DÉMONSTRATION DE CECI
Il faut être riche pour être ministre, puisque la représentation à laquelle les mœurs obligent les ministres leur fait dépenser beaucoup plus d’argent qu’ils n’en reçoivent de l’Étal, et cela se conçoit sans peine, puisqu’un
NOTES DE VOYAGES
ministre en Angleterre est forcé de vivre au milieu d’un monde politique tout plein de splendeur.
Il faut être riche pour être membre des Communes, puisque l’élection coûte immensément.
Il faut être riche pour être juge de paix, lord lieutenant, haut sheriff, maire, overseer ofihepoor, puisque ces places ne sont point rétribuées.
Il faut être riche pour être avocat et juge, puisque l’éducation qui mène à ces deux professions est extrêmement chère.
Il faut être riche pour être ecclésiastique, puisqu’il faut aussi, pour le devenir, s’être procuré une éducation dispendieuse.
Il faut être riche pour être plaideur, car celui qui ne peut donner caution doit aller en prison. Il n’y a pas de pays au monde où la justice, ce premier besoin du peuple, soit plus le privilège des riches. Au delà du juge de paix, il n’existe pas de tribunaux pour le pauvre.
Enfin, pour acquérir celte richesse, qui est la clef de tout le reste, le riche a encore de grands privilèges, puisqu’il trouve plus facilement des capitaux ou des situations qui lui permettent de s’enrichir encore luimême ou d’enrichir ses parents.
Comment s’étonner du culte de ce peuple pour l’argent ? L’argent n’est pas seulement le signe représentatif de la richesse, mais du pouvoir, mais de la considération, mais de la gloire. Aussi, tandis que le Français dit : tin tel a cent mille francs de rente, l’Anglais dit :
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un tel vaut cent mille livres de rente (he is worth four Ihousand pounds a vcar).
Les mœurs vont plus loin encore clans ce sens que les lois ; ou plutôt les lois ont modelé les mœurs sur elles.
L’esprit, la vertu même, paraissent peu de chose sans l’argent. L’argent se mêle à tous les mérites et s’y incorpore en quelque sorte. Il comble tous les vides qui peuvent se trouver entre les hommes, mais rien ne saurait le suppléer.
Les Anglais n’ont laissé au pauvre que deux droits : celui d’être soumis à la même législation que les riches et de s’égaler à eux en acquérant une richesse égale. Encore ces deux droits ne sont-ils pas plus apparents que réels, puisque c’est le riche qui fait la loi et qui crée à son profit, ou à celui de ses enfants, les principaux moyens d’acquérir la richesse.
Londres, » juin t8r»r>.
Les lois sur les contrats sont si obscures et si mal faites, que, pour s’assurer la propriété d’une terre, il faut de toute nécessité recourir aux soins d’un avocat habile, lequel ne peut qu’après de longues études, et en se faisant payer très-cher, vous garantir contre l’expropriation et le double payement . On n’achète donc que de grandes terres, et on ne les achète que quand on est déjà très-riche. Ainsi le pauvre est exclu de la propriété foncière.
NOTES DE VOYAGES
Londres, 20 mai 1855.
J'ai vu aujourd’hui deux des radicaux les plus vifs de la chambre des communes. L’un, M. R***, me disait que la réforme ne marcherait jamais franchement tant qu’on n’aurait pas refoulé an milieu des tories les whigs, qui, après tout, n’en sont qu’une fraction mitigée.
— Permeltez-moi, lui répondis-je, d’envisager les objets sous un autre aspect. Le succès prochain (car le succès final est, je crois, assuré) de la réforme dépend, je crois, d’un événement contraire. La société anglaise me parait divisée en trois catégories :
Dans la première sc trouvent la presque totalité de l’aristocratie proprement dite, et une grande partie des classes moyennes, en les prenant par le haut; elle forme le parti tory ou conservateur.
La seconde se compose d’une partie des classes moyennes, en les prenant par le bas, et de cette portion de l’aristocratie, que la première catégorie ne comprend pas. Celle-là a des instincts plutôt que des opinions arrêtées de réforme ; elle se laisse aller sans résistance à l’esprit du temps qui porte là. Ce sont les vvliigs; ils marchent an jour le jour, sans trop savoir où le chemin qu'ils suivent aboutira.
La troisième se compose des basses classes, du peuple proprement dit. Celle-là sait, ou plutôt ses chefs savent précisément ce qu'ils veulent faire; ils détruisent tout l’ancien éditiccde la société aristocratique de leur pays...
11 me semble que dans l'étal actuel de la société et des opinions en Angleterre, avec les cent mille liens d’habitudes, de goûts, de vanités et d’intérêts, qui unissent ensemble toutes les classes placées au-dessus du simple peuple, les réformateurs doivent considérer comme un bonheur inespéré de trouver dans l'intérieur de ces mêmes classes des auxiliaires qui les aident à démolir, sans vouloir la démolition. Dans
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tout pays, cl peut-ctrc surtout dans celui-ci, vouloir faire une révolution complète avec le peuple seul contre toutes les classes riches et éclairées réunies a toujours été une entreprise presqu'impraticable, et dont les résultats ont été funestes. Je considère donc l’union des Réformées .à une portion de conservateurs comme la circonstance la plus favorable à la marche lente, mais toujours progressive des premiers, et je regarderais comme un ajournement presque certain de la réforme l’union des whigs et des tories, avant que la grande majorité des whigs n’eût été entraînée peu à peu dans une voie d’innovation où la retraite ne fût plus possible.
