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Elle demanda au comte d'une voix mal assurée s'il comptait toujours quitter l'hôtel. Il répondit qu'ils'y disposait, et que son départ était .filé pour le lundi suivant.
— N'y a-t-il aucun moyen de retarder ce départ î demanda-t-elle d'un ton suppliant.
— Ce qui est ne peut se changer, répliqua le comte; avez-vous réfléchi à ce que vous comptez faire î
— Que voulez-vous que je fasse? dit-elle.
M. de Marsan ne repondit pas.
— Que voulez-vous? répéta-t-elle ; quel moyen puis-je avoir de vous fléchir? quelle expiation, quel sacrifice puis-je vous offrir que vous consentiez à accepter?
— C'est à vous de le savoir, dit le comte. — Il se leva et s'en fut sans en dire plus ; mais le soir même il revint chez sa femme, et son visage était moins sévère.
Ces deux jours avaient tellement fatigué Emmeline, qu'elle était d'une pâleur effrayante. M. de Marsan ne put, en le remarquant, se défendre d'un mouvement de compassion.
— Eh bien ! ma chère, dit-il, qu'avez-vousî
— Je pense, répondit-elle, et je vois que rien a' est possible.
— Vous l'aimez donc beaucoup? demauda-t-dl.
Malgré l'air iroïd qu'il affectait, Emmeline vit dans
cette question un mouvement de jalousie. Elle crut que la démarche de son mari pouvait Lien n'être qu'une tentative de so rapprocher d'elle, et cette idée lui fut pénible. «Tous les hommes sont ainsi, pensa-
t-elle ; ils méprisent ce qu'ils possèdent, et retiennent avec ardeur à ce qu'ils ont perdu par leur faute. » Elle voulut savoir jusqu'à quel point elle devinait juste, et répondit d'un ton hautain :
— Oui, monsieur, je l'aime, et là-dessns, du moins, je ne mentirai pas.
— Je conçois cela, reprit M. de Marsan, et j'aurais mauvaise grâce à vouloir lutter ici contre personne; je n'en ai ni le moyen ni l'envie.
Emmeline vit qu'elle s'était trompée ; elle voulait parler et ne trouvait rien. Que répondre, en eflet, à la façon d'agir du comte? Il avait deviné clairement ce qui s'était passé, et le parti qu'il avait pris était juste sans être cruel. Elle commençait une phrase, et ne pouvait l'achever; elle pleurait. M. de Marsan lui dit avec douceur :
— Calmez-vous ; songez que vous avez commis une faute, mais que vous avez un ami qui la sait, et qui vous aidera à la réparer.
— Que ferait donc cet ami, dit Emmeline, s'il était aussi riche que moi, puisque celte misérable question de fortune le décide à me quitter"; Que feriez-vous, si notre contrat n'existait pas ?
Emmeline se leva, alla à son secrétaire, en tira son contrat de mariage, et le brûla à la bougie qui était sur la table. Le comte la regarda faire jusqu'au bout.
— Je vous comprends, lui dit-il enfin ; et, bien que ce que vous venez de faire soit une action sans conséquence, puisque le double est chez le nolaire, celte action vous honore, et je vous en remercie. Mal" songez
J2S EMMELIKE.
Jonc, ajouta-l-il en embrassant Emmeline, songez donc que, s'il ne s'agissait ici que d'une formalité à annuler, je n'aurais fait qu'abuser de mes avantages. Vous pouvez d'un trait de plume me rendre aussi riche que vous, je le sais, mais je n'y consentirai pas, et aujourd'hui moins que jamais.
— Orgueilleux que vous éles, s'écria Emmeline désespérée, et pourquoi rc fuseriez- vous ?
M. de Marsan lui tenait la main ; il la serra légèrement, et répondit :
— Parce que vous l'aimez.