RATON, MARTHE
(Raton est devant son comptoir ; sa femme est debout près do lui, tenant à la main plusieurs lettres.)
MARTHE
Voici des commandes pour Lubeck et pour Altona : quinze pièces de satin, et autant de Florence.
RATON, avec impatience.
C'est bien, ma femme, c'est bien.
MARTHE
Des lettres de nos correspondants, auxquelles il faut répondre.
RATON
Tu vois bien que je suis occupé.
MARTHE
Il faut en même temps écrire à ce riche tapissier de Hambourg.
BERTRAND ET RATON
RATON, avec colère.
Un tapissier!
MARTHE
Une de nos meilleures pratiques.
RATON
Écrire à un tapissier !... quand je suis là à écrire à une reine !
MARTHE
Toil
RATON
A la reine mère ! une pétition que je lui adresse au nom de mes confrères, parce que la reine mère n'a rien à me refuser. Si tu avais vu, ma femme, comme elle m'a accueilli ce matin et en quelle estime je suis auprès d'elle 1...
MARTHE
Et qu'est-ce qu'il te reviendra de cela?
RATON
Ce qu'il m'en reviendra ! Tu parles bien comme une femme, comme une marchande de soie qui n'entend rien aux affaires... Ce qu'il m'en reviendrai (ll se lève et sort de son comptoir.) Du crédit, de la considération... On devient un homme influent dans son quartier, dans la ville, dans l'État... on devient quelque chose, enfin.
Et tout cela pour être fournisseur breveté de la couronne I Il te faut des titres 1 tu n'as jamais eu d'autres désirs, d'autres rêves.
RATON
Laisse-moi donc tranquille... il s'agit bien d'être fournisseur de la couronne!... (a demi-voix.) Il s'agit d'être prévôt des marchands, et peut-être même bourgmestre de la ville de Copenhague... Oui, femme, oui, tout cela est possible... avec la popularité dont je jouis, et la faveur de la cour.