A cela, MM. U*** et X*** répliquèrent que les radicaux, en s’effaçant derrière les whigs, en se laissant oublier, en ne marchant plus en un mot à la tète des passions et des idées du parti qui les avait envoyés à la chambre, risquaient de se perdre au prolit des tories, car les whigs avaient déjà éprouvé assez de désertions pour n’ètre plus en état de tenir seuls la campagne, et les radicaux ne pouvaient venir efficacement à leur secours qu’en tenant toujours en mouvement les passions du peuple Un creating a great excileinent) : ce qu’ils ne pouvaient faire en se mettant purement et simplement à la remorque des whigs.
Ils ajoutaient qu'une partie des lumières de la nation et la presque totalité de la propriété étaient dans les mains des tories. Ceux-ci, à la longue et dans les luttes de détail, ne pouvaient manquer de triompher, comme nous le voyons déjà, tandis que les radicaux ne pouvaient espérer de réussir que par à coups et dans une agitation générale, le mouvement des passions publiques faisant taire alors la voix de l'intérêt privé. Or, ce mouvement, ils ne pouvaient le créer, et pouvaient même perdre la faculté de le produire en se laissant absorber par les whigs *.
1 Je persiste à croire tout cela plus subtil que vrai : un raisonnement
NOTES DE VOYAGES
Ils ajoutaient encore : Toute la classe supérieure cl la plus grande partie de la classe moyenne, comme vous le disiez tout à l’heure, est déjà passée aux tories ; une portion de la classe moyenne, qui se rapproche le plus du peuple, y passe journellement. — Cela étant, dis-je, il est probable que d'ici à un an nous verrons sir Robert Peel 1 dans le ministère, et qu’il se fera un point d’arrêt momentanément dans la marche de la réforme, car vous ne paraissez en état ni de saisir vous-même le gouvernement, ni de diriger dans votre sens ceux qui le tiennent.
Ils avouèrent l’un et l’autre que l’événement leur semblait probable.
Caractères généraux < les radicaux anglais.
Il existe des analogies générales entre les radicaux anglais et ceux de France. Mais ou remarque entre eux des différences bien plus grandes encore. Voici les plus saillantes, telles qu’elles s'otlrent jusqu’à présent à ma pensée :
1° Tout ce que j’entends dire aux radicaux (je parle des chefs) inspire un véritable respect pour le principe au nom duquel ils agissent. Je n’ai jamais surpris en eux l'intention d’imposer à la nation (même pour son bien) un état politique qui ne fût pas de son choix. Toute la question, pour eux, est de gagner la majorité : et je n'ai jamais vu qu’ils eussent l'idée de le faire autrement qu’à l’aide des formes légales.
Le trait le plus caractéristique du radical français est de vouloir faire par la puissance de quelques-uns le bonheur du
d'hommes pressés de jouir, plutôt que d'hommes préoccupés du soin d'assurer le succès.
* On sait qu'à celle époque ( 1 855) sir Robert Peel, devenu plus tard le promoteur des [dus grandes réformes, était encore le chef du parti conservateur. (Sole de l'éditeur.)
VOYAGE EN ANGLETERRE
3hl
plus grand nombre, et de mettre la force matérielle et le mépris de la loi au premier rang des moyens de. gouvernement.
2“ Quoique les radicaux anglais ne portent point à la propriété ce respect superstitieux qu'ont les tories, ils me paraissent cependant professer pour elle un respect très-réel. Ils ne doutent point que ce respect ne soit la base première d’une société civilisée:
Le radical français montre souvent beaucoup de mépris pour la propriété : et prêt .à la violer dans la pratique, il l’attaque en théorie ;
5“ Parmi les radicaux anglais il se trouve un très-grand nombre de sectaires exaltés. Il s’y rencontre aussi un assez grand nombre d’hommes que l’esprit philosophique français a gagnés ; mais enfin ceux-là mêmes croient fermement à la nécessité politique de la religion, et lui portent un respect réel.
Un des caractères principaux du parti radical français est de représenter non-seulement les opinions antichrétiennes, mais les doctrines philosophiques les plus antisociales...
Londres, <1 juin 1835.
Système judiciaire.
Les Anglais sont le premier peuple qui ait eu l’idée de centraliser la justice. Celte innovation, qui date du commencement de l’ère normande, peut être considérée comme une des causes des progrès plus rapides qu’a faits cette nation dans la civilisation et la liberté.
Ils ont établi certaines cours qui sont uniques dans le royaume et qui ne siègent qu’à Londres, telles que la cour du chancelier ( the court of Chaucenj) et celle, je crois, de Kinys bench. Ces cours attirent à elles, à Londres, le jugement de tous les procès de certaine nature.
Quant au plus grand nombre des procès appelés common laïc
5b2 NOTES DE VOYAGES.
suils (procès du droit commun), ils sont jugés par les juges séparés d'un tribunal central, lesquels juges parcourent annuellement le pays. Ainsi, d’une part, on attire le procès auprès d’un tribunal central ; de l'autre, un tribunal central se transporte auprès du plaideur. Des deux manières on arrive à la centralisation de la justice.
