JEAN, RATON, MARTHE
RATON, à Marthe et à Jean qui entrent par la petite porte à gauche»
Eh bien?
JEAN, tristement.
Cela va mal... tout est tranquille I
BERTRAND ET RATON
\ MARTHE
Les rues sont désertes, les boutiques sont fermées, les ouvriers que nous avons envoyés ont eu beau crier : Vive burkenstaff! personne n'a répondu !...
RATON
Personne!... c'est inconcevable!... des gens qui m'adoraient hier !... qui me portaient en triomphe... et aujourd'hui ils restent chez eux !
JEAN
Et le moyen de sortir? Il y a des soldats dans toutes les rues.
RATON
Vraiment ?
JEAN
Les portes de nos ateliers sont gardées par des piquets de cavalerie.
RATON
Ah ! mon Dieu !
MARTHE
Et ceux des ouvriers qui ont voulu se montrer ont été arrêtés à l'instant même.
RATON, effrayé.
Voilà qui est bien différent. Écoutez donc, mes enfants, je ne savais pas cela. Je dirai à la reine mère : Madame, j'en suis bien fâché ; mais à l'impossible nul n'est tenu, et je crois que ce que nous avons de mieux»à faire est de retourner chacun chez nous.
MARTHE
Ce n'est plus possible, notre maison est envahie ; des trabans de la garde y sont casernés ; ils mettent tout au pillage ; et si vous y paraissiez maintenant, ils ont ordre de vous arrêter et peut-être pire encore.
RATON
Mais ça n'a pas de nom ! c'est épouvantable ! c'est d'un arbitraire... Et où nous cacher maintenant?
MARTHE
Nous cacher ? quand il s'agit de la vie de mon fils, quand on dit qu'il vient d'être condamné ?
RATON
Est-il possible ?
MARTHE
C'est vous qui l'avez voulu ; et maintenant que nous sommes en danger, c'est à vous de nous en retirer ; il faut agir : décidez quelque chose.
RATON
Je ne demande pas mieux, mais quoi?
Les ouvriers du port, les matelots norwégiens sont en liberté ; ceux-là ne reculeront pas ; et en leur donnant de l'argent...
MARTHE, Tivement.
Il a raison!... De l'or! de l'or! tout ce que nous avons!
RATON
Permets donc...
MARTHE
Vous hésiteriez ?
RATON
Du tout ; je ne dis pas non, mais je ne dis pas oui.
JEAN
Et qu'est-ce que vous dites donc?
RATON
Je dis qu'il faut attendre.
MARTHE
Attendre !... et qui vous empêche de prendre un parti?
BERTRAND ET RATON 439
JEAN
Vous êtes le chef du peuple.
RATON, avec colère.
Certainement, je suis le chef! et on ne me dit rien, on ne me commande rien ; c'est inconcevable 1