‹ Œuvres complètes d'Alphonse Karr Feu bressierChapitre 23 sur 23 · I'EU B II ESSIEU · texte numérisé non relu

I'EU B II ESSIEU

Post-scriptum.

C’était, en effet, Arnold hedort que Cornéiie avait épouse, précisément le jour ou Paul Seeburg se faisait présenter chez un homme qui avait un ami qui peut-être consentirait à lui donner un libretlo d’opéra.

Cornéiie avait fini par céder aux obsessions de ses parents et à de n’ètre pas mariée.

Le père Mois.v mt d’une joie délirante quand, au bout de quelques mois, sa femme lui apprit que Cornélie était grosse; on fit des projets à perte de vue, on s’occupa du bonheur de l’enfant, on discuta tous les systèmes, on passa en revue tous les états. On ne tomba d’accord que sur une seuie chose, c’est qu’on appellerait l’enfant Aline, si c’était une fille, et Théodore, si c’était un garçon. On lui fit à l’avance une riche layette, on orna son berceau, on lui broda des bonnets. Cornélie annonça qu’elle le nourrirait. Sa mère s’y opposait. Après de longues discussions, Cornéiie l’emporta, en promettant de se résigner à donner l’enfant à une nourrice, si elle se sentait trop faible pour remplir ce premier devoir maternel.

Cornéiie assurait que ce serait un fils, elle en parlait sans cesse, lui achetait des joujoux; le père Morsy annonça qu’il lui donnerait sa bibliothèque.

— Je ne veux pas, disait Cornéiie, que mon Théodore aille jamais en pension.

— Je vois d’ici, disait M. Morsy, que Théodore sera un enfant gâté et bien mal éievé.

FEU BRESSIER.

— Je n e le gâterai pas. répondit Cornélie; mais je veux présider à son éducation, je ne veux pas le conlier à des mains mercenaires.

— Mais, s’il fait des fautes, qui le corrigera?

— Moi, mais avec douceur, avec tendresse. Grand Dieu! comment peut-on conlier son enfanta des étrangers? Si on battait Théodore !

Mais, cette joie, ces projets, tout s’évanouit au bout de quatre mois : Cornélie mit au monde un enfant ébauché, un rudiment d’enfant haut de quatre pouces : ç’aurait été un garçon. Le père le mit dans un bocal d’esprit-de-vin.

Ce fut un grand chagrin dans la maison : Cornélie avait tant parlé de cet enfant, que de ne pas l’avoir lui sembla le perdre; elle pleura de ce qu’il ne naissait pas comme elle l’eût pleuré s’il était mort; elle lit toutes' sortes de folies, elle affecta de mettre pendant longtemps quelque chose de noir dans sa toilette.

On attribua cet accident à plusieurs causes aussi fausses les unes que les autres : la vérité était que le peu qui était resté aux moustaches de Redort de l’ame de feu Bressier n’avait pas suffi, à beaucoup près, pour donner la vie à ce qui aurait été Théodore.

Cornélie en parla longtemps avec d’amers regrets.

Surtout quand elle voyait d’autres enfants :

— Théodore aurait cet âge.

— Voilà un bel enfant! Théodore lui aurait ressemblé.

— Ah! le vilain enfant! comme il est mal élevé! Mon Théodore n’aurait jamais fait cela.

PEU BRESSIER.

— Mon Dieu! peut-on battre un enfant ainsi! Non, non, Théodore, tu n’aurais jamais été battu, toi!

Quelquefois même, si elle entendait parler d’une action généreuse, d’un trait de courage ou de dévouement, elle disait avec orgueil :

— Théodore en aurait fait autant.

Quand on eut laissé pendant quelque temps le désappointement s’ériger ainsi en douleur, quand on eut permis un libre cours aux regrets de Cornélie, on s’aperçut que la prolongation en deviendrait ridicule; on finit par la plaisanter de certaines exagérations; le bocal, longtemps tombe d’un fils, finit par devenir un objet de curiosité, et fut oublié sur le haut d’un bahut dans l’atelier.

Et il arriva de ce chagrin comme de tous les autres; ce qui avait tant coûté de larmes devint un sujet de plaisanteries. Les amis de Redort, et Arnold Redort lui-même, se servaient du fœtus suspendu à un fil, dans son bocal, comme d’un baromètre.

Et Cornélie, un jour, dit sérieusement à son mari, qui allait sortir :

— Prends un parapluie, Théodore monte.

Sainte-Adresse, 18...

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