‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 3)Chapitre 61 sur 142 · MON K T 0 I L K · texte numérisé non relu

MON K T 0 I L K

n'/VNCEXIS, riant.

Elle a raison... le mal est fait!... Il est lire... il faut... (ii

boit, puis se frappant le front.) C'est vrai!... mais on n'a plus besoin de sa tête dès qu'on a délibéré... et pris son parti !... parti... qui aurait fait hésiter tout autre que moi... (se versantà Loire.) Car enfm... abdiquer le célibat, les amours... les bonnes

fortunes... (Buvant et parlant avec plus de vivacité.) c'est COmmC

qui dirait... renoncer au Champagne... pour se vouer à l'eau claire... Mais après tout, si on a un bon ménage... une jolie femme... une compagne douce et bonne... et la mienne... C'est là la question... (Buvant.) J'aurais peut-être dû, avant

d'écrire, aller aux informations... (Gaiement et apercevant Josseline, qui rentre apportant du dessert qu'elle va poser sur le bureau.) Si

j'interrogeais la petite?

JOSSELINE, s'avançant.

Monsieur?...

d'ANCENIS, s'arrêtant.

Non, rien... (a part.) Quelle idée! S'adresser à une servante !... Et d'ailleurs, en fait d'informations, personne ne pourrait m'en donner de meilleures et de plus exactes que mon ancien camarade, ce cher Paimpol... qui ne se doutait pas, alors, ni moi non plus... que j'allais changer l'état transitoire de voyageur... contre le poste fixe et sédentaire de Thyménée... Lui qui est du pays... lui qui, tous les jours, vient ici, en voisin, doit connaître, mieux que qui que ce soit, la personne... et il m'a dit, ce cher ami... qu'est-ce

qu'il m'a dit?... (S'adressant à Josseline.) Petite?

(Pendant que d'Ancenis a dit son monologue, Josseline a rangé son des- . sert sur le bureau; mais voyant que l'écritoîre la gêne, elle la porte sur la cheminée auprès de laquelle elle se trouve quand d'Ancenis l'appelle.)

JOSSELINE, s'avançant.

De quoi, monsieur?

D ANCENIS, avec plus de vivacité et d'entrain.

Le diable m'emporte si je m'en souviens... Ah! oui! c'est

bien! je me rappelle... je n'ai plus besoin de loi... Il m'a dit : que pour jolie... elle ne l'était pas... mais qu'en revancbe elle était douée d'un caractère qui promettait peu d'agrément... (Riant.) de sorte que, pour éteindre un procès... j'en aurai un chaque jour dans mon ménage... les querelles, les disputes... et ma liberté perdue!

JOSSELINE

Monsieur ne boit plus ?

d'aNCENIS, avec impatîen'-e.

Eh non ! (josseline sort emportant quelques assiettes.) Et jC VOUS

demande pourquoi... puisque je suis libre encore et que rien ne m'y force... je ne dirais pas franchement... (se levant et

allant à la cheminée sur laqueUe il écrit.) « MoU cllCr OUClC, aprèS

« une mûre délibération... je vous déclare avec regret que «je ne me sens aucune disposition pour le mariage... » (s'interrompant.) G'cst adroit et délicat en même temps... parce que de cette manière... ce n'est pas sa fille... c'est le mariage que je refuse.

(pliant et cachetant la lettre.) JOSSELINE, s'approchant de lui.

Monsieur ne mange plus?

d'ancenis.

J'ai fini ! Ote-moi ce déjeuner.

josseline.

Oui, monsieur! Et votre café?...

(Elle enlève le plateau. Pendant ce temps d'Ancenis se lève tenant à la main la lettre qu'il vient d'écrire.)

d'ancenis, marchant.

Comme tu voudras!... (Quittant la cheminée et marchant vers le

bureau en riant.) G'cst aiusi qu'il faut agir!... prendre son parti bravement, sur-le-champ... c'est mon usage... je ne suis pas comme M. de Paimpol...

JOSSELINE, apportant le café, qu'elle place sur la table à droite.

Voilà, monsieur.

MON ÉTOILE

d'ancenis.

Très-bien !... Je n'hésite jamais !... (Apercevant sur le bureau la

lettre qu'il y a laissée.) Si Vraiment !... j'avais oublié cette lettre,., et les raisons qu'elle renferme... la satisfaction que cette alliance... causerait à mon père... oui... Mais de l'autre côté... le peu d'agrément qu'elle me donnerait... cela devient

embarrassant... (Tenant une lettre de chaque main.) et me VOici,

- comme le philosophe ancien dont je parlais ce matin, l'àne de Buridan, ne sachant plus que résoudre, ni quelle route choisir!... Prendrai-je à droite... ou à gauche?... à gauche ou à droite?... A qui m'en rapporter?... Parbleu! à mon

étoile!... (Regardant Josseline.) Petite?

JOSSELINEj sans cesser de desservir.

Qu'est-ce, monsieur?...

b'ancenis.

Dis-moi un peu, as- tu du bonheur?

josseline.

d'ancenis.

As-tu la main heureuse?...

JOSSELINE

Dame... je n'ai qu'un amoureux... mais c'est le plus gentil et le plus riche de l'endroit.

d'ancenis.

Très-bien !

josseline.

C'est Pierre Poternic... vous savez? le fils du meunier... nous nous marions (Umanche.

d'ancenis.

A merveille!

JOSSKtîNE.

Par exemple, je suis forcée de vous avouer qu'il a un défaut... il est jaloux comme un tigre,

(Elle a replacé sur le guéridon le métier A broder.^

d'ancenis.

Ça m'est égal...

JOSSELINE, passant à droite et portant le plateau sur le bureau.

A moi aussi dans ce moment ! mais plus tard...

Ça peut devenir gênant!... Ça te regarde !... Écoute! (josseiine s'approche de lui.) Je te ferai mou cadcau de noce... un beau cadeau!... (josseiine fait la révérence.) à condition que tu vas me rendre un service...

JOSSELINE

Tout de suite, monsieur!... d'autant que Pierre n'est pas là... voyons...

D ANGENIS, lui présentant les deux lettres qu'il tient dans une seule main.

Voici deux lettres... deux lettres, entends-tu bien? (se

retournant.) Qui vicut là?... (a demi-voix à Josseline.) MctS-lcS

dans ta poche...

( Josseline met les deux lettres dans la poclie de son tablier.)

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