‹ Œuvres complètes: comédies, dramesChapitre 169 sur 199 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

KOLLER, GŒLHER, FALKENSKIELD, RANTZAU.

FALKENSKIELD, à Gœlher qui va se retirer.

Restez, mon cher ; comme secrétair"" du conseil, vous avez le droit d'assister à cette séance.

RANTZAU, gravement.

Où VOS talents et votre expérience nous seront d'un grand secours... (a part et regardant Koiier.) Notrc hommc a l'air asscz embarrassé ; en tout cas, veillons sur lui et tâchons qu'il se tire de là sans compromettre ni la reine mère, ni des amis qui plus tard peuvent servir.

(Pendant cet aparté, Gœlher et Falkenskield ont pris des chaises et se sont assis.)

FALKENSKIELD.

Parlez, colonel... donnez-nous toujours les renseignements qui sont en votre pouvoir et que plus tard nous communiquerons au conseil.

(Koller est debout à gauche. Gœhler, Falkenskield et Rantzau sont assis à droite.) KOLLER, cherchant ses phrases.

Depuis longtemps, messieurs, je soupçonnais contre la reine Mathilde et les membres de la régence un complot que plusieurs indices me faisaient pressentir, mais dont je ne pouvais obtenir aucune preuve réelle. Pour y parvenir, j'ai tâché de gagner la confiance de quelques-uns des principaux chefs ; je me sais plaint, j'ai fait le mécontent, je leur ai laissé voir que je n'étais pas éloigné de conspirer ; je leur ai même proposé de le faire...

GOELHER.

C'est ce qui s'appelle de l'adresse...

BERTRAND ET RATON

RANTZAU, froidement.

Oui, ça peut s'appeler comme cela... si on veut!

KOLLER, à Falkenskield.

Ma ruse a obtenu le succès que je désirais, car ce malin on est venu me proposer d'entrer dans un complot qui doit éclater ce soir môme... pendant le dîner que vous devez donner aux ministres, vos collègues.

GOELHER.

Voyez-vous cela I...

KOLLER

Les conjurés doivent s'introduire dans l'hôtel, sous divers déguisements, et, pénétrant dans la salle à manger, s'emparer de tous ceux qu'ils y trouveront.

FALKENSKIELD.

Est-il possible ?

GOELHER.

Même de ceux qui ne sont pas ministres?... Quelle horreur !... (a Rantzau.)Et VOUS ne frémisscz point !...

RANTZAU, froidement.

Pas encore, (a Koiier.) Êtes-vous bien sûr, colonel, de ce que vous nous dites là?

KOLLER

J'en suis sûr... c'est-à-dire... je suis sûr qu'on me Ta proposé... et je m'empressais de vous en prévenir...

RANTZAU, cherchant à l'aider.

C'est bien... Mais vous ne connaissez pas les gens qui vous ont fait cette proposition ?

KOLLER

Si vraiment... Ce sont Hermann et Christian, ceux-là même que l'on vient d'arrêter... et qui ne manqueront pas de s'en défendre... ou de m'accuser... Mais, par bonheur... j'ui là des preuves; cette hste écrite... sous leur dictée.

FALKENSKIELD, la prenant vivement.

La liste des conjurés.

(il la parcourt.)

RANTZAU, avec compassion et à part.

D'honnêtes conspirateurs sans doute... pauvres gens!... Fiez-vous donc à des lâches comme celui-là... qui au premier danger vous livrent pour se sauver.

FALKENSKIELD, lui remettant la liste.

Tenez... Eh bien ! qu'en dites-vous?

RANTZAU

Je dis que je ne vois dans tout cela rien encore de bien positif. Tout le monde peut faire une liste de conjurés ; cela ne prouve pas qu'il y ait conjuration ! Il faut en outre un but ; il faut un chef.

FALKENSKIELD.

Et ne voyez-vous pas que ce chef... c'est la reine mère, c'est Julie-Marie ?

