I.e ciel est sans nuage, et le monde en repos
Serait-ce par hasard quelque mauvais présage?
Un songe peut agir sur l'esprit le plus sage;
Mais, pour un qui dit vrai, bien d'autres ont menti.
AUGUSTE
Par un songe souvent les dieux mont averti ; Mais le doute où je suis, rien ds tel ne l'inspire. Je ne redoute rien , ■ — mais je pense à l'empire, A ces Romains que j'aime, et qui m'aiment aussi, Et ce n'est pas pour moi que j'ai quelque souci.
Vous vous disiez heureux, seigneur, dès qu'on vous aime.
AUGUSTE
Puisse de votre Iront ee léger diadème, Livie, à tout jamais éloigner tout ennui, Et que le plaisir seul voltige autour de lui !
Que je sois seul chargé du terrible héritage Qu'à la mort de César je reçus en partage, Lorsque sous les poignards le plus grand des humains Tomba, laissant le monde échapper du ses mains ! Non que de vos conseils et de votre prudence Je ne veuille au besoin réclamer l'assistance ; De la vulgaire loi votre esprit eïceptc Nous montre la sagesse auprès de la beauté.
Je le savais ; mon cœur voua en a mieus chérie. Ma sœur jusqu'à présent fut ma seule Égérie ; Sur vos deux bras charmants maintenant appuyé, J'aurai deu\ confidents, l'amour et l'amitié.
Ils vous seront, seigneur, fidèles et sincères.
AUGUSTE
Or donc écoutez-moi, mes belles conseillères. Revenant rl'Actiura, quand tout me lut soumis, Resté dans l'univers seul et sans ennemis, N'ayant plus qu'à régner, j'eus un jour la pensée, Voyant de ses tyrans Rome débarrassée, De lui rendre, après tout, l'état républicain, Et de briser, vainqueur, trois sceptres dans ma main. César était vengé ; que m'importait le reste ? Je crus dans ce projet voir un avis céleste.
Hais, comme en toute chose, avant d'eiéculer, C'est l'humaine raison qu'il nous faut écouter, J'appelai près de moi, de nos grands politiques, Les plus accoutumés aux affaires publiques.
D'une et d'autre façon le point fut débattu ;
LE SONGE D'AUGUSTE
D'un ni d'autre côté je ne fus convaincu.
Donc, je Testai le maître, et suivis ma fortune. Aujourd'hui j'ai chassé uelLe idée importune. Mon troue m'est trop cher pour le vouloir quitter,
Alors qu'auprès de moi vous veue* d'y monter,
Mais un tourment nouveau m'afflige et me dévore ;
Ma gloire inassouvie en moi s'éveille encore.
J'ai voulu, j'ai cherché, j'ai conquis le repos.
Et ce bien qu'on m'envie est le plus grand des uiaus.
Moi qu'on a toujours vu, durant toute ma vie,
Tenir l'oisiveté pour mortelle ennemie.
11 faut que mon bras dorme, et qu'ayant tout vaincu,
Je désapprenne à vivre, à peine ayant vécu.
J'ai cette fois ciicor, sur ce mal qui m'accable,
Consulté ce que Rome a de considérable.
Les uns m'ont conseillé de réformer les lois,
De fonder, de créer des peuples et des rois,
D'accroître mes trésors, de régner, cl d'attendre;
Les autres, de marcher sur les pas d'Alexandre,
De le surpasser même, et, par delà l'Indus,
D'aller chercher au loin des pays inconnus.
Pas plus que l'autre fois leur facile éloquence
N'a fait dans mou esprit naître la confiance.
Ceux qui veulent la fjuenv, en crojaiil me flatter,
M'indiquent des écueils que je dois éviter ;
Ceux qui veulent la paix, par un motif contraire,
Mo font trouver plus grand ce que j'hésite à taire.
Voilà ce qui m'a fairte soir vous appeler,
Ma sœur, et c'est de quoi j'ai voulu vous parler.
Mon frère, quand César, voyant sa toi trompée, Franchit le Rubicon pour marcher à Pompée,
20 ŒUVRES POSTHU1IES.
Plus d'un vaillant guerrier, blanchi par les combats,
Était à ses cotés, qu'il ne consulta pas.
Comme par l'aquilon ses aigles décharnées
S'élançaient du sommet des Alpes étonnées,
Et lorsqu'il arriva, son épée à la main,
A peine savait-on qu'il était en chemin.
