SCÈNE XXIII
LOCARD, puis DURAND et AUGUSTE.
M"*« LOCARD.
Je le disais bien, qu'avec un homme de ce caractère, on ne pouvait compter sur rien, et j'ai bien fait de ménager
M. Durand... (L'apercevant au moment où il sort de l'étude.) Quoi !
monsieur, vous voilà? vous n'êtes pas encore parti?
DURAND
Non, madame ; je venais prendre congé de vous, et vous prier de ne pas m'attendre demain à midi.
M°^® LOCARD.
Et pour quelles raisons ?
DURAND
C'est que je suis forcé de retirer ma parole; non pas que votre fils ne soit un excellent sujet, et que son étude ne soit très-bonne ; mais enfin, il en doit une partie.
Je ne vous l'avais point laissé ignorer; d'ailleurs, mon fils est cautionné par son frère l'agent de change.
DURAND
D'accord; mais on prétend que l'agent de change est également cautionné par son frère le notaire ; et c'est cette double sûreté qui m'inspire, pour la dot de ma nièce, des craintes, sans doute mal fondées.
U^^ LOCARD.
C'en est assez, monsieur, et je devine de qui vous tenez ces renseignements.
AUGUSTE
C'est de moi, madame.
"Il, — XIV. 8
AIR d'Aristippe.
Avec tout autre il eût fallu, je pense,
Me taire ici... mais près d'un bienfaiteur
J'étais forcé de rompre le silence;
Par là je perds tout espoir de bonheur.
Je me souviens des lois que Ton m'a faites ;
Un seul espoir était, je le sens bien.
Mon seul trésor... et, pour payer mes dettes,
Sans hésiter, j'ai donné tout mon bien.
DURAND, à Auguste.
Non, mon ami, il n'en sera pas ainsi, madame est trop juste pour te punir d'une confidence que tu me devais. Je ne lui ferai point observer que, voulant établir son fils, il est peut-être de son intérêt de ne point laisser ébruiter cette affaire. Ce serait un moyen indigne de nous; mais elle comprendra sans peine qu'un jeune notaire ne doit éloigner aucune clientèle, que la mienne et celle de mes amis peuvent être utiles à M. Alexandre.
AIR : A soixante ans, on ne doit pas remettre. {Le Dîner de Madelon.)
Oui, votre fils parviendra, je parie,
S'il veut goûter mes conseils, et s'il croit
Que le travail, le temps, l'économie,
Sont, pour payer les charges que l'on doit,
Le vrai moyen, le plus sûr, le plus droit;
Mais, par un hymen mercenaire, Én se vendant, quand on croit acquitter Un riche emploi, trop cher à supporter. On perd l'estime, à mes yeux bien plus chère, Car on ne peut jamais la racheter.
M™® LOCARD.
Vous ne pouvez pas douter, monsieur, du prix que nous attachons à votre amitié, et si, pour la conserver, il ne faut que consentir au mariage de ma filleule...
AUGUSTE
Il se pourrait !.,.
LA CHARGE A PAYER
M"^^ LOCARD.
Aussi bien, tant que cette petite fille sera ici, mon fils ne voudra jamais se prêter à mes projets; mais je vous préviens qu'elle n'a point de fortune.
DURAND
Qu'à cela ne tienne, je les emmène avec moi; et je donne à Auguste une place de quatre mille francs dans mon commerce, (a Auguste.) Acceptes-tu?
AUGUSTE
Que je suis heureux !
U^^ LOCARD.
Quoi ! vous renoncez à votre état, vous qui pouviez un jour devenir notaire ?
AUGUSTE
Oui, comme tant d'autres, notaire à crédit, pour me marier par spéculation, et acheter ma charge aux dépens de mon bonheur ! non, non ; j'aime mieux donner ma démission de troisième clerc.