Mais si l’on envisage avec soin l’état des choses, on découvre qu’en définitive une très-grande partie des procès échappe à la direction centrale. Il y a en effet trois ordres de tribunaux qui ne sont pas soumis à cette direction centrale :
1“ Les juges de paix : les juges de paix individuellement, ou réunis en tribunal at the quarter sessions , ont le droit de juger une très-grande partie des délits qui se commettent dans les campagnes. Leur droit s'étend à tous les crimes qni n’emportent pas la peine capitale ou la transportation pour plus de quatorze ans '. -
2° Les Corporate courts : ce sont les tribunaux établis dans certains bourgs par les chartes royales, pour juger les affaires civiles et criminelles qui prennent naissance dans le bourg. La juridiction de ces tribunaux, ratione maleriæ , est en général fort étendue dans les chartes. Mais les cours centrales ont peu à peu attiré à elles la connaissance des affaires les plus importantes.
5° The local courts. Le Parlement, qui n’a jamais montré une grande confiance dans les corporations, en même temps qu’il créait au milieu de la plupart d’entre elles une administration publique qui leur était étrangère, a créé également des tribunaux locaux, chargés, je crois, particulièrement d'assurer l'exécution des règles locales qu’il traçait. Ces cours locales ont une juridiction assez bornée. Les trois
• Les juges de paix ne prononcent, je crois, de peines graves que dans leur capacité collective.
VOYAGE EN ANGLETERRE. ôb.i
ordres de tribunaux que je viens d’cnumerer jugent sans appel
Londres, i-> juin 1835.
Esprit Irijislatif.
Esprit législatif anglais : mélange incompréhensible d’esprit novateur et d’esprit routinier ; qui perfectionne le détail des lois et n’en aperçoit pas le principe; qui ne procède qu'en ligne droite., poussant pas à pas dans la direction où il se trouve sans jamais regarder à droite ou à gauche, pour lier entre elles les différentes roules qu’il trace; actif et contemplatif; qui veille pour apercevoir le plus léger abus, et dort à côté des plus monstrueux; qui épuise son habileté «à réparer, cl ne crée, pour ainsi dire, qu’à son insu et par hasard ; le plus inquiet d’amélioration et de bien-être social , et le moins systématique dans la recherche de ces choses; le plus impatient et le plus patient; le plus clairvoyant et le plus aveugle ; le plus puissant dans certaines choses, le plus faible et le plus embarrassé dans certaines autres; qui maintient quatre-vingts millions d’hommes dans l’obéissance à trois mille lieues, et ne sait comment résoudre les plus petites difficultés administratives; qui excelle à tirer parti du présent, et qui ne sait pas prévoir l’avenir. Qui trouvera le mot, pour expliquer ces contradictions?
NOTKS DK YOUGKS.
3,'it
Londres, 30 mai insr.. • • . • • -
ESI1UT D'ASSOCI VTION, F.SPMT D’EXCLCSION. ANOMALIES.
Je vois dans ce pays bien des choses que je ne comprends point encore entièrement, entre autres celle-ci :
Il me parait régner en Angleterre, d'une manière presque égale, deux esprits d’une nature sinon tout à fait contraire, au moins très-diverse.
L'un porte les hommes à mettre en commun leur force pour arriver à une foule de résultats qu’en France nous n’avons pas même l'idée d’atteindre de cette manière. On s'associe dans des laits de science, de politique, de plaisirs, d’arts, d'affaires...
L’autre porte chaque homme, ou chaque association d hommes, à jouir le [dus possible isolément de ses avantages, à se renfermer le plus possible dans sa personnalité, et à ne laisser qui que ce soit y mettre l’œil ou le pied.
On raconte qu’un amateur d’objets d'art possédait un vase antique très-précieux ; il apprend qu’il en existait un autre semblable. L’ayant acheté à très-haut prix, il le lit briser en sa présence, afin de pouvoir dire qu’il n 'existait dans le monde qu’une merveille de cette espèce, et qu'elle lui appartenait. Il est très-probable que col homme était un Anglais. Le sentiment jaloux de la propriété exclusive est si développé dans ce pays, que je le considère comme’un des traits les plus caractéristiques de la physionomie nationale.
Vu V AGE EN ANGLETERRE.
Pour ou revenir mi sujet de celte note, je ne comprends pas bien comment l’espril d’association et l’esprit d’exclusion dont je viens de parler peuvent exister d’une manière si développée chez le même peuple, cl souvent s'y combiner d’une façon si intime. Exemple, un club1 : quel plus bel exemple d'association que l'union des individus qui forment le club ? Quoi de (dus exclusif (pie l’individu représenté par le club? Ceci s’étend à presque toutes les associations civiles et politiques... les corporations... Voyez les familles, comme elles se divisent, dès que les oiseaux peuvent sortir du nid !
Je suis porté à croire, en y réfléchissant, que l’esprit d’individualité est la base du caractère anglais. L'association est un moyen que les lumières et la nécessité ont suggéré pour se procurer des objets que les forces individuelles ne peuvent acquérir. Mais l’esprit d’individualité perce de toutes parts : il se retrouve sous toutes les faces. Peut-être peut-on dire qu’il a servi indirectement au développement de l’autre en donnant à chaque homme une ambition et une somme de désirs plus grande que celle qui se rencontre partout ailleurs. Cela étant, l’association est devenue un besoin plus généralement senti, à mesure que la passion d’acquérir a été plus générale et (dus vive. J’imagine que si on pouvaildonner aux Français plus de lumières qu’ils n’en ont, ils seraient plus naturellement portés à l’esprit d’association que les Anglais.
