‹ Œuvres complètes d'Alphonse Karr RaoulChapitre 15 sur 22 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

EamEJ , vêtu comme les autres esclaves, HaeoA, vieiT esclave.

EMPSAEU

Avec de longs efforts lentement je me traîne ;

Mes pieds mal assurés me soutimnent A peine.

MAGOA.

Quoi donci un homme brun, un enfant des forâti^

De la fatigue ainsi peut redouter l'excès I N'as-tu jamais porte la hache de la gaerre?

Sur les sables brûlants, d'une course légère N'as-tu jamais laissé l’empreinte de tes pas?

Llesefavage a-t*il pu briser ainsi tes brasi

EXP&AEJ..

Magua, c’est sur le cœur que pèse l’esclavage...

Zoralde... Cinq foi* a paru la lumüre Depuis que je n’ai vu Zoralde et ma mère,

• Oh I si d’un seul regard, d’un regard de douleur.

D'un seul regard d’amour elle échauffait mon cœiu 1 Si sa main un instant frémissait dans la mienne.

Si ma bouche un instant respirait son haleine 1...

Mon sang est tout glacé, mon courage est brisé.

Et sous le poids des fers mon cœur est écrasé...

Elle est venue ici 1 mon eœur est plus henreur.

Ses pieds ont touché donc ce sol... M... dans ces lieux...

RAOUL 179

' Et je ne sais quoi d’elle est resté sur la ienO;

Dans l'air que je respire..,

lUGCA.

Et cependant ton përe

Etait un grand guerrier; ensemble, aux premiers rang^

Mous avons combattu dans^des combats sanglants ;

Son aspect noble et fier répandait l'épouvante.

La mort suivait les coups de sa bacbe sanglante,

Et sur la même natte on nous a vus souvent,

Au retour du combat, reposer un moment.

Et le chef des guerriers, vaincu par l’esclavage,

De vivre parmi nous n’a pas eu le courage.

Pour moi, vingt-cinq hivers de leurs sombres haleines Ont refroidi le sang qui bouillait dans mes veines,

Et les fers sont moins lourds alors qu’on est moins fort.

Sans crainte, sans espoir, j’attends ici la mort;

Mon tour viendra bientét... Tous les ans le feuillage,

Jeune et vert quelque temps, nous donne un doux ombrage; Hais quand la froide bise amène les hivers,

Il jaunit, roule au loin, vole jouet des airs...

Ou courage! Empsaêl.

EKVSAEI,.

Ah 1 si tu m’avais vu

Traverser les forêts, leur ombrage touffu.

Et, bravant le couroux des ondes mugissantes. Franchir de nos torrents les vagues ëcumantes. J'étais heureux alors et j'étais libre encor;

Mon pied rasait le sol comme le vent du nutd... Aussi libre que lui, je foulais l’herbe épaisse.

Je marchais au hasard, selon que ma paresse,

Ou la chasse ou Pameur guidaient mes pas errante..*

RAOUL

l îa -

mcDi.

le me rappelle encore ma case et le feuillage.

Les deui hauts eftronnters dont le mobile ombrage.

Couronné de fruits d’or, s’étendait sur mon toit;

Quand, fatigué le soir,'je revenais chez moi.

Au-dessus des palmier*, de leur tombre feuilUe,

De ma case on voyait s’élever la fumée...

On entend du bruit; — les esclaves s’éloignent. Zoraïde entre avec Loyse et veut rester seule. — Elle re- ■»ette les ornements dont on veut la parer :

Ohl loin de moi toujours ornements superflu»!

Et pourquoi me parer, il ne me verra plus...

Quand nous étions ensemble, alors de ma parnre J'empruntais tous les frais à la riche nature;

Je mettais avec soin, dans l’or de mes cheveux,

Les fleurs dont les couleurs charmaient le plus ses yeoz...

Ce monologue est fort long; — il est heureusement, • quoique trop tard, interrompu par Empsaél que poursuit le chef des esclaves, qui veut le frapper. — Empsaël menace son agresseur — et voit Zoraïde. — Zoraïde renvoie le chef des esclaves, qui sort sur ce vers :

Je vais aller trouver le seigneur Fernandès.

Zoraïde et Empsaël restent ensemble.

Digilized by CoogI

RAOUL

EMPSAEU

Abl je revoit encore, j’entends ma Zoralde.

Tous mes maux ont passé comme une ombre rapide.

Un seul de tes regards a calmé ma douleur.

ZOBAmS.

Que scs traits sont changés par le poide du malheur!

Ses yeux seuls ont gardé ce regard dont la flamme Pénètre doucement jus<]u’au fond de mon âme.

