Oeuvres complétes d'Alfred de Musset Oeuvres posthumes
L'empereur vit, un soir, le soleil s'en aller; Il courba son front triste, et resta sans prier. Puis, comme il entendit ses horloges de cuivre, Qu'il venait d'accorder, d'un pied boiteux se suivre, Il pensa qu'autrefois, sans avoir réussi, D'accorder les humains il avait pris souci.
<i Seigneur, Seigneur, dit-il, qui m'en donna l'envie? J'ai traversé ta mer onze l'ois dans ma vie ; Dix fois les Pays-Bas ; l'Angleterre trois fois ; Ai-je assez fait la guerre à ee pauvre François ! J'ai vu deux fois l'Afrique et neuf fois l'Allemagne, Et voici que je meurs sujet du roi d'Espagne! Eh ! que faire à régner? je n'ai plus d'ennemi ; Chacun s'est dans la tombe, à son tour, endormi. Comme un chien affamé, l'oubli tous les dévore ; Déjà le soir d'un siècle à l'autre sert d'aurore.
Ai-je (loin;, plus habile, à plus longtemps souffrir, Seul parmi Unit de. rois, oublié de mourir?
Ou, dans leurs doipls ruidis quand lu coupe fui pleine (Jiiaiid le glaive (le [lien, pour niveler la plaine, lléiiina les grands monts, élais-je donc m bas, Que l'archange eu passant alors ne nie vil pas? M'en vais-jc donc vieillir ù eonipler mes campagnes, Comme un paslcui sesîxeufs descendant des montagne; l'our qu'on lise en mon cœur les leçons du passé, | Comme en un livre pâle et bientôt efface?
Trop avant dans la nuit s' allonge - ma journée. Dieu sait à quels enfants l'Europe s'est donnée! Sur quels bras va poser tout ce vieil univers, Qu'avec ses cent Étais, avec ses quatre mers Je portais dans mon sein et dans ma tète eliauve! l'bilippc ! que saint Jusl de ses crimes le sauve !
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Que pour su grande rpiV il (Huit trop petit,
N'a-l-il pas échangé le fiel cmUre la terre,
Contre un bourreau masqué sou confesseur austère?
La France!... oh! quel destin, eu ses jeux si profond,
Mil la duègne orgueilleuse aux mains d'un roi bouffon,
Qui s'en va, rajustant son poui-poiuL à sa taille,
Aux oisifs carrousels se peindre une bataille !
Ali ! ipiand mourut François, quel sage s'est douté
Que du seul Charles-Quint il mourait regretté?
Avec son dernier cri sonna mu dernière heure.
Où trouver mainlrnaiiL pen-muie qui nie pleure?
Jlon lils me laisse i('i m'achever; car enfin
Qui lui dira si c'e*t de vieillesse ou de faim?
Il me donne la mort pour prix de sa naissance !
.Iles bienfaits l'uni ïiiéïi de sa reconnaissance.
Il s'en vient me pousser lorsque j'ai trébuché. —
CHAULE S -QUI NT A SAINT-JUST. 3 C'est bien. — Je vais tomber. — Le soleil s'est couché ! 0 terre ! reçois- moi ; car je te rends ma cendre ! Je vins un de ton sein, nu j'y vais redescendre. »
C'est ainsi (pie parla cet homme au cœur de 1er;
Puis, se voyant dans l'ombre, il eut peur de l'enfer !
« 0 mon Dieu! si, cherchant un pardon qui mYlïat.T,
Je trouvais la colôiv écrite sur la face,
Comme ce soir, mon œil, clierchaiiL le jour qui fuit,
Dans le ciel dépeuplé ne trouve que la nuit!
Quoi ! pas vn rêve, un signe, un mot dit à l'oreille,
Dont l'écho formidable alors ne se réveille!
Non! — Rien à vous, Seigneur, ne peut être caché,
Kyrie eleison ! car j'ai beaucoup péché ! ■ >
Alors, avec des pleins il disait sa prière, Les genoux tout tremblants et le front sur la pierre. Tout à coup i! s'arrête, il se lève, et ses yeux Se clouaient à la terre et sa pensée aux cieux.
Voici que, sur l'autel couvert de draps funèbres, Les lugubres flambeaux ont rompu les ténèbres, Et les prêtres debout, comme de noirs cyprès, S'assemblent, étonnés des sinistres apprêts, lît les vieux serviteurs disaient : « Qui donc va naître Ou mourir? » et pourtant priaient sons le connaître; Car les sombres clochers s'agitaient à grand bruit. Et semblaient deux géants qui pleurent dans la nuit. Tous frappaient leur poitrine et respiraient à peine. Sous les larmes d'argent le sépulcre d'ébène S'ouvrait, lit nuptial par la mort apprêté, Où la vie en ses bras reçoit l'éternité.
Alors un spectre vint, se traînant aux murailles.
Livide, épouvanter les mornes funérailles.
Maigre et les yeuï éteints, et son pied, sur le seuil
De granit, chancelait dans les plis d'un linceul.
« Qui d'entre vous, dit-il, me respecte et m'honore?
(Et sa voiï sur l'écho de la voûte sonore
Frappait comme le pas d'un hardi cavalier.)
(In 'il s'eD vienne avec moi dormir sons un pilier !
Je m'y couche, et j'attends que m'y suive qui m'aime.
Pour ceux qui m'ont haï, je les suivrai moi-même;
Ils y sont. — Prions donc pour mes crimes passés;
Pleurons et récitons l'hymne des trépassés! t
Il marcha vers sa tomhe, et pâlit : « Qui m'arrête,
Dit-il? Ne faut-il pas un cadavre à la fête? t
El le cercueil cria tous ses membres elarés.
Puis le cliœur entonna l'hymne des trépassés.