1 Le club, oii Angleterre, ré(>oml it l'idée que nous présente te cercle en France.
NOTES DE VOYAGES
Birmingham, 2fi juin 1835.
Nous trouvons ici autant de bienveillance qu’à Londres; mais ce sont deux sociétés qui ne se ressemblent guère. Ces gens-ci n’ont pas un moment à eux. Ils travaillent comme s’ils devaient devenir riches ce soir et mourir demain. Ce sont, en général, des hommes trèsintelligents, mais à la manière des ouvriers. La ville elle-même n’a aucune analogie avec les autres villes des provinces d’Angleterre; elle se compose tout entière de rues semblables aux rues du faubourg Saint-Antoine. C’est un immense atelier, une grande forge, une vaste boutique. On n’y voit que des gens affairés, des visages noircis par la fumée. On n’y entend que le bruit des marteaux et le sifflement de la vapeur qui s’échappe de la chaudière. On dirait l’intérieur d’une mine du nouveau monde. Tout y est noir, sale et obscur, quoiqu’il s’en échappe à chaque instant de l’argent et de l’or.
Birmingham, 27 juin 1835.
En 1650, Birmingham avait 5,472 habitants.
En 1854 155,058
Conversation avec M. \“*.
D. Pourquoi cet accroissement rapide?
H. La ville de Birmingham n’a point de corporation, et c’est une; des sources de sa grandeur. Presque toutes les corporations gênaient les dystenlen (les dissidents «le l’Église anglicane), Birmingham n’ayant point de
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corporation a attire de très-loin à elle la population des dynenlers. Presque toutes les corporations avaient prescrit des règles générales pour le commerce. Birmingham étant pour ainsi dire sans gouvernement, la liberté y attire tous les hommes qui l’aiment ou en ont besoin.
Birmingham, 27 juin 1855l
Conversation avec M. X'**, avocat.
1). Quelle est l’opinion dominante à Birmingham?
B. L’opinion de la très-grande majorité est radicale.
D. Parlez-vous des manufacturiers et des ouvriers en même temps?
R. Des uns et des autres.
D. Avez-vous connaissance de ce qui s’est passe à l’époque de la grande union politique de Birmingham ?
R. Oui. Celte union, surtout à l’époque de la tentative du duc de Wellington de rentrer au ministère, enveloppa presque toute la population de Birmingham. Ou était alors déterminé à marcher sur Londres, si le bill de réforme* n’avait [>oint été accordé ; les manufacturiers d’armes auraient donné des fusils, l’impulsion était irrésistible. Je suis con • vaincu que c’est l’évidence du danger qui a arraché aux tories leur assentiment au bill. Birmingham n’est séparé que par cent onze milles de Londres, et l’opinion était favorable.
1). Les unions politiques se sont-elles reformées depuis celte époque?
R. Elles commençaient à se reformer sous le dernier ministère Peel, mais maintenant elles n’existent point; et aujourd’hui notre population ne se mêle que fort peu de politi-
* Le bill de 1852, qui a donné la réforme électorale cl parlementaire.
NOTES DE VOYAGES
que. Cependant elle a appris à connaître son pouvoir. L’existence d’une population ouvrière de 150,000 âmes agglomérée si près de la capitale et possédant toujours dans son sein un immense dépôt d’armes de guerre est un fait trèsgrave.
I). Y a-t-il à Birmingham une classe de gens désoccupés? R. Non. Tout le monde travaille à faire fortune. La fortune faite, on va eu jouir ailleurs.
Birmingham, ->u jmn ims.
IDÉES RELATIVES A LA CENTRALISATION ET A L'INTRODUCTION lit POUVOIR JUDICIAIRE DANS L'ADMINISTRATION.
Introduction du pouvoir judiciaire dans l'administration; île la nécessité des différents moyens dont les peuples peuvent se servir pour l’y introduire... Il y a sur ce sujet non pas un chapitre, mais un livre à faire, et l’un des plus importants que l’on puisse concevoir. La nécessité d’introduire le pouvoir judiciaire dans l’administration est une idée centrale à laquelle me ramènent toutes mes recherches suice qui a permis et peut permettre aux hommes la liberté politique...
Déduction des idées.
De quelle manière on peut considérer les obligations de la société vis-à-vis de ses membres.
La société est-elle obligée, comme on le croit chez nous, de garantir l’individu et de faire son bonheur? ou plutôt sa seule obligation n’est-elle pas de donner à I individu des moyens faciles et sûrs de se garantir lui- meme et de se créer une existence heureuse?
La première notiôu : plus simple, plus générale, plus uni-
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forme , plus saisissable par les esprits à demi éclairés cl superficiels.
La seconde : plus compliquée, plus divisée dans son application, plus difficile à concevoir, mais seule vraie, seule compatible avec l’existence de la liberté politique, seule capable de faire des citoyens et même des bommes.