Rien ne me le démontre; et à moins que le colonel... (Appuyant.) n'ait des preuves... positives... personnelles...

KOLLER

Non, monseigneur.

RANTZAU, à part.

C'est bien heureux!... Voilà la première fois que cetimbécile-là m'a compris !

GOELHER.

Alors cela devient très-délicat.

RANTZAU

Sans doute. (Montrant Ta liste.) Il y a là dcs gens de distinction, des gens de naissance... Les condamnerez-vous de confiance et sur parole, parce qu'il a plu à MM. Hermann et Christian de faire une confidence à M. KoUer... confidence, du reste, fort bien placée... Mais enfin, et monsieur

BERTRAND ET RATON

le baron, qui connaît les lois, vous dira comme moi, que là (Avec intention.) OÙ il n'y a point Commencement d'exécution, il n'y a pas de coupable.

GŒLHER.

C'est juste !

FALKENSKIELD se lève vivement, Rantzau en fait autant.

Eh bien!... laissons-les exécuter leur complot... Que rien ne transpire, colonel, de la communication que vous venez de nous faire ; que rien ne soit changé à ce repas, qu'il ait toujours lieu ; que des soldats soient cachés dans l'hôtel, dont les portes resteront ouvertes...

RANTZAU, à part.

Et allons donc!... on a bien de la peine à lui faire arriver une idée.

FALKENSKIELD.

Et dès qu'un des conjurés se présentera, qu'on le laisse entrer, et qu'un instant après Ton s'en empare. Sa présence chez moi à une pareille heure, les armes dont il sera muni, seront, j'espère, des preuves irrécusables.

RANTZAU

A la bonne heure !

GGELHER, avec finesse.

Je comprends votre idée... Mais maintenant que nous les tenons, si par malheur ils ne venaient pas?...

RANTZAU

C'est qu'on aura trompé le colonel ! c'est qu'il n'y avait ni conjuration, ni conjurés.

FALKENSKIELD, haussant les épnules.

Laissez donc 1

(U va à la table à gauche et écrit pendant que Kollcr remonte le théâtre et se tient au milieu, un peu au fond.) RANTZAU, à part.

Et il n'y en aura pas ; faisons prévenir la reine mère qu'ils

aient à rester chez eux. Encore une conspiration tombée dans l'eau! (Regardant KoUer.) C'cst lui qul Ics trahit, et c'est moi qui les sauve ! (Haut.) Adieu, messieurs, je retourne près de Struensée.

FALKENSKIELI), qui pendant ce temps s'est assis à la table et écrit un ordre. — A Gœlher.

Cet ordre au gouverneur... (a Rantzau.) Vous nous revenez... je l'espère?

RANTZAU

Je le crois bien ; je ne peux plus maintenant dîner ailleurs que chez vous, j'y suis engagé d'honneur ; je vais seulement rendre compte à Son Excellence de la belle conduite du colonel Koller ; car enfin, si ces braves gens-là ne sont pas arrêtés, ce n'est pas sa faute... il aura fait tout ce qu'il fallait pour cela, et on lui doit une récompense.

FALKENSKIELD.

Qu'il aura.

RANTZAU, avec intention.

S'il y a une justice sur terre... Je m'en chargerais plutôt.

KOLLER, s'inclinant.

Monsieur le comte, quels remercîments...

RANTZAU, avec mépris.

Oui, vous m'en devriez peut-être, mais je vous en dispense.

(il sort.)

KOLLER, à part, redescendant le théâtre.

Maudit homme ! on ne sait jamais s'il est pour ou contre vous. (Saluant.) Mcssieurs...

Je vous suis, colonel, (a Faikenskieid.) Cet ordre au gouverneur, et je cours raconter à la reine ce que nous avons décidé et ce que nous avons fait.

(il sort avec Koller par la porte du fond.)

BERTRAND ET RATON

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