‹ Œuvres complètes: comédies, vaudevillesChapitre 151 sur 165 · ROSELYN, DE LIMEUIL, LOLOTTE · texte numérisé non relu

ROSELYN, DE LIMEUIL, LOLOTTE

ROSELYN.

Je vous assure qu'un tour de jardin vous fera du bien.

M^® DE LIMEUIL

Cela se peut ; mais je n'en aurais pas la force, car pour être venue de mon appartement jusqu'ici, je me sens d'une faiblesse...

ROSELYN.

Asseyez-vous, et reposons-nous un instant.

(il fait asseoir madame de Limeuil, et s'assied à côté d'elle.) M"^^ DE LIMEUIL.

Lolotte, laissez-nous.

LOLOTTE, à part.

C'est ennuyeux, on me renvoie toujours quand il arrive; les laisser en tête à tête! passe encore si c'était le colonel!

(Elle sort par le fond.)

Cette faiblesse est l'effet du bain. Voyons s'il y a de la fièvre. (luI prenant la main.) On voit le sang circuler à travers cette peau si blanche et si fine.

M^^ DE LIMEUIL

Mon Dieu! docteur, comme votre main tremble!...

ROSELYN.

Je craignais qu'il n'y eût de l'agitation; elle est calmée.

M™^ DE LIMEUIL

Eh ! mais, comme vous me serrez la main! prenez garde, vous me faites mal.

ROSELYN.

Pardon, je voulais voir... Oui, la peau est excellente, et les yeux?

AIR de Céline.

Un seul instant, je vous en prie, Tournez vers moi ces yeux charmants; Quoique pleins de mélancolie, Comme ils sont doux et séduisants !

M"^^ DE LIMEUIL

Sont-ils mieux ? Pour moi je l'ignore.

Oui, madame, j'ai quelque espoir; Mais je n'y trouve pas encore Tout ce que je voudrais y voir.

Et les palpitations dont vous vous plaigniez Tautre jour?

M^^ DE LIMEUIL

Je souffre moins.

ROSELYN.

Sont-elles aussi fréquentes qu'hier?

M^^ DE LIMEUIL

Cela va mieux, je vous remercie; parlons plutôt d'autre chose, car je ne puis m'empêcher de penser à ce que vous disiez il y a quelque temps. Quoi ! docteur, vous croyez que réellement...

ROSELYN.

Oui, madame, c'est mon opinion ; après cela, je peux me tromper ; et si vous voulez que nous ayons une consultation...

M"^^ DE LIMEUIL

Y pensez-vous? m'en préserve le ciel ! et cependant savezvous que c'est bien terrible de ne pouvoir se remarier sans mourir]

ROSELYN.

Du moins d'ici à quelque temps, et après tout, un veuvage

LE MÉDECIN DE DAMES

de deux ou trois années est-il donc une chose si terrible, surtout lorsque Ton est comme vous, jeune, aimable et riche, entourée d'adorateurs ? Il est beaucoup de dames qui feraient par coquetterie ce que je vous conseille par raison.

M^^ DE LIMEUIL

Je le sais bien : aussi ce n'est pas pour moi; mais que répondre aux instances de ma famille, de mes amis ? (a part.) Ce pauvre colonel !

ROSELYN.

Je n'ignore point que de tous côtés de nombreux partis se présentent ; mais vous êtes maîtresse de votre choix, et rien ne vous oblige à vous prononcer. (Avec hésitation.) Si vous aimiez quelqu'un, je comprends ce qu'une pareille situation aurait de cruel ; mais votre cœur est tout à fait libre, du moins vous me l'avez assuré.

M^'^ DE LIMEUIL

Oui, monsieur ; (a part.) par exemple, je ne suis pas obligée de dire cela à mon médecin ! (Haut.) Il n'en est pas moins vrai que, d'après votre ordonnance, me voilà condamnée au célibat, et n'eût-on aucune idée de mariage, cela seul est capable d'en donner. Cependant je ne me soucie point de mourir à vingt ans ; mais d'un autre côté, d'ici à trois ans, sait-on ce qui peut arriver? Je n'ai qu'à ne plus être jolie, on n'a qu'à ne plus m'aimer...

ROSELYN.

Est-ce possible ?

M^^^ DE LIMEUIL

Eh I oui, monsieur, si l'on s'impatiente, si on fait un autre choix?... Vous autres docteurs, vous ne comprenez pas tout cela, vous ne pensez qu'à vos livres et à la science.

ROSELYN.

Nous, madame ! quelle est votre erreur ! qui peut vous faire croire que nous soyons insensilks ? nous, dont le caur

s'ouvre à chaque instant aux émotions les plus douces et les plus cruelles ! ... et comment, en effet, ne pas céder à l'intérêt le plus tendre, quand on voit la beauté souffrante réclamer nos soins ? Et lorsque, grâce à nous, ces yeux languissants ont retrouvé leur éclat, quand ces traits charmants ont repris leur fraîcheur et leur coloris, on se dit : C'est par moi qu'elle respire ; c'est à moi qu'elle doit tant de grâces et tant d'attraits; et, nouveau Pygmalion, on adore son ouvrage.

M"^^ DE LIMEUIL, souriant.

Eh quoi ! vraiment, docteur !

RAMSAY, en dehors.

Il faut absolument que je lui parle.

M^® DE LIMEUIL, se levant.

Le colonel!

ROSELYN, de même.

Un colonel !

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