Application de cette idée à l'administration publique. Centralisation, division dans l’intérieur du pouvoir administratif. Portion dn sujet que je ne veux point traiter en ce moment, sur laquelle ce que je vois eu Angleterre et ai vu en Amérique jette d’immenses lumières et permet de former des idées générales. Les Anglais eux-mcincs ignorent la bonté de leur système. Manie centralisante qui s’est emparée du parti démocratique. Pourquoi? Passions analogues à celles de la France de 1781) par des motifs assez analogues. Bizarrerie des institutions du moyen âge. Haine du parti radical contre l'aristocratie qui les a superstitieusement conservées, et qui s’en sert à son profit. Esprit novateur, disposition révo-lutionuairc à n’apercevoir que les abus de l’étal présent : tendance générale des démocraties. Heureuses difficultés que rencontrent ceux qui veulent la centralisation en Angleterre : lois, habitudes, mœurs, esprit anglais rebelle aux idées générales et uniformes, ami de la spécialité. Goût du chez-soi introduit dans la vie politique.
Tout ce qui précède est plutôt une digression du sujet que le sujet lui-même : m’y voici.
La plus salutaire de toutes les institutions qu’on puisse créer pour mettre à la portée de l'individu les moyens de travailler lui-même à son bonheur, c’est l'établissement d’une justice véritablement indépendante et agissant dans un cercle beaucoup plus étendu que celui où nous l'avons renfermée. (A noter beaucoup d’autres avantages réagissant d'une manière encore pins directe sur l'existence d’institutions libres.)
NOTES DE VOYAGES
r»Gü
Principe des Anglais en matière criminelle, peut être pousse trop loin. Nous errons dans l'autre sens. Les Anglais, en rendant la justice civile très-chère, ont manqué essentiellement au principe qu’on vient d’énoncer. Ils n’ont point lait, il est vrai, dépendre en celle matière l'appui de la société du gouvernement; mais ils ont laissé le pauvre dans l'état sauvage.
Principes des Anglais en matière d'administration publique. J’ai peut-être tort de dire principes : car la chose s’est établie d'elle-méme par la nécessité de laisser subsister des corps électifs et de les faire obéir. (L’Amérique devra être étudiée de nouveau sur la même question : là, principes analogues plus simples et plus rationnels.)
Division des autorités administratives locales. Pas de hiérarchie entre elles. Intervention continue du pouvoir judiciaire pour la faire obéir. Division du pouvoir judiciaire pour le rendre moins formidable. Presque tous les actes administratifs aboutissent à des procès, ou se revêtent des formes judiciaires. Système des amendes substitué à la réprimande ou à la destitution administrative. Sou utilité, ses grands avantages dans le gouvernement et les détails de la société. Pouvoir continu et conservateur qu'il met dans les mains des particuliers. Système des fonctions obligatoires : ses avantages, sa nécessité...
Publicité. Plaidoirie des intéressés. Action individuelle sans cesse possible, soit pour faire agir le pouvoir administratif, soit pour se garantir de ses excès. Immenses avantages politiques et moraux de ce système, indiqués en partie par l idée générale placée en tête de celte note.
Pourquoi le gouvernement anglais, quoique les localités soient indépendantes, est fort. Administration spéciale 1 1 souvent hiérarchique pour les objets qui intéressent tout I empire. Intervention du pouvoir judiciaire, même en ces matières, mais tribunal central.
VOYAGE EM ANGLETERRE
Différences entre la constitution du pouvoir judiciaire anglais et américain. Analogies.
Application de toutes ces idées à la France. Que l’avenir de la liberté politique tient à la solution du problème...
Impossibilité de faire coexister l'un à coté de l'autre un pouvoir administratif électif, et un pouvoir administratif nommé sans l'arbitrage du pouvoir judiciaire. Ce (pii se passe en France le prouve. Nous marchons à l'indépendance administrative des départements, ou à leur asservissement complet et à la destruction de la vie municipale...
Discussion pratique sur ce sujet. Introduction graduelle du principe anglais et américain qui, à vrai dire, n’est que le principe général îles peuples libres. Précautions à prendre pour conserver un pouvoir central fort...
Comment les Anglais ont placé presque tout le pouvoir administratif national dans le parlement. Avantages et vices de ce système. Comment on pourrait abandonner leurs principe sur ce point, en le conservant sur beaucoup d’autres. Avantages de leur système actuel, applicables à un système différent, tels que publicité, forme et garanties judiciaires.
Manchester, 2 juillet 1855.
Caractère particulier de Manchester : la grande ville manufacturière des tissus de fil, colon, etc., comme Hirminghain l’est des ouvrages de fer, de cuivre et d’acier.
