‹ Œuvres complètes: comédies, dramesChapitre 199 sur 199 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

JEAN ET SES Compagnons, ÉRIC ; MARTHE, entrant la première

et s'élançant vers son fils, qu'elle embrasse ; RATON^ entouré de

tout le peuple ; RANTZAU, CHRISTINE, FALKENSKIELD,

GŒLHER ; derrière eux, KOLLER ; et au fond, PeuPLE, SOL- DATS; Magistrats, Gens de la cour.

MARTHE; embrassant Éric.

Mon fils !... blessé ! il est blessé !

NOD; ma mère, ce n'est rien. (Elle l'embrasse à plusieurs reprises ; tandis que le peuple crie : ) VivC Raton Burkenstatï ! RATON.

Oui; mes amiS; oui; nous avons enfin réussi ; grâce à moi je m'en vante, qui; pour le service du roi, ai tout mené, tout dingé, tout combiné.

TOUS

Vive Raton !

RATON; à sa femme.

Tu l'entends, ma femme, la faveur m'est revenue.

MARTHE

Et ! que m'importe, à moi?... je ne demande plus rien ; j'ai mon fils.

RATON

Mais, silence, messieurs ! silence !... J'ai là les ordres du roi, des ordres que je viens de recevoir à l'instant; car c'est en moi que notre auguste souverain a une confiance illimitée et absolue.

JEAN, à ses compagnons.

Et le roi a raison. (Montrant son maître qui tire de sa poche l'or-

donnance du roi.) Une fameuse tête, sans que cela paraisse 1

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Il savait bien ce qu'il faisait en jetant l'or à pleines mains. (Avec joie.) Car dc vingt mille florins, il ne lui reste rien, pas une rixdale.

RATON, tout en décachetant le papier, lui faisant signe de se taire.

JEAN

Oui, notre maître, (a ses compagnons.) En revanche, si ça avait mal tourné, nous y passions tous, lui, son fils, sa famille et ses garçons de boutique.

RATON

Jean, taisez-vous !

JEAN

Oui, notre maître, (criant.) Vive Burkenstaff !

RATON, avec satisfaction.

C'est bien, mes amis; mais du silence. (Lisant.) a Nous, « Christian VII, roi de Danemark, à nos fidèles sujets el « habitants de Copenhague. Après avoir puni la trahison, il « nous reste à récompenser la fidélité dans la personne du « comte Bertrand de Rantzau, que, sous la régence de notre « mère, la reine Julie-Marie, nous nommons notre premier « ministre... »

RANTZAU, d'un air modeste.

Moi ! qui ai demandé ma retraite et qui veux me retirer des affaires...

RATON, sévèrement.

Vous ne le pouvez pas, monsieur le comte ; le roi l'ordonne, il faut obéir... Laissez-moi achever, de grâce 1 (continuant à lire.) « Dans la personne du comte Bertrand de Rantzau, « que nous nommons premier ministre, (Avec emphase.) et dans « celle de Raton Burkenstaff, négociant de Copenhague, « que nous nommons dans notre maison royale, (Baissant la voix.) premier marchand de soieries de la couronne. »

TOUS

Vive le roi !

JEAN

C'est superbe ! nous aurons les armes royales sur notre boutique.

RATON, faisant la grimace.

La belle avance ! et au prix que ça me coûte !...

JEAN

Et moi, la petite place que vous m'aviez promise?...

RATON

Laisse-moi tranquille !

JEAN, à ses compagnons.

Quelle ingratitude I... moi qui suis cause de tout... aussi il me le payera!

RANTZAU

Puisque le roi l'exige, il faut bien s'y soumettre, messieurs, et se charger d'un fardeau qu'allégera, je l'espère, (Aux magistrats. ) l'affection de mes concitoyens, (a Éric.) Pour vous, mon jeune officier, qui dans cette occasion avez couru les plus grands risques... on vous doit quelque récompense.

ÉRIC, avec franchise.

Aucune ; car, je puis le dire maintenant à vous, à vous seul... (a demi-voix.) Je n'ai jamais conspiré!

RANTZAU, lui imposant silence.

C'est bien ! c'est bien ! voilà de ces choses qu'on ne dit jamais... après.

RATON, à part, tristement.

Fournisseur de la cour !

MARTHE

Tu dois être content... c'est ce que tu désirais.

RATON

Je l'étais déjà par le fait, excepté que je fournissais les

ScBiBB. — ŒuTres complètes. Série. - 2ni« Vol. — 27

deux reines, et qu'en en renvoyant une je perds la moitié de ma clientèle.

MARTHE

Et tu as risqué ta fortune, ton existence, celle de ton fils qui est blessé... dangereusement peut-être... et pourquoi?

RATON, montrant Rantzau et Koller.

Pour que d'autres en profitent.

MARTHE

Faites donc des conspirations !

RATON, lui tendant la main.

C'est dit... désormais je les regarderai passer, et le diable m'emporte si je m'en mêle !

TOUT LE PEUPLE, entourant Rantzau et s'inclinant derant lui.

Vive le comte de Rantzau I

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