Lorsqu'on demande avis, qu'on doute, qu'on hésite,
Sur le bien qu'on poursuit, sur le mal qu'on évite,
Est-ce Auguste qui parle? ou, par quel changement,
Est-ce ainsi, devant lui, qu'on parle impunément?
En vous écoulant dire, ou je nie suis méprise,
Ou vous avez au cœur quelque vaste entreprise.
Ce dessein, quel qu'il soit, m'est sans doulc inconnu,
Mais l'ennui qui vous lient de là vous est venu.
Depuis quand, dites-moi, le maître de la terre
A-t-il dont condamné ta ] mutée à se taire?
Devant quelle fortune ou quelle adversité
te neveu de César a-l-il donc hésité ?
Est-ce aux champs de Modène? Est-ce aux murs de Permise?
list-ce quand Marc-Antoine, avec sa noire épouse,
Fuyait épouvanté, par notre aigle abattu,
Ou quand Brutus mourant reniait- la vertu?
Quand le jeune César (c'est ainsi qu'on vous nomme)
Autrement qu'en triomphe est-il entré dans Rome?
Pour combattre aujourd'hui vous n'osez en sortir,
A moins que vos rhéteurs n'j daignent consentir !
Que ne demandez-vous le conseil d'un esclave?
Souvenez -vous, seigneur, sou venez -vous, Octave.
N'est-ce rien que ces chunls, ces rameaux de laurier,
Un seul nom dans la vois d'un peuple tuut entier?
Rappelez-vous ces joins, qui furent vos délices,
Les autels tout couverts du sang des sacrifices,
Votre coursier sans tache, et qui ne voulait pas
LE SOHGB D'AUGUSTE.
Fouler aux pieds lus fleurs qu'on jetait sous ses pas ; Rappeler- vous surtout, si vous faites la guerre, Ces trois mots que César nous écrivait naguère : a Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu ! n
AUGUSTE
Chère sœur,
En tonte occasion j'aime à voir un grand cœur. J'écoute avec plaisir, dans voire jeune tête, Le vieil esprit romain respirant la conquête. Ce coursier, dont les pas vous ont semblé si doux, Les rois égyptiens me l'ont donné pour vous, làvie, à votre tour, parlez ; que dois-je faire?
LIVIK.
Seigneur, dans ce palais je suis presque étrangère ; A peine aux pieds des dieux j'ai lléchi les genoux ; J'arrive, et dans ces lieu* je ne connais que vous. Rome en ces questions est trop intéressée, Pour qu'il me soit permis de dire ma pensée...
AUCUSTR.
Quelle est-elle ?
La paix 1 J'admire, et n'aime pas Cette gloire qu'on trouve a chercher les cnmbals. J'en demande pardon et donnerais ma vie Plutôt quo de déplaire à ma sœur Octavic ; Maïs l'empereur a lait tout ce qu'on peut oser : Revenant d'Aotiuni, on peut se reposer.
Je suis femme, seigneur. Aussi bien que personne Je sens battre mon cœur lorsque le clairon sonne. Hais César est vengé, c'est vous qui le disiez ; La tête de Brutus a roulé sous vos pieds.
A qui sut l'aire tant que reste-t-il à faire ? La patrie aujourd'hui vous appelle son pèrr
Le peuple vous chérit, vous met au rang des dieux,
lit, vivant sur la terre, il vous voil dans les cieux.
Que pourrait un combat, que pourrait une armée,
Pour ajouter encore à votre renommée?
Que nous apprendrez- vous quand vous serez vainqueur?
Il ne iaut point aller [jIus loin que le bonheur.
César (nous le savons), marchant sur sa parole,
A franchi le ruisseau qui mène au Capitole ;
Mais de veiller sur lui les dieux s'étaient lassés ;
L'inflexible destin avait dit : u C'est assez! »
Du nom que vous portez conservez la mémoire ;
Pensez à l'avenir et respectez l'histoire.
Ne laissez pas de vous un vain réve approcher ;
Votre gloire est a nous, — vous n'y pouvez toucher,
OCTAVIE
Jamais, pour qui sait vaincre, il n'est assez de gloire. La paix, quand on la veut, c'est encor la victoire.
OCTÀVIE.
A la voir trop facile, on peut la dédaigner.