Est'Ce ainsi qu’il devait reparaître à mes yeux !

BXFSiEL.

Fuyez, mes souvenirs, et laissez à mon âme D’un bonheur passager goûter la vive flamme.

Je. suis auprès de toi! mes fers sont plus légers!

Je suis auprès de toil Depuis cinq jours entiers,

Zoralde, ma main n’a pas pressé la tienne,

. Je n’ai pas respiré cette suave haleine,

Ta voix n’a pas sonné Jusqu’au fond de mon coeur.

* Ohl que de cet instant je sens bien la douceur I Fixe, fixe sur moi ce douloureux sourire I Ohl qu’il est pur cet air, cet air qu’elle respire!

Qu'il dispose mon âme aux rêves de bonheur I Ces pleurs longtemps captifs, qu’ils soulagent mon cœur!

Zoraïde veut qu’Empsaôl s’enfuie ; — mais Empsael refuse de quitter les lieux qu’habite son amante adorée .

Vivrais-je loin de toi, — loin de ma tendre amtef Loin de ma Zoralde 1 En toi seule est ma vie!

Elle est dans tes regards, quand leur triste langueur Répand dans tout mon être une douce chaleur.

Ha vie ! elle est encor sur ta bouche charmante Quand j’entends les accents de cette voix touchante f

îsa ' 'r RAOUL

, Si Empsael n’est pas très-sauvage, Zoraïde en rer '

• Vanche l’est beaucoup. Empsaèl veut la presser sur son cœur, elle le repousse avec efFroi, et s'écrie^Hin ton de reproche :

EmpsaCl I

SKFSAEL.

Tu me craini?...

MRAUB.

Tu n’^ pM QHtn ^pouf

Ah l âa Dieu qui noua Yoit redoutons le courrous.

EUmEL.

L'amour est un présent de ce Dieu tutélaire :

Il ne peut atticereon regard de.celëre;

 notre vie il est eomme aux prés sont ^s fleurs,

Comme aux fleurs du printemps leurs suaves odeurs.

L’amour anime tout, par l’amour lontirespire; ' > * .

De la divinité l’amour est un sourire.

Cela dure assez longtemps et durerait encore plùs si" * le chef des esclaves n’était allé chercher le seigneur'. Femandès. — Fernandès trouve sa fille dans les bras *■ d’Ëmpsaél. Il est furieux. Empsaèl lui récite le^ quatre-vingts vers d’injures que doit subir ‘tout tyran de tragédie, toutes fois et quantes il plaît à sa' victime de les lui sangler. — Femandès lui répond, — seulement pour qu’il reprenne haleine, -^mais il lui avoue imprudemment que Mirrha est morte.

EUPSAEI..

' Elle est mortel elle est mortel

Quelle nouvelle aSreusol.Etcolui qui l’apporto...

r ' HAOUL ' ias

' • C’est son assassin!... C’est toi dont les fHraurs ^ De sa longue agonie ont causé les douleurs!

Oh ! ma mère! ma mère ! Oh ! quelle mort horrible Oh l qu’elle a dû souffrir dans ce moment terrible t •

Je crois rentendre...ià... d’un accent presque ’étûnt, JnToqiier scs deux fils contre son assassin!... tMes mifants, vengez-moi I — Tu le seras, ma mère...

Tes accents n'ont pas fui sur là brite légère,

Ils ont résonné là jusqu’au fond de mon cœur.

Il va frapper Fernandès d’un poignard, lorsque Zeralde se jette à geuouK et demande la grâce de son père. — Il remet son poignard dans «on sein ; — mais on accourt, on saisit Empsaêl. — Zoraîde demande à son père la grâce d'Bmpsaèl, mais cette fois sa prière n’est pas écoutée. — Empsaélra périr, — d'autant que ‘des bruits de révolte circulent dans l’habitation, il faut 'un esemple.—Zoraïde se jette dans les bras d’Empsaôl: •*on-les sépare; on voit passer Âlmiri dans le fond du théâtre, — et le deuxième acte est fini.

' Esther trouva cela magnifique.

— Un matin, à peine s’il faisait jour, Calixte arriva chez Raoul. — Il parlait vite, était ému... — Tune sais pas... il arrive une chose singulière... — J’ai absolu* ment besoin de toi.

Pourquoi iaire?

RAOUL

— C’est Alexandre qui a un duel.

— Qui ça, Alexandre?

— Eh 1 mon ami... le flot du Cirque.

— Et que veux-tu que j’y fasse?

•— Il faut absolument que tu sois témoin àvec moi...