Circonstances favorables : à dix lieues du plus grand port de l’Angleterre (Liverpool), lequel est le port de l’Europe le mieux placé pour recevoir sûrement et en peu de temps les matières premières d'Amérique. A côté, les plus grandes mines de charbon de terre pour faire marcher à bas prix scs machines. A vingt-cinq lieues (Birmingham) le lieu du monde où se fabriquent le mieux ces machines. Trois canaux et un chemin de fer pour transporter rapidement et
SÛTES DE VOYAGES
économiquement dans toute l'Angleterre cl sur tous les points du globe ses produits. — A la tète des manufactures, la science, l'industrie, l'amour du gain, le capital anglais. Parmi les ouvriers, des hommes (des Irlandais), <|iii arrivent d'un pays où les besoins de l’homme se réduisent presque à ceux du sauvage, et qui peuvent travailler à très-bas prix ; qui, le pouvant, forcent les ouvriers anglais, jaloux d'établir une concurrence, à faire à peu près comme eux. Ainsi réunion des avantages d'un peuple pauvre et d'un peuple riche; d'un peuple éclairé et d'un peuple ignorant, de la civilisation et de la barbarie. Comment s’étonner que Manchester qui a déjà trois cent mille âmes s’accroisse sans cesse avec une rapidité prodigieuse?
r. juillet ta:.:., Manchester.
Dans le rapport de lu commission des corporations municipales i Report from Commissioners on municipal Corporations, p. 31 1, je vois, à l'article du lievenu des bonrys, le produit d'amendes imposées à ceux qui refusent de remplir des emplois publics dans la corporation. C’est là un fait remarquable cl qu'il ne faut pas oublier
Manchester, r> juillet 1**5.
Il y a une grande centralisation en Angleterre ; mais quel est son caractère? Gouvernemental et non administratif. Elle descend cependant comme la nôtre dans de Irès-pclits et souvent dans de très-puérils détails. I.a manie rêijleinenlaire qui n’est pas une manie française, mais une manie d 'homme* et de puissance , se
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retrouve lù connue ailleurs. Mais elle ne peut s'y exercer qu’une fois en passant, et ne saurait atteindre que trèsincomplétemcnt son objet .
CONSÉQUENCES DE CE QUE I.E POIIVOIII CENTRALISATEUR EST DANS LES MAINS DE LA LÉGISLATURE ET NON DK L'EXÉCUTIF.
Conséquences fâcheuses :
Lenteurs, dépenses, impossibilité de certaines mesures; inspection impossible.
Conséquences heureuses :
Publicité, respect des droits, obligation de s’en rapporter aux autorités locales de l’exécution des lois ; tendance naturelle à diviser l’action administrative, afin de ne pas créer un pouvoir rival trop fort. Centralisation très-incomplète, par cela même qu’elle est exercée par un corps législatif; de principes plus que de faits; (générale malgré sa volonté de détailler.
Grandeur et force de l’Angleterre qui s’explique par la puissance de la centralisation sur certains points.
Prospérité, richesses, liberté de l’Angleterre, qui s’explique par l’absence de centralisation sur mille autres.
Le principe de la centralisation et le principe de l’élection des autorités locales : deux principes en opposition directe. Introduction des amendes comme moyen administratif; agence des tribunaux ; intervention des tiers; seuls moyens de combiner jusqu’à un certain point les deux principes dont le premier est essentiel à la force cl à l’existence de l’filat ; le second, à sa prospérité et à
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sa liberté. L’Angleterre n’a pas trouvé d’autre secret. Tout l’avenir des institutions libres en France est dans l’application de ces mêmes idées au génie de nos lois.
Parlement qui se mêle de tout ; qui a le pouvoir de dispenser de l’exécution des lois : idée dont les conséquences sont immenses pour comprendre la construction politique et administrative de cette société...
Pouvoirs féodaux, délégation du pouvoir central à des bourgs, à des trustées, à des administrations locales de tout genre. Le Parlement a seul le droit absolu de gouvernement, droit applicable à tout l’empire et à chaque portion de l’empire : seul principe général. Tout le reste, exceptions.
Manchester, 5 juillet 183.‘>.
L'action administrative du gouvernement ne se retrouve dans presque aucuns détails, en Angleterre.
Presque tous les services publics sont entre les mains de petits corps délibérants, sous le nom de trustées ou commissioners (commissaires ou fidéicommissaires), créés de tout temps par le Parlement, qui, à l’époque de la création, nomme les membres qui doivent les composer. Si, ensuite, il survient des vacances, ce n’est presque jamais (je crois que je pourrais dire jamais), le roi ou ses agents qui les remplissent, c’est le corps électoral, ou le plus souvent les membres restants euxmêmes. C’est ce qu’on nomme le système des Self-elected Bodies. Ce système est prédominant. 11, s’étend jus-
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qu'aux corporations ; on n’entcml jamais parler du roi dans l’administration.
Manchester, 5 juillet 1835.
Aspect extérieur.
... Une plaine ondulée, ou plutôt une réunion de petites collines. Au bas de ces collines, un fleuve de peu de largeur (l’Irwall), qui coule lentement vers la mer d’Irlande. Deux ruisseaux (le Meddlok et l’Irk), qui circulent au milieu des inégalités du sol et après mille circuits viennent se décharger dans le fleuve. Trois canaux, faits de main d'homme, et qui viennent unir sur ce même point leurs eaux tranquilles et paresseuses. Sur ce terrain aquatique, que la nature et l’art ont contribué à arroser, sont jetés comme au hasard des palais et des chaumières. Tout dans l'apparence extérieure de la cité atteste la puissance individuelle de l’homme; rien, le jiouvoir régulier de la société. La liberté humaine révèle à chaque pas sa force capricieuse et créatrice. Nulle part ne se montre l’action lente et continue du gouvernement.
