D'ANCENIS, KERBENNEC, HORTENSE, PAIMPOL, JOSSELINE
kerbennec, froidement, à Horfense.
Tu n'as pas de commission, ni de lettres pour Paris, ma chère enfant?
HORTENSE
Non, mon père...
kerbennec.
C'est que je tais partir à l'instant un de mes gens à che*
val,
H0UTENSE.
Qu'y a4-il donc de si pressé?
KERBENNEC.
Je veux envoyer, sans plus attendre, et par le courrier de ce soir, mon pourvoi en cassation dont je viens de rédiger moi môme le projet...
HORTENSE
Quoi, mon père... cet éternel procès?...
KERBENNEC.
Va recommencer plus chaudement que jamais, je m'en flatte... M. Edouard, que je ne retiens plus, peut Tannoncer à son père...
HORTENSE, à demi-voix.
Congédier ainsi votre neveu !...
PAIMPOL, à part.
Décidément le cousin est distancé.
HORTENSE
Qu'a-t-il fait?... que lui reprochez-vous?
KERBENNEC.
Ce qu'il a fait?... Tiens, et pour que tune sois plus tentée de prendre sa défense... lis !...
(Il remet toute pliée et dans la main droite d'IIortense la lettre qu'il a reçue de d'Ancenis; puis, passant derrière sa fiUe, il va causer avec Paimpol. Hortense a piis la let;re et l'a mis3, de la main droite, dans sa poche, tandis qu'elle lit celle qu'elle a • r'se à Joss^linc, et qu'elle tenait cachée dans sa main gauche.)
HORTEIN'SE, froidement.
Je ne vois pas, mon père, ce qui a pu vous blesser dans une lettre pleine de respect et de convenance.
KERBENNEC, avec colère.
De convenance...
HORTENSE, lisant.
« Monsieur, j'accepte avec empresseincut et reconnais- « sance... »
KERBENNEC, stupéfait et se frottant les yeux.
J! yacehi?
HORTENSE
En propres termes î
KERBENNEC, prenant la lettre.
Ce n'est pas possible... et ce n'est pas là ce que je viens de lire.
HORTENSE, timidement.
C'est que vous avez mal lu. La prévention et la colère peuvent tellement aveugler !
KERBENNÈG.
C'est trop fort ! (cherchant sur lui.) Mes besiclcs, où sont mes besicles?... (a Josseiine.) 11 doit y en avoir là ! (ii montre
le bureau.) Ou plutôt VOUS, mOU chcr VOisiu, (S'adressant à Paim-
poi.) faites-moi le plaisir de me relire cette lettre ?
PAIMPOL
Très-volontiers. ( Lisant .) « Monsieur, j'accepte avec em- « pressement et reconnaissance... une proposition qui éteint « toutes les haines. »
KERBENNEC, lui arrachant la lettre.
Et VOUS aussi qui êtes du complot...
d'angenïs.
C'est là ce que j'ai écrit, monsieur, c'est là ce que je pense...
C'est là ce que mon cousin me répétait à l'instant môme.
PAIMPOL
C'est là, je dois le dire, ce que monsieur m'a toujours affirmé.
d'angenis.
Vous l'entendez ?...
HORTENSE
De la bouche même d'un rival.
(Josseline remet les besicles à Kerbennec, et passe à gauche.) Scribe. — Œuvres complètes, lie série. — 7"^^ Vol. — il
KERBENNEC, prenant les besicles, lisant vivement.
« Monsieur, j'accepte avec empressement et reconnais- « sance... » C'est à confondre... car enfin, ce que j'ai lu tout à l'heure... je Pai lu... ce qui s'appelle lu !
HORTENSE, d'un air câlin.
Quoi... Vous en croyez vos yeux... (Montrant Paimpoi.) plus que la parole d'un galant homme... plus que les serments de votre neveu, plus que les prières de votre fille...
KERBENNEC.
Mais...
HORTENSE
Que vouliez-vous après tout... son acceptation?... sa promesse?...
d'ANCENIS, avec chaleur.
.Je la donne !
HORTENSE
11 la donne !
JOSSELINE
Il l'a donnée... et plutôt deux fois qu'une... car il l'a écrite deux fois... j'en suis témoin.
D'ANCENIS, à voix basse à Josseline.
Silence 1... ou sinon...
KERBENNEC.
Qu'entend-elle par ces deux fois?.,..
HORTENSE
Qu'il l'a donnée, mon père, à vous... (Se retournant vers d'Ancenis.) et à moi!...
KERBENNEC, secouant la tête.
On me trompe, j'en suis sûr... (a sa mie.) Et toi-même...
HORTENSE, d'un air caressant.
Quand ce serait vrai !... Trompons les gens pour leur bonheur.
d'ANCENIS, gaiement.
Et prions Dieu qu'on nous le rende !
MON ÉTOILE
KERBENNEG, ému.
C'est possible ! (Regardant encore la lettre.) Mais être trompé...
sans savoir comment!
d'ANCENIS, gaiement.
N'est-ce que cela, mon oncle? vous le saurez!
KERBENNEG, vivement, à d'Ancenis.
Quand cela?
HORTENSE
Le lendemain du mariage.
KERBENNEG, gaiement.
Ne fût-ce que par curiosité, je serais tenté de dire oui...
TOUS, vivement.
Vous l'avez dit !
(Kerbennec regarde avec émotion sa fille qui le supplie, puis tend la main à son neveu qui la saisit et se précipite dans ses bras.) HORTENSE, les regardant.
Plus de Montaigu!
d'angenis.
Ni de Capulet!
KERBENNEG.
Et j'espère qu'en rival généreux M. de Paimpol nous servira de témoin.
PAIMPOL
Il est sûr que!... Peut-être... je demande à réfléchir.
HORTENSE, à demi-voix.
A la condition que mon cousin ne croira plus à son étoile !
D'ANGENIS, la regardant.
Je ne croirai plus que ma femme.
LA CZARINE