SCÈNE X
Les mêmes ; LA COMTESSE.
LA COMTESSE, entrant vivement par la droite et s'adressant à Montrichard.
Eh bien, monsieur... je suis d^une inquiétude...
MONTRICHARD
Rassurez-vous!... J'en étais sûr... M. de Flavigneul, qui peut se sauver d'un mot... est prêt à nous révéler...
LA COMTESSE, avec effroi, se tournant vers de Grignon.
Quoi?... qu'est-ce donc?... qu'a vez-vous à révéler?...
DE GRIGNON, vivement.
Moi!... rien!... absolument rien ! (a part.) Quand elle est là, je n'ose plus avoir peur.
MONTRICHARD
Mais vous vouliez tout à l'heure me déclarer...
DE GRIGNON, fièrement.
Que je n'avais rien à vous dire.
LA COMTESSE, lui serrant la main et à part.
Bravo I...
MONTRICHARD, à la comtesse.
Mais dites*lui donc, madame, dites-lui vous-même, qu'il se perd de gaieté de cœur...
LA COMTESSE, bas, à Montrichard.
Vous avez raison... laissez-moi quelques instants avec lui... et je le déciderai. .i moi !...
BATAILLE DE DAMES
DE GRIGNON, à part et la regardant.
Quand je la regarde, il me semble que Tâme de ma mère rentre en moi !...
LA COMTESSE, à Montrichard, regardant toujours de Grîgnon.
Oui... oui... j'ai de l'ascendant sur son esprit, il ne me résistera pas !
MONTRICHARD
Soit... mais hâtez-vous I je ne puis vous donner que jus- (ju'à l'arrivée du président de la cour prévôtale... que nous attendons.
LA COMTESSE
Et pourquoi ?
MONTRICHARD, à demi-voix.
Dispensez-moi de vous le dire !
LA COMTESSE
Pourquoi ?
MONTRICHARD, à voix basse.
Sa présence est nécessaire pour constater que le jugement a été bien et dûment...
LA COMTESSE, lui serrant la main.
Silence !
MONTRICHARD
Vous comprenez?...
LA COMTESSE
Très-bien I
MONTRICHARD, à de Grîgnon.
Je vous laisse avec madame ; elle aura sur vous, je l'espère, plus de pouvoir que moi. Écoutez la voix d'une amie.
(Montrichard sort par le fond, et l'on voit des dragons en sentinelle aux quels il donne des ordres.)