‹ Œuvres complètes: comédies, dramesChapitre 175 sur 199 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

CHRISTINE, à gauche sur le devant du théâtre et s'appuyant sur la table qui est près d'elle : ÉRIC, qui Tient d'ouvrir la porte à gauche ; GŒLHER, KOLLER, au milieu et un peu au fond; FALKENS- KIELD et RANTZAU, sur le devant, à droite.

TOUS, apercevant Éric.

Ah!

CHRISTINE

Je me meurs !

ÉRIC

Me voici, je suis celui que vous cherchez.

FALKENSKIELD, avec colère.

Éric Burkenstaff dans l'appartement de ma fille !

GŒLHER.

Au nombre des conjurés !

ERIC, regardant Christine qui est près de se trouver mal. Oui, j'étais des conjurés ! (a vec force et s'avançant au milieu du théâtre.) Oui, je couspirais !

TOUS

Est-il possible ?

KOLLER, redescendant le théâtre.

Et je n'en savais rien !...

RANTZAU

Et lui aussi 1

KOLLER, à part.

Il sait tout 1... S'il parle, je suis compromis.

(Pendant cet aparté, Falkenskield a fait signe à Gœlher de se mettre à la table à gauche et d'écrire. Il se retourne alors vers Éric, qu'il interroge.) FALKENSKIELD.

Où sont vos complices ! quels sont-ils ?

ÉRIC

Je n'en ai pas.

KOLLER, bas à Éric.

C'est bien î

(il s'éloigne vivement, Éric le regarde avec étonnement et se rapproche de Rantzau.)

RANTZAU fait à Éric un geste de tête approbatif et dit à part.

Ce n'est pas un lâche, celui-là.

FALKENSKIELD, à Gœlher.

Vous avez écrit? (Se retournant vers Éric) Point de COmpHceS,

dites-vous?... c'est impossible; les troubles dont votre pùre a été aujourd'hui la cause ou le prétexte, les armes que vous portiez prouvent un projet dont nous avions déjà connaissance : vous vouliez attenter à la liberté des ministres, à leurs jours peut-être ; et ce projet, vous ne pouviez l'exécuter seul,

ÉRIC

Je n'ai rien à répondre, et vous ne saurez rien de moi, sinon que je conspirais contre vous; oui, je voulais briser le joug honteux sous lequel gémissent le roi et le Danemark ; oui, il est parmi vous des gens indignes du pouvoir, des lâches que j'ai défiés en vain.

GOELHER, toujours à table.

Je donnerai là-dessus des explications au conseil.

FALKENSKIELD.

Silence, Gœlher ! et puisque monsieur Éric convient qu'il était d'une conspiration...

ÉRIC, avec forée.

Oui!

CHRISTINE, à Falkenskield.

Il vous trompe, il vous abuse.

ÉRIC

Non, mademoiselle; ce que je dis, je dois le dire ; je suis trop heureux de l'avouer tout haut, (Avec int ention et la regardant.) et de donner au parti que je sers ce dernier gage de dévouement.

KOLLER, bas à Rantzau.

C'est un homme perdu et son parti aussi.

RANTZAU, à part, seul à la droite du spectateur.

Pas encore ! C'est le moment, je crois, de délivrer Burkenstaff ; maintenant qu'il s'agit de son fils, il faudra bien qu'il se montre de nouveau, et cette fois enfin...

(il se retourne vers Falkenskield et Gœlher qui se sont approchés de lui.) FALKENSKIELD, donnant à Rantzau le papier que lui a remis Gœlher, et s'adressant à Éric.

Telle est décidément votre déclaration ?

ÉRiC.

Oui, j'ai conspiré, oui, je suis prêt à le signer de mon sang ; vous ne saurez rien de plus.

(Gœlher, Falkenskield et Rantzau semblent, à ce mot, délibérer tous trois, à droite. Pendant ce temps Christine, qui est à gauche près d'Éric, lui dit à Toix basse.)

CHRISTINE

Vous vous perdez, il y va de vos jours.

ÉRIC, de même.

Qu'importe? vous ne serez pas compromise, et je vous l'avais juré.

FALKENSKIELD, cessant de causer avec ses collègues, et s'adressant à Koller et aux soldats qui sont derrière lui, leur dit en montrant Éric.

Assurez-vous de lui.

ÉRIC

Marchons !

RANTZAU, à part. Pauvre jeune homme ! (prenant une prise de tabac.) Tout Va

bien.

(Des soldats emmènent Éric par la porte du fond, Christine tombe anéantie dans un fauteuil. )

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