‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 3)Chapitre 88 sur 142 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

SAPIEHA, qui a remonté la scène, redescend, et donne à Villerbeck une poignée de main ; VILLERBECK.

SAPIEHA

Nous quitter déjà, amiral^ et cette fois peut-être pour toujours !

VILLERBECK.

Non pas; j'espère bien, à mon retour, vous retrouver en^ coreici!... car vous avez beau dire, monsieur le comte, vous

— DRAMES

réfléchirez et ne persisterez pas à refuser la place que le czar vous offre.

SAPIEHA

Si vraiment ! Plus je vois de près les mécomptes de l'ambition et plus je reste fidèle à mon système.

VILLERBEGK.

Lequel?

SAPIEHA

De n'être rien et de n'aimer rien... que les femmes... Oui, amiral, il n'y a que cela de bon, de désirable au monde î le jeu, l'ambition, Tamour de l'or, toutes les autres passions nous abaissent, le culte des femmes nous élève ! il ennoblit le cœur et la pensée, adoucit les mœurs, donne du charme, de l'esprit, de l'élégance aux manières!... il donne enfin le désir de plaire, et par là nous rend meilleurs ; sans les femmes, en un mot, ce ne serait pas la peine de vivre, car sans elles, l'existence de l'homme n'aurait ni assistance au commencement, ni bonheur au milieu, ni consolation à la fin !

VILLERBEGK, secouant la tête.

Permettez!.,, c'est selon les beautés que vous aimerez.

SAPIEHA

Je les aime toutes!... présentes, elles ont mon hommage; absentes, mon souvenir! leur tendresse a ma reconnaissance, et leur rigueur a mon estime, car lorsqu'elles cèdent je les aime !...

VILLERBEGK.

Et quand elles ne cèdent pas ?

SAPIEHA

Je les adore !

VILLERBEGK.

S'il en est ainsi, ne partez pas et acceptez la clef de chambellan qu'on vous offre ! Une place où vous ferez la cour aux dames, cela rentre complètement dans votre spécialité.

LA CZAIUNI']

SAPIEHA

Beaucoup Irop!. .. et j'ai là des lettres d'adieux, deux surtout qui me désolent.

VILLERBECK.

Comment cela ?

SAPIEHA

Parla difficulté d'y répondre... (Les tirant de sa poche.) Jugez plutôt! (Lisant.) « Je n'ai, dans la soirée, qu'un instant à vous « donner... Le comle va ce soir au sénat à dix heures... »

VILLERBECK, à part.

C'est la petite comtesse Bestutcheff.

SAPIEHA, lisant une autre lettre.

Et cette autre!... (Lisant.) « Le prince préside à dix heures « le sénat... Venez... » (Avec impatience.) Toutes les deux... à dix heures 1...

VILLERBECK.

C'est une heure fatale î

SAPIEHA

Pour moi!

VILLERBECK.

Non ! pour le sénat !

SAPIEHA

Je ne sais, en conscience, quel parti prendre...

A^LLERBECK, à demi-voix.

Silence!... c'est un huissier du palais...

(L'huissier salue Sapieha, lui remet une lettre et sort après avoir salué de

nouveau.)

SAPIEHA, décachetant la lettre et lisant, à pirt.

« Le secrétaire des commandements a Thonneur de pré- « venir M. le comte de Sapieha que Sa Majesté le rece- « vra en audience parlicuhère ce soir à dix heures ! » (Haut.) 0 ciel! . '

VILLERBECK.

Qu'est-ce donc? un nouvel embarras?

Sguibe. — Œuvres complèlos. I^e série — 7'"^ Vul. — 13

SAPIEHA

Au contraire !

VILLERBECK.

Un moyen d'en sortir?...

SAPIEHA, vivement.

Précisément... Je n'hésite plus!... (Relisant avec bonheur.;

« Ce soir à dix heures. »

VILLERBECK.

Un troisième adieu !... Prenez garde, monsieur le comte !...

(Tous les deux remontant le théâtre.) je COmiais micUX qUC VOUS

le pays, nous avons des boyards féroces, des maris peu civilisés et qui se fâchent pour... pour un rien... Sous ce rapport, on est encore ici dans la barbarie.

SAPIEHA

Rassurez-vous... il n'y a là rien à craindre!

VILLERBECK.

Et moi... j'ai idée que, de gaieté de cœur, vous allez vous exposer à quelque grand danger.

SAPIEHA

C'est possible !

VILLERBECK.

Qu'il serait plus sage d'éviter.

Vous pouvez avoir raison.

VILLERBECK.

Eh bien alors? eh bien ?...

SAPIEHA

J'irai!... Adieu !...

(il sort par le fond, Villerbeck par la gauche»)

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