flavigneul est militaire, et je devrais l'envoyer devant un conseil de guerre.

LÉONIE, éperdue.

Un conseil de guerre!... mais c'est la mort!...

MONTRICHARD

La mort... non; mais une peine rigoureuse!

C'est la mort, vous dis-je !... vous n'osez me l'avouer! mais j'en suis certaine!... La mort pour lui! oh! monsieur, monsieur, je tombe à vos genoux! grâce!... il a vingt-cinq ans ! il a une mère qui mourra s'il meurt ! il a des amis qui ne vivent que de sa vie! grâce !... il n'est pas coupable, il n'a pas conspiré... il me Fa dit lui-même... ne le condamnez pas, monsieur, ne le condamnez pas!...*

MONTRICHARD, à Léonie.

Pauvre enfant! (a part.) Après tout, c'est mon devoir. (Haut.) Prenez garde, mademoiselle... vous me parlez comme s'il était en mon pouvoir!..* Il est donc ici?...

LÉONIE, au comble de l'angoisse.

Ici!.-, je n'ai pas dit...

MONTRICHARD

Non, mais quand j'ai parlé d'interroger les domestiques du château, vous avez pâli...

LÉONIE

Moil...

MONTRICHARD

Vous vous êtes écriée : Il me l'a dit lui-même!...

LÉONIE

Moi!...

MONTRICHARD

A l'instant, vous me disiez : Ne l'arrêtez pas!...

(Apercevant Henri qui entre, elle pousse un cri terrible et reste éperdue, la tête dans ses deux mains.)

HENRI, à ce cri et apercevant Montrichard, va à lui et vivement à voix

basse.

Je suis sur la trace!

MONTRICHARD, bas.

Et moi aussi.

HENRI

Il est dans le château.

MONTRICHARD

Je viens de l'apprendre.

HENRI

Sous un déguisement.

MONTRICHARD, bas.

Bravo ! (voyant que Léonie a relevé la tèle et le regarde.) Silence !... (S'approchant de Léonie.) Je VOUS VOis si émuC, si

troublée, mademoiselle, que je craindrais que ma présence

BATAILLE DEDAMES Gl

ne devînt importune... Je me retire... (a Henri, en s'éioîgnant.) Veille toujours, et qu'il ne sorte pas d'ici.

HENRI, bas.

Il n'en sortira pas... tant que j'y serai!...

MONT RICHARD

Bien!

(Montrichard sort.)

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