‹ Œuvres complètes: comédies, dramesChapitre 43 sur 199 · MISS HENRIETTE, BATHILDE · texte numérisé non relu

MISS HENRIETTE, BATHILDE

BA.THILDE, entrant par le fond.

Le gouverneur m'appelle auprès de lui ; son messager me l'a dit ; il veut me voir. Ah I je me soutiens à peine.

MISS HENRIETTE

Madame, qu'avez-vous ?

BATHILDE

Pardon, je venais ici par ordre du gouverneur à qui j'aurais voulu parler.

MISS HENRIETTE

Des soins importants l'occupent en ce moment; mais je vais le faire venir.

Non, j'attendrai. (Elle s'assied sur le devant du théâtre à gauche. — Miss Henriette passe derrière elle en la regardant avec intérêt et s'en approche au moment où elle lui parle. — Bathilde, à part.) DieU

merci, ce sont du moins quelques instants de gagnés. Me voilà donc sous le toit paternel!... Étrangère, inconnue, je m'y glisse en tremblant, et qui sait? peut-être quand il m'aura reconnue, quand il saura qui je suis...

MISS HENRIETTE

Mon Dieu ! vous paraissez souffrir.

BATHILDE

Oui, beaucoup.

MISS HENRIETTE

Si jeune, et quelle est lacause?... (Bathilde se lève.) Ah! pardonnez mon indiscrétion, si je pouvais vous être utile, si je pouvais vous servir auprès de mon père...

BATHILDE

Quoi I vous seriez ?

MISS HENRIETTE

La fille du gouverneur.

BATHILDE, à part.

Ma sœur ! Ah ! qu'elle est belle I

(Elle la regarde.)

MISS HENRIETTE

Qu'avez-vous à me regarder ainsi ?

BATHILDE

Votre vue me fait plaisir et me fait mal. (a part.) C'est l'amie d'enfance de Lionel, c'est miss Henriette !

MISS HENRIETTE

Vous me connaissez ?

BATHILDE

Oui, par ceux qui vous admirent et qui chérissent vos vertus. Ils ont raison ! Les premiers mots de consolation et d'amitié que j'aie entendus en ces heux m'ont été adressés par vous ; je ne l'oublierai jamais.

MISS HENRIETTE

Qui donc êteS-VOUS ? (On entend le bruit éloigné du canon.) BATHILDE.

Milord vous le dira; moi je n'ose... (prêtant l'oreiiie.) Écoutez, écoutez ce bruit lointain !

MISS HENRIETTE

C'est le bruit du canon...

BATHILDE

Il vient de Bunker' s-hill, cette redoute où, tout à l'heure encore, j'ai vu six cents Américains, décidés à mourir, se défendre contre toute l'armée anglaise.

MISS HENRIETTE, étonnée.

Eh quoi! étiez-vous donc parmi eux?

LA BOHÉMIENNE

BATHILDE

Oui, je les avais suivis ; les balles ont atteint bien des braves! d'honnêtes et de vertueux citoyens! moi, elles m'ont épargnée ; et quand leur chef m'a aperçue : « Retirezvous, retirez-vous! » a-t-il dit; il a pensé que je n'étais pas digne de mourir avec eux, ni pour une si belle cause.

MISS HENRIETTE

Ce chef, quel est-il ?

BATHILDE

Ne me le demandez pas.

MISS HENRIETTE, vivement.

Serait-ce Lionel?

BATHILDE

Ah ! votre cœur vous l'a dit.

MISS HENRIETTE

Achevez, de grâce ! Où est-il ?

BATHILDE

Là-haut, peut-être.

(On entend le canon, et un grand bruit à la porte du palais.) MISS HENRIETTE.

Je me meurs.

BATHILDE

Dieu ! qu'ai-je fait ! malheureuse que je suis ! elle l'aime autant que moi... Mais quel bruit ! (Regardant en dehors.) Lionel, Lionel ; je l'ai vu ; il s'élance à la tête du peuple ; ils ont brisé les portes du palais...

(Miss Henriette tombe évanouie sur un fauteuil.)

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