LES HOMMES DE COTON
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rai blâmé l’exhibition faite par certains marchands des charmes féminins qu’ils débitent. — Hélas ! les deux sexes n’ont rien à s’envier, et ne se cachent rien.
— Les hommes se piquent de franchise à leur tour.
— C’est un combat à armes loyales, sans guet-apens, sans tromperies’, charmes sur table.
J’ai vu, hier, dans une boutique, rue Richelieu, le manifeste des hommes, en réponse à celui des femmes édité par les marchands de crinoline.
Le manifeste des femmes disait ; « 11 faut nous aimer, esclaves volontaires qui faites les insurgés, et nous aimer comme nous sommes. Si nous prenons la £e[Q6 ^ corriger un peu les erroups, 1^ distractions,
les négligences, les omissions de la nature, ça n*est pas pour TOUS subjuguer, nous n’avons pas besoin de cela, et tous n’en valez pas la peine. S’il n’y avait que vous au monde, vous êtes tellement à nous, et vous vous connaissez si peu en parure, que tout ce qu’on daignerait faire pour vous serait de se laver les mains régulièrement et de peigner ses cheveux de temps en temps. On est toujours assez bien pour vous. Mais c’est pour les autres femmes que nous prenons de la peine, c’est à cause d’elles que notre toilette est une œuvre d’art. Tout fusil peut tuer un étourneau ; c’est par vanité, entre chasseurs, que l’on a un fusil de Devisme, monté en argent et damasquiné. — Chaque femme est sa propre poupée, qu’elle habille et arrange. Il ne s’agit pas d’être vraiment belle, mais d’être bien habillée. Peu importe qu’on achète de la gaze ou des cheveux, des perles ou des dents, que l’on ait des hanches ♦n chair ou en crin. Pour l’artiste, les moyens ne signifient rien quand le but est atteint Nous ajouterons même que les réelles beautés sont souvent encombrantes ; qu’une poupée sans corps est bien plus facile à habiller comme on l’entend. Les vrais cheveux, comme les vraies hanches, ont une place fixe, tandis que, si vous les mettez comme vot jupes, vous les mettez où et comme vous voulez.
ENCORE LES FEMMES. m
» Ainsi, messieurs les hommes, vous nous aimeres <^^me nous sommes, vous nous aimerez en baleine, vous nous aimerez en crins, vous nous aimerez en bois, si cela nous parait nécessaire d’être en bois, pour que nos robes nous aillent mieux. »
Le manifeste des hommes, étalé dans la boutique de lia rue de Richelieu, se compose de gilets et de caleçons de flanelle, de ceintures lacées, de mollets en coton, etc.
Et ce manifeste dit :
« Ah ! vous avez cru qu’en échange de poupées de crins, on allait vous donner des Hercules et des Antinoûs en chair et en os 1
» Eh bien I et nous aussi, nous sommes mal bâtis,
— et nous aussi, nous sommes maigres et chétifs, — et nous aussi, nous avons de trop gros ventres et de trop grêles mollets. Ah I nous aimons des crins ! Eh bien vous aimerez du coton I
» Nous aimons des femmes artificielles I vous aimerez des hommes postiches i on vous rendra juste la monnaie de vos pièces ; on vous payera en vos propres valeurs, <— comme disent les négociants. » ^