SCÈNE VL Les mêmes; M^^ DE MELCOURT; puis JOHN
DELMAR
Qu*entends-je? madame de Melcourt chez moi! quel bonheur inattendu !
M™® DE MELCOURT, étonnée.
Monsieur Delmar ! eh ! mais, monsieur, comment êtes-vous ici pour me recevoir?... Je venais voir mon oncle, pour qui on a retenu un logement dans cette maison, et l'on m'a dit : « Montez au premier. »
DELMAR
Je récompenserai mon portier; c'est un homme qui a d'heureuses idées.
M^e jjj, MELCOURT.
Et moi, je le gronderai. M'exposer à vous faire une visite ! Que dira M. Rondon, qui est mauvaise langue ?
RONDON.
Oh ! madame, je suis bon enfant.
DELMAR
N'allez-vous pas me reprocher un bonheur que je ne dois qu'au hasard ? M. votre oncle va arriver dans l'instant ; j'ai promis au docteur Rémy de le recevoir.
l^me MELCOURT.
Le jeune Rémy ! vous le connaissez ? vous êtes bien heureux; c'est l'homme invisible : il m'était recommandé, mais jamais il ne s'est présenté chez moi, et cependant je lui
LE CHARLATANISME
porte le plus vif intérêt. J'ai reçu de ma jeune cousine une lettre si pressante !... Il faut absolument faire connaître ce jeune homme.
DELMAR
Il ne le veut pas.
M^^ DE MELCOURT.
Comment I il ne le veut pas ! il le faudra bien ; nous lui donnerons de la vogue malgré lui, et sans qu'il s'en doute.
DELMAR
Ce serait admirable !
M^e DE MELCOURT.
Et pourquoi pas, si vous me secondez?
RONDON.
Ce sera une conspiration.
I^me DE MELCOURT.
AIR : Au temps heureux de la chevalerie. Oui, conspirons pour l'unir à sa belle.
DELMAR et RONDON.
Nous sommes prêts.
M^® DE MELCOURT.
Marchons donc hardiment; Et si le sort nous était infidèle,
(Montrant son aigrette.) Ralliez-vous à mon panache blanc.
DELMAR
Du Béarnais jadis c'était l'emblème.
M"^® DE MELCOURT.
Avec raison je l'invoque en ces lieux : Notre entreprise est digne de lui-même, Nous conspirons pour faire des heureux,
]Vime DE MELCOURT, DELMAR et RONDON.
Notre entreprise est digne de lui-même, Nous conspirons pour faire des heureux.
U^^ DE MELCOURT.
11 faut d'abord quelques articles de journaux.
DELMAR
Voici Rondon qui s'en chargera.
RONDON.
Certainement; un médecin, ce n'est pas un confrère; moi, je suis bon enfant... Donne-moi des notes, (ii va s'asseoir à la abie, et écrit.) ft Le docteur Rémy... »
DllLMAR.
Auteur d'un ouvrage sur le croup.
RONDON, écrivant.
« Le docteur Rémy, le sauveur de l'enfance, l'espoir des « mères de famille... »
DELMAR
Il fait tous les soirs un petit cours de physiologie.
RONDON.
Un petit cours ! (Écrivant.) « C'est aujourd'hui que le célèbre « docteur Rémy termine son cours de physiologie. On com- « mencera à sept heures précises. Les voitures prendront la « file au coin de la rue Neuve-des-Mathurins, et sortiront « par la rue Joubert. »
DELMAR
Parfait ! Dès qu'on promet de la foule, tout le monde y court, (u appelle.) Johu, John ! (John paraît.) tu iras à la préfecture demander dcux gendarmes.
JOHN
Oui, monsieur.
DELMAR
Gendarmes à cheval surtout ! on les voit mieux, et cela attire de plus loin.
DE MELCOURT.
Attendez donc ! il y a une place vacante à l'académie de médecine de Paris.
LE CHARLATANISME
DELMAR
C'est ce que nous disions ce matin. ^
RONDON.
Il faut qu'il Tait.
M^^ DE MELCOURT.
Il l'aura; c'est aujourd'hui que l'on prononce. On est incertain entre deux rivaux ; de sorte qu'un troisième qui se présenterait pourrait tout concilier.
RONDON.
Oui; mais encore faudrait-il faire quelques visites; et jà* mais ce monsieur ne s'y décidera.
DELMAR
Je les ferai pour lui, et sans qu'il le sache. J'irai voir le président, et je mettrai des cartes chez les autres.
M"^^ DE MELCOURT.
Moi, j'irai voir leurs femmes.
AIR : Amis, voici la riante semaine. [Le Carnaval. )
Je tâcherai de séduire ces dames.
Qui séduiront leurs époux. C'est ainsi
Que l'on parvient, c'est toujours par les femmes;
Voilà comment j'ai placé mon mari.
' Nous courrons tous. ,
M^® DE MELCOURT.
Grâce à nos promenades.
Notre docteur est dans le bon chemin ; Rien ne lui manque.
DELMAR
Excepté des malades, Et le voilà tout à fait médecin !
Mine MELCOURT.
C'est vrai; il faut lui trouver quelques malades riches, des malades de bonne compagnie ou des petits malades de grande
maison... Attendez ! Fambassadrice d'Espagne me demandait ce matin un médecin pour sa femme de chambre. Ensuite, je connais une princesse polonaise dont le singe s'est cassé la cuisse, la princesse Jockoniska,
DELMAR
Cela suffit pour commencer, (ii appeUe.) John, John ! Dès que le docteur Rémy sera rentré, et qu'il y aura du monde... (il lui parle bas.) Tu m'eutcuds, l'air inquiet, effaré...
JOHN
Oui, monsieur.
(il sort.)
M^e DE MELCOURT.
On monte l'escalier ; je reconnais la voix de mon oncle, celle de sa fille; ce sont nos voyageurs.
RONDON.
Moi, je vais à l'imprimerie ; je sors par la porte dérobée.
M^e DE MELCOURT.
Ah ! monsieur a deux sorties à son appartement?
DELMAR
Les architectes ont tout prévu.
RONDON.
Sans doute, un garçon 1 et un auteur dramatique !... mais je n'en dis pas davantage, parce que je suis bon enfant.
(il sort par la porte à droite.)