SCÈNE PREMIÈRE
LIONEL, sans uniforme, une lorgnette à la main, et regardant par
la croisée du fond.
Je ne me trompe pas, c'est un vaisseau fmnçais ; il s'est détaché du reste de la flotte, et depuis une heure il a jeté l'ancre. Si c'était M. de Courville?... s'il m'attendait? Mais comment me rendre à bord sans attirer sur moi l'attention de nos ennemis? D'ailleurs ma présence est nécessaire ici... si je n'y suis pas, je les connais, on hésitera encore. Le gouverneur a déjà des soupçons ; le moindre délai peut renverser nos desseins et ruiner à jamais la cause la plus
noble et la plus juste. (Se promenant avec agitation.) Ah ! quel
tourment ! quel supphce que l'incertitude ! Chaque instant d'attente abrège ma vie, et il faut encore affecter un visage serein, quand mille craintes viennent m'assaiUir. Ah ! que les dangers du champ de bataille sont préférables!... Des dangers qu'on affronte, une mort glorieuse qu'on n'est pas obligé d'attendre... Quel est ce bruit? Ce jeune Arthur Winkerton... Qu'est-ce qu'un pareil étourdi vient faire ici? (ii s'assied
près de la table et prend un livre.) Il a pOUr moi UUe telle amitié
que je ne pourrai plus m'en débarrasser.
LA BOHÉMIENNE