... Au sommet des collines que je viens de décrire, s’élèvent trente ou quarante manufactures. Leurs six étages montent dans les airs. Leur immense enceinte annonce au loin la centralisation de l’industrie. Autour d’elles ont été semées comme à volonté les chétives habitations du pauvre; on y arrive par une multitude de petits sentiers tortueux. Entre elles s’étendent des terrains incultes qui n’ont
NOTES UK VOYAGES.
plus les charmes de la nature champêtre, sans présenter encore les agréments des villes. La terre y est déjà remuée, déchirée en mille endroits; mais elle n’est point «ncore couverte des demeures de l’homme. Ce sont les landes de l’industrie. Les rues cpii attachent les uns aux autres les membres encore mal joints de la grande cité, présentent, comme tout le reste, l'image d’une œuvre hâtée et encore incomplète : eflort passager d’une lapidation ardente au gain, qui cherche à amasser de l’or, pour avoir d’un seul coup tout le reste, et, en attendant, méprise les agréments de la vie. Quelques-unes de ces rues sont pavées, mais le plus grand nombre présente un terrain inégal et fangeux, dans lequel s’enfonce le pied du passant ou le char du voyageur. Des tas d’immondices, des débris d’édifices, des flaques d’eau dormante et croupie se montrent çà et là le long de la demeure des habitants ou sur la surface bosselée et trouée des places publiques. Nulle part n’a passé le niveau du géomètre et le cordeau de l’arpenteur.
De ce labyrinthe infect, du milieu de celle vaste et sombre carrière de briques s’élancent, de temps en temps, de beaux palais de pierre dont les colonnes cannelées surprennent les regards de l’étranger. On dirait une ville du moyen âge, au milieu de laquelle se déploient les merveilles du dix-neuvième siècle. Mais qui pourrait décrire l’intérieur de ces quartiers placés à l’écart, réceptacle du vice et de la misère, et qui enveloppent et serrent de leurs hideux replis les vastes palais île la richesse? Sur un sol plus bas que le niveau du
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fleuve el dominé de toutes parts par d’immenses ateliers, s’étend un terrain inanicngeux, que des fossés tracés de loin en loin ne sauraient dessécher ni assainir. Là aboutissent de petites rues tortueuses et étroites, que bordent des maisons d’un seul étage, dont les ais mal joints el les carreaux brisés annoncent de loin comme le dernier asile que puisse occuper l’homme entre la misère et la mort.
Au-dessous de ces misérables demeures, se trouve une rangée de caves à laquelle conduit un corridor demisouterrain. Dans chacun de ces lieux humides el repoussants sont entassées pôle mêle douze ou quinze créatures humaines...
Tout autour de cet asile de la misère, l’un des ruisseaux dont j’ai plus haut décrit le cours traîne lentement ses eaux fétides, que les travaux de l’industrie ont teintes de couleurs noirâtres. Son cours n’est point renfermé dans des quais. Les maisons se sont élevées au hasard sur ses bords. Du haut de scs rives escarpées, on le voit s’ouvrir péniblement un chemin au milieu des débris du sol, de demeures ébauchées ou de ruines récentes, C’est le Styx de ce nouvel enfer.
Cependant levez la tête, et tout autour de ce lieu vous verrez s’élever les immenses palais de l’industrie. Vous entendrez le bruit des fourneaux, les sifflements de la vapeur. ..
Ici est l’esclave, là est le maître ; là les richesses de quelques-uns, ici la misère du plus grand nombre ; là les forces organisées d’une multitude produisent, au
NOTES IlE VOYAGES. ( profil d’un seul, ce que la société n’avait pas encore ni donner. Ici la faiblesse individuelle sc montre plus débile et plus dépourvue encore qu’au milieu des déserts.
Une épaisse cl noire fumée couvre la cité. Le soleil parait au travers comme un disque sans rayons. C'est au milieu de ce jour incomplet que s’agitent sans cesse trois cent mille créatures humaines. Mille bruits s’élèvent incessamment au milieu de ce labyrinthe humide et obscur. Ce ne sont jioint les bruits ordinaires qui sortent des murs des grandes villes.
Les pas d une multitude affairée, le craquement des roues qui frottent les unes contre les autres leur circonférence dentelée, les cris de la vapeur qui s’échappe de la chaudière, les battements réguliers du métier, le roulement pesant des chars qui se croisent, tels sont les seuls bruits qui frappent incessamment votre oreille. Nulle part vous n’entendrez le pas des chevaux cnlrainant le riche habitant vers sa demeure ou ses plaisirs. Nulle part les élans de la joie, les éclats de la gaieté, l’harmonie des instruments qui annoncent un jour de fêle. Nulle part vous ne verrez l’heureuse aisance promenant scs loisirs au milieu des rues de la cité, ou allant chercher de simples jouissances dans les campagnes environnantes. Une multitude se presse sans cesse dans ce lieu, mais ses |>as sont brusques, ses regards distraits, son aspect sombre et rude...
C’est au milieu de ce cloaque infect que le plus grand fleuve de l’industrie humaine prend sa source et va le-
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condor l’univers. De cet égout immonde l’or pur s’écoule. C’est là que l’esprit humain se perfectionne et s’abrutit ; que la civilisation produit ses merveilles et que l’homme civilisé redevient presque sauvage...
Liverpool, 5 juillet 1835.
