‹ Œuvres complètes: comédies, vaudevillesChapitre 157 sur 165 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

LOLOTTE, ROSELYN.

* LOLOTTE, regardant sa main.

En voilà encore un qui n'était pas nécessaire!

ROSELYN.

Comment I mademoiselle Lolotte, vous aviez des secrets pour moi?

Il le fallait bien : n'étiez-vous pas mon ennemi?

ROSELYN.

C'est-à-dire, c'est vous qui étiez toujours avec moi en état d'hostilité; et tout à Theure encore, cette attaque de nerfs de madame de Cernay...

V A UDE VILLES

LOLOTTE, d'un air ingénu.

Est-ce qu'elle n'en avait pas?

ROSELYN.

Non, sans doute.

LOLOTTE

C'est jouer de malheur, car elle en a toujours.

ROSELYN.

C'est vous seule qui l'aviez rendue malade.

LOLOTTE, finement.

Et vous m'en voulez d'avoir été sur vos brisées.

ROSELYN.

Il ne s'agit pas de cela; mais vous me direz au moins pour quelle raison vous êtes venue ainsi me chercher.

LOLOTTE, baissant les yeux.

Il y avait assez longtemps que vous causiez avec le colonel.

ROSELYN, malignement.

J'y suis ; c'est moi qui à mon tour allais sur vos brisées.

LOLOTTE

Comme vous comprenez, monsieur le docteur!

ROSELYN.

C'est pour cela, Lolotte, qu'il vaut mieux m' avoir pour allié que pour ennemi; et puisque maintenant nou*s convenons de tout avec franchise, n'est-ce pas vous qui aviez ainsi prévenu le colonel contre moi?

LOLOTTE

C'est vrai, je lui avais dit de vous un mal affreux.

ROSELYN.

Et pourquoi?

LOLOTTE

Parce que vous seul vous opposiez à mon mariage ; ne disiez-vous pas sans cesse à ma tante et à ma cousine que j'étais trop jeune ?

LE MÉDECIN DE DAMES

ROSELYN.

C'est vrai, parce que je croyais que vous vouliez épouser Léon, un petit fat qui ne perdait pas une occasion de s'égayer à mes dépens. Mais si vous m'aviez dit que c'était le colonel!... pourquoi ne m'en parliez-vous pas?

LOLOTTE

D'abord, parce qu'il ne s'est déclaré que tout à l'heure et puis, je me disais : Si à quinze ans je suis trop jeune pour épouser un sous-lieutenant,

AIR du vaudeville de La Robe et les Bottes.

Notre docteur, qui raisonne à merveille, Trouvera-t-il, ça n'est pas naturel,

Que de cinq ans je sois plus vieille

En épousant un colonel?

Oui, si le grade augmente ainsi mon âge, Je puis demain, voyez quel sort fatal ! Avoir trente ans... si, grâce à son courage. Le colonel se trouve général.

ROSELYN, souriant.

Vous plaisantez toujours; mais vous avez trop d'esprit, Lolotte, pour ne pas comprendre que, quand on le veut, les principes peuvent se plier aux circonstances. Dans celle-ci, à qui la faute? que ne parliez-vous plus tôt? il m'eût été facile de diiiger les idées de votre tante vers un but plus conforme à vos désirs ; mais à présent il y a bien plus d'obstacles ; car j'avais une opinion que, pour vous plaire, je ne vais plus avoir. N'importe, je tenterai ; trop heureux, si j'acquiers des droits à votre reconnaissance, et si, une fois mariée, vous daignez vous rappeler qu'un médecin dévoué qui possède notre confiance est encore l'ami le plus discret et le plus sûr qu'une jeune femme puisse choisir.

LOLOTTE

Ah ! docteur ! j'en suis bien persuadée, j'en parlerai à mon mari, qui, j'en suis certaine, pensera comme moi. Mais

avant tout, vous me promettez de convaincre madame Vermont, ma tante?

ROSELYN.

Je Tespère du moins.

LOLOTTE

Il y a aussi madame de Limeuil, ma cousine.

ROSELVN.

Celle-là a de Tesprit, et ce sera peut-être plus difficile.

LOLOTTE, le regardant.

Pour tout autre, oui; mais pour vous, qui n'avez qu'un mot à dire...

ROSELYN.

Et qui vous fait présumer que ce soit ainsi ?

LOLOTTE

Ce que j'ai vu, ce que je sais, et ce que vous-même, docteur, vous savez bien.

ROSELYN.

Moi ! je vous jure que j'ignore...

Ce n'est pas bien, maintenant que nous sommes alliés. Nous avons promis de tout nous dire, et je vous ai donné Texemple ; ainsi, docteur, convenez-en et ne soyez pas plus discret que ma cousine qui me Ta presque avoué.

ROSELYN, inquiet.

Avoué, quoi?

LOLOTTE, vivement.

Qu'elle vous aime, comme j'aime le colonel.

ROSELYN.

Il se pourrait !

LOLOTTE

Faites donc l'étonné! c'est si difficile à voir ; elle ne peut vivre sans vous, ne peut se passer de vous ; on ne peut

LE MÉDECIN DE DAMES

devant elle prononcer votre nom sans la faire rougir ; au point qu'hier je lui ai dit...

ROSELYN.

Vous lui avez dit ?...

LOLOTTE

Eh! mon Dieu oui, car cela me désole de la voir ainsi triste et mélancolique. « Cousine, lui ai-je dit, puisque tu aimes le docteur, épouse-le, et que cela finisse. Tu as une belle fortune, mais il a un état dans le monde ; et après tout tune dépends de personne. »

Vraiment, vous lui avez parlé ainsi? et qu'a-t-elle répondu?

LOLOTTE

Par. exemple, voilà ce que je n'ai pu comprendre; et je ne sais pas si vous serez plus savant que moi. Elle a soupiré, mais pas de ces soupirs de satisfaction, ah ! ah 1 non; c'était un soupir de regret, ah ! ah ! comme qui dirai : ah ! si cela se pouvait.

ROSELYN.

Grands dieux ! que viens~je d'entendre !

LOLOTTE

Et elle a ajouté : « Ne m'en parle jamais, ni à moi^, ni au docteur; car il sait bien lui-même que cela n'est pas possible. »

ROSELYN. à part, désolé.

Malheureux! qu'ai-je fait! Mais aussi comment me douter?... moi qui ne voulais qu'éloigner mes rivaux

LOLOTTE

Qu'avez-vous donc? est-ce que vous savez?

ROSELYN, affectant de sourire.

Oui. oui, sans doute ; mais rien n'est désespéré, tout peut se réparer, pourvu que vous me promettiez le plus grand

silence. Pas un mot de cette conversation ni à votre cousine, ni à ces dames, ni au colonel.

LOLOTTE

Ei^t-ce que nos intérêts ne sont pas communs?

ROSELYN.

Vous avez raison, et avec de l'adresse et de l'amour, des raisonnements et de la logique... D'ailleurs ces dames me soutiendraient au besoin, car elles sont toutes pour moi. Eh ! mais quel est ce bruit ?

LOLOTTE

Ce sont elles.

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