Raoul hésite, fait quelques objections, et finit par consentir. Ils se mettent en route pour le quai Saint- Michel ; chemin faisant, Calixte raconte l’événement.

— On jouait hier deux pièces au Cirque. — La pièce où Alexandre joue son rOle de. flot avait été sans encombre. — Dans la seconde pièce, Alexandre, qui d’ordinaire joue les Français, avait passé à l’ennemi par punition. — Mais tu ne comprends peut-être pas bien cela. — Dans tous les mimodrames du Cirque, il y a des combats dans lesquels les Français finissent tou- \ jours par être vainqueurs. — Outre que le rôle d’Anglais, de Russe ou de Prussien expose celui qui le * remplit à une humiliation, il arrive souvent que les' Français abusent de leur victoire et profitent du moment où l’étranger tombe ou fuit, pour lui donner • quelque coup de sabre ou quelque coup de pied qui n’est pas écrit dans le drame, mais qui obtient le plus grand succès et excite les applaudissements du public.

Quand un figurant a mérité quelque punition par son • inexactitude ou sa tenue, il cesse d’étre Français pendant deux ou trois semaines, selon la gravité du cas : il devient Russe, Prussien ou Anglais. Alexandre est Anglais depuis huit jours; — il y a au deuxième acte de la pièce — un combat au sabre entre un Anglais et un Français, c’est toujours Alexandre qui ayait joué le

RAOUL * m

Français, ~ c’est lui qui a créé le rôle; — • ta avoueras que c’est humiliant, après avoir été vainqueur tous les soirs pendant trois mois devant quinze cents personnes.

Hier, surtout, — le peuple français qui meublait le pa- ^ radis du Cirque était, je ne sais pourquoi, furieux contre les Anglais; — il les avait âccueillis par des huées chaque fois qu’ils avaient paru sur le théâtre. — Tu ^ conviendras que c’est vexant, — parce qu’après tout, — on est Français dans le fond. — Quand arriva le combat, ce furent des cris épouvantables et des encouragements, des battements de mains inouïs pour celui qui remplissait le rôle créé par Alexandre ; — il y avait surtout dans une avant-scène des jeunes gens qui avaient bien dîné et qui faisaient plus de bruit que tout le reste de • la salle; — Alexandre était vexé; — et son adversaire, se grisant bêtement du bruit des applaudissements et . des cris, — commença à ne 'plus le ménager et lui donna un coup de sabre sur la main. — Ma foi, Alexandre était en colère, il riposta par un coup de sabre bien sanglé sur' la jambe, — et voilà le combat qui s’engage pour tout de bon. — Du paradis et de l’avant- * scène on criait : — Xi. . . xi. . . xi. . . tue-le I tape dessus ! — y.- Le combat devait naturellement finir à la ritournelle de l’air joué par l’orchestre, — mais le chel d’orchestre, voyant qu’on continuait, fait recommencer l’air guerrier, — les xi, xi, les clameurs, les applaudissements,

— la musique belliqueuse continuent d’animer les combattants; — cependant le Français recule et va être mis en fuite; — indignation du public; — de l’avant-scène même on jette des pommes à Alexandre;

186 • RAOUL

— le Français ee sentant inférieur — ieUe son sabre*— et saute sur l’4nglais; — ils se saisissent, — ils s’empoignent, — les pommes pleuvent; — cependant ils arrivent près d’une coulisse oti on les attire et oàon lea fait disparaître. — Mais nous voici au quai SaintrMir chel... 18... c’est cela, — mentons.

— Tu ne finis pas :l’bistoire.v...G?eBt: donc meo lm. Français que ton ami Âlexandre se bat aujourd’hui?.

— Tu sauras le reste là-haut montons^

On monte, on trouve^ Alexandre qui se promène avec agitation dans sa chambre. —Il se plaît à se rappel^ tous les rôles où il a ôté: vainqueur..

— Voici mon andiRaoui Desloges qui consent à ;étre ton témoin avec moi.i.

— Monsieiir, veuillea agréer i’aasurance dn toute ma gratitude.

M; Alexandre est un homme grand et gros^- aven des cheveux noirs ruisselantade pomiaade. — Sa vmx» son.geskev ses im'Qles,^ ses vêteoientsv. tout est rempli d’affeetation.

La chasabve est fort i délabrée,! quoique M. Âlexan* dre, attædant les témoins, de son. adversaire,- se soit efforcé de lui donner un aar confarfytble*

A peine Raoul et Catixte-étaient entrés qu’on entead monter brujainmmt l’escalier, — etideux jeunes gçia frappent à la porte sur laquelle est écrit z '

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