Action du pouvoir judiciaire dans l'administration publique.
Exemple : En 1791, M. Walker est élu councilman de Liverpool par les bourgeois. Question de savoir si la charte on l'usage donne ce droit d’élection aux bourgeois, ou s’il n’appartient pas au corps des councilmen (self elerted body). On attaque l'élection comme illégale devant la cour du banc du roi. La charte se taisant et les parties arguant l'usage, procès; la cour renvoie l’affaire devant le jury du comté de Lancastre (le comté où est situé Liverpool). Le jury déclare que l’usage est contraire au droit d’élection par les bourgeois, et M. Walker perd son siège. L’année suivante, l’élection de .M. fllantell donna lieu au même procès, qui fut jugé de la même manière. Depuis ce temps, le droit exclusif des councilmen n’a plus été contesté '.
Manchester, 5 juillet 1835.
Autorités administratives exerçant des poursuites judiciaires.
Beaumont me disait avoir vu hier dans le journal l’historique d’un procès fait à un M. Wood, de Manchester, pour avoir employé dans sa manufacture des enfants au-dessous
1 Enquête faite par les Corporalion-Commissionners h Liverpool. 2 novembre 1833.
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de douze ans, et les avoir fait travailler plus que le temps voulu.
Le parlement a fait,, il y a quelques années, une loi qui défend d'employer dans les manufactures les enfants audessous d’un certain âge et plus d’un certain temps. La meme loi, je pense, a institué, sur tous les points les plus manufacturiers du royaume, des fonctionnaires chargés de veillera son exécution. Ce sont ces ofliciers qui poursuivent les contraventions à la loi devant les tribunaux ordinaires. Ceci offre un bon exemple des habitudes administratives anglaises. En général, le premier venu poursuit. Mais voici une matière dans laquelle il n'est pas probable que personne poursuivit; car qui est lésé par le délit? l’enfant et les parents de l’enfant. Mais l’enfant lui-même n’a qu’une idée imparfaite de son droit et de l'utilité du droit, et ses parents sont complices du délit. Dans ce cas, le parlement est obligé d’employer un poursuivant d'office. Mais comme le pouvoir central n’a, dans les localités, aucun fonctionnaire fixe, il est forcé de nommer ad hoc , dans certains lieux, des agents qui ne sont chargés que de cette spécialité. Partout où ces agents n’existent point, la loi est mort-née.
Liverpool, 7 juitîet îsss. *
COMMENT ON PEUT ATTRIBUER AUX PRINCIPES POLITIQUES DES ANGLAIS UNE PAIITIE PE LEUIt PROSPÉRITÉ COMMERCIALE ET MANUFACTURIÈRE.
Originairement le pouvoir politique, en Angleterre, comme dans le reste de l’Europe, était exclusivement dans les mains de la noblesse proprement dite. La noblesse anglaise, ayant eu de bonne heure l’idée et le besoin de s appuyer sur les classes moyennes, et, n’ayant
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pu le faire qu’en leur donnant un pouvoir politique, l’aristocratie de l’argent ne tarda pas à s’établir, et, à mesure que le monde devint plus civilisé et les moyens de s’enrichir plus aisés, elle s’accrut, tandis que l’autre aristocratie ne cessa, par les mêmes raisons, de perdre. Depuis cinquante ans, à peu près, on peut considérer cette révolution comme accomplie en Angleterre. A partir de celte époque, la naissance n’est plus qu’un ornement ou tout au plus un aide de l’argent. L’argent est la vraie puissance. La richesse n’est donc pas seulement devenue en Angleterre un élément de considération, de plaisirs, de bonheur; mais encore un élément, et, on pourrait dire, le seul élément du pouvoir, ce qui ne s’était jamais vu, à ce que je sache, chez aucune autre nation et dans aucun autre siècle. Ce poids immense, étant mis dans la balance du côté de la richesse, toute l’àme humaine fut entraînée de ce côté. On a attribué à la richesse ce qui lui revient naturellement et aussi ce qui ne lui revient pas. La richesse a donné la jouissance matérielle, le pouvoir, et aussi la considération, l’estime, le plaisir intellectuel. Dans tous les pays, il semble malheureux de n’ètre pas riche. En Angleterre, c’est un horrible malheur d'être, pauvre. La richesse réveille d’un seul coup l’idéo du bonheur et toutes les idées accessoires du bonheur; la pauvreté, ou même la médiocrité, l’image de l’infortune et toutes les idées accessoires de l’infortune. Chacun des ressorts de l'àme humaine se trouva aussitôt tendu. vers l’acquisition des richesses. Dans d’autres pays, on recherche l’opulence pour jouir de la vie :
NOTES DE VOYAGES
Les Anglais la recherchent en quelque façon pour vivre.
Imaginez une semblable cause opérant avec une force progressive depuis des siècles sur plusieurs millions d’hommes, et vous concevrez sans peine que ces hommes soient devenus les plus hardis navigateurs et les plus habiles manufacturiers de la terre. Car les manufactures et le commerce sont les moyens les plus connus, les plus prompts et les plus sûrs de devenir riches. Newton a dit qu’il avait trouvé le système du inonde en y pensant toujours. Les Anglais ont trouvé, par le même moyen, l’art de s'emparer du commerce de l’uni vers.
Liverpool, 7 juillet 1835.