‹ Œuvres complètes: comédies, dramesChapitre 128 sur 199 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

VALDÉJA, CLARISSE, ADÈLE.

CLARISSE, mystérieusement.

Conduis-moi, il faut que je te quitte ; mais maintenant que je sais tout, sois tranquille, calme-toi.

ADÈLE

Me calmer, ma sœur, quand le désespoir et la crainte

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m'assiègent, quand il y a un génie infernal, un pouvoir vengeur qui me poursuit sans cesse, et que je rencontre partout !...

(Elle aperçoit Valdéja droit et immobile deyant elle ; elle pousse un cri et s'enfuit.) CLARISSE.

C'est vous qui causez sa terreur ; vous, monsieur Valdéja, vous ici!

Comment cela peut-il vous étonner, madame ? Prompt à me rendre à vos ordres, je viens...

CLARISSE

A mes ordres?

VALDÉJA.

Sans doute; ne m'attendiez-vous pas?

CLARISSE

Non, monsieur...

VALDÉJA.

Vous ne m'attendiez pas? Et ce mot de vous que j'ai reçu...

CLARISSE

Je n'ai point écrit,

VALDÉJA.

Est-il possible ? tremblez alors, tremblez ; quelque noire perfidie que je ne puis deviner nous menace tous deux ; votre sœur est ici, et ses amies, ses dignes conseils ne doivent pas être loin ; c'en est assez pour justifier mes alarmes. De grâce, venez, sortons, permettez-moi de veiller sur vous.

CLARISSE

Je vous remercie ; je suis venue seule, je désire sortir de môme.

VALDÉJA .

Ah 1 ce coup est le plus cruel de tous ceux que j'ai reçus 1

Vous VOUS défiez de moi, Clarisse? de moi qui, depuis six ans, ai fait pour vous le plus grand et le plus cruel des sacrifices : j'ai renoncé à votre présence, à votre amitié, et, bien plus encore, à votre estime ; j'ai consenti à être méprisé de vous, quand d'un mot je pouvais vous détromper, et j'y ai consenti pour ne pas troubler votre repos.

CLARISSE

Que voulez-vous dire ?

VALDÉJA.

Que je n'ai point mérité les affreuses calomnies dont on m'a noirci à vos yeux ; que toujours digne de vous... laissezmoi achever, Clarisse, ce moment est peut-être le seul de ma vie oij je pourrai vous dire la vérité ; oui, je vous aimais, J'étais aimé.

CLARISSE

Monsieur...

VALDÉJA.

Ah ! vous ne m'interdirez pas ce souvenir, c'est le seul bien qui me reste. Une trame infernale nous a séparés. Cette jeune fille... cette séduction... calomnie, infâme calomnie ! comme tout ce qui sortait du cœur de la femme qui avait juré ma perte ; les preuves aujourd'hui me seraient faciles à vous donner, mais d'autres nœuds vous enchaînent ; et c'est le jour même de votre mariage que j'ai appris, pour mon éternel tourment, la perfidie qui vous jetait dans les bras d'un autre. Je voulais courir, réclamer mon bien, vous avouer la vérité, me justifier du moins : il n'était plus temps, vous sortiez de l'église et portiez pour jamais le nom de mon heureux rival. Clarisse, alors j'ai gardé le silence, je me suis interdit votre vue, mais non le droit de veiller sur vous, sur votre avenir, sur votre fortune ; j'y ai réussi, madame ; et maintenant si un mot de vous m'apprend que j'ai recouvré votre estime, quel que soit mon sort, je n'aurai plus la force de me plaindre, et je croirai encore au bonheur.

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CLARISSE

Que m'avez-vous dit ! qu'ai-je appris ! Écoutez, Valdéja, ce n'est pas avec vous que je veux feindre ; et vos souffrances, les miennes peut-être, me donnent le droit de parler sans que personne s'en offense. Oui, je vous ai aimé! Oui j'ai été malheureuse de vous retirer mon estime ; et malgré moi, lorsqu'un autre hymen allait m'enchaîner, le mépris même que je croyais vous devoir n'avait peut-être pas encore éteint toute ma tendresse ; je me le reprochais ; et cette faute involontaire, je jurai de l'expier ! Grâce au ciel, j'y ai réussi. Oui, j'ai pour mari un honnête homme qui mérite tout mon amour, toute ma confiance; je l'aime, je n'aime que lui, et, je vous le dis à vous, je préférerais mourir plutôt que d'oublier un instant ou mes devoirs ou ce que je dois à son honneur ; après un tel aveu, et pour qu'il n'y ait pas dans mon cœur une seule pensée qu'il ne puisse connaître, je demanderai sans crainte à votre amitié un dernier service ; vous voyez que vous ne vous étiez pas trompé et que vous aviez deviné que j'aurais besoin de vous. Eh bien! mon ami... et ce nom vous le méritez, continuez votre noble et généreuse conduite ; évitez de me voir, évitez les lieux où vous pourriez me rencontrer, je vous en saurai gré; et un jour viendra où mon cœur vous tiendra compte de tout, même de votre absence.

VALDÉJA.

J'obéirai, Clarisse, trop heureux d'avoir à vous obéir; ce soir, dans une heure, j'aurai quitté Paris.

CLARISSE, se reculant.

Adieu donc !

Adieu !

(il fait un mouvement pour lui baiser la main.) CLARISSE.

Rien de plus ; adieu !

VALDÉJA, lui prenant la main et la lui serrant affectueusement.

Adieu 1

(il >e dispose à sortir.)

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