UNE BELLE PAROLE D’UNE VIEILLE FEMME
On m’a contô une belle parole d’une vieille femme; cette parole a une noblesse et une grandeur toute ro-* maine et Spartiate, et je plains ceux qui, en l’enten-' dant, ne sentiraient pas un petit frisson à la racine des cheveux.
Un des devoirs dont les amis en général s’acquittent avec le plus de soin et d’enthousiasme, c’est évidemment de vous rapporter tout ce qu’ils ont pu entendre* lire ou apprendre qui puisse vous blesser ou vous affliger.
Supposez le plus obscur, le plus inconnu, le plus anonyme, le pins souterrain dos journaux; que n’iiu«
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porte qui y glisse sournoisement deux lignes înalveiN tantes dans lesquelles vous ne seriez désigné que par des initiales, ou même des astérisques ou des étoiles.
Il se trouvera toujours un ami qui trouvera ce journal, qui le lira, qui vous devinera sous les initiales, qui comptera soigneusement le nombre des étoiles, pourvoir si le nombre, selon Tusage antique, est égal au nombre de lettres sous-entendues, puis il viendra vous apporter ^cet ennui, ce chagrin, cette insulte déterrée par lui; il apportera 'chez vous ce moustique errant et égaré, dont vous n’auriez jamais entendu parler, et il vous l’appliquera sur la peau.
Toujours est-il que cette vieille femme a un fils, que ce fils porte [comme elle un nom historique par lequel il était naturel de le supposer engagé et obligé.
Mais la lumière s’est faite aux yeux de ce fils ; il a cru devoir faire des transactions, renoncer au passé, au bénéfice sinon de l’avenir, au moins du présent ; en un mot, abandonner les sentiers où il avait longtemps suivi ses pères, et s’engager seul et résolûment sur une grande route nouvellement percée.
A la vieille femme fidèle aux traditions de sa famille, on avait cru devoir cacher ce qui, dans ses idées soudées et durcies comme ses os, aurait en l’air d’uns apostasie. Mais il s’est trouvé, comme je le disais toul
à l’heure, un ami qui est venu lui apporter cette douleur.
— Ça n’est pas vrai, dit-elle.
— Ohl mon Dieu! reprit l’ami, il n’est pas le seul, d’ailleurs, dont le nom était également un en-^ gagemcnl, a pris le parti de suivre la foule.
— Oui, dit-elle, mais lui, du moins, il a attendu